Comprendre Eurabia (interview de Bat Ye’or)


Voici le texte d’une interview de Bat Ye’or, réalisée par Gerardo Perrotta et parue dans la revue italienne Sul Romanzo, Agenzia letteraria le 9 février 2016. Communication n. 89/2015 – 29/12/2015. L’illustration est la première page du journal Eurabia paru en 1975 ((https://archive.org/details/Eurabia2Juillet1975/mode/2up). La revue explique en détail le travail de lobbying pro-arabe mené auprès des parlementaires européens.

Sujet : Interview de Bat Ye’or au sujet de « Understanding Eurabia », en italien (https://www.sulromanzo.it/blog/perche-l-europa-rischia-l-islamizzazione-intervista-alla-scrittrice-bat-ye-or).

Sul Romanzo: Vous soutenez, depuis longtemps et avec force, qu’un processus d’islamisation de l’Europe soit mis en place pour la réalisation du projet Eurabia. Quelles sont les origines et les limites de ce projet? Qui le soutient donc?

Permettez-moi de clarifier votre question. Mes accusateurs prétendent que je dénonce l’islamisation de l’Europe. En réalité j’ai étudié une stratégie politique officieuse conçue par la France dès les années 1960s et appelée Eurabia par ses concepteurs. La France réussit en 1973 à la faire  adopter par l’ensemble des neufs pays de la Communauté européenne quoique avec  réticence par ceux qui la jugeaient antisémite. Cette stratégie commune à l’ensemble des pays membres de la CE conduite sous l’égide de la Commission européenne comporte plusieurs volets de politique intérieure et extérieure. Ce que j’ai étudié dans mes livres ce n’est pas l’islamisation de l’Europe, mais les développements et les conséquences de cette stratégie eurabienne qui en quarante ans ont transformé la civilisation européenne en une civilisation de la dhimmitude.  

Le projet Eurabia se place dans la continuité de la politique coloniale qui permit à plusieurs Etats européens de développer des intérêts commerciaux et industriels en Afrique et en Asie et d’y créer des infrastructures modernes. Au XIXe siècle l’Empire britannique rassemblait sous une seule couronne de nombreux peuples musulmans. Sa rivale, la France commençait l’aventure coloniale au Maghreb et en Afrique. Napoléon III rêvait de construire un grand empire arabe d’Alger au Proche-Orient et se déclarait l’empereur des musulmans. Cette politique reposait sur des intérêts stratégiques, politiques et économiques majeurs qui au début du XXe siècle déterminèrent ces deux Etats à privilégier les colonisés musulmans au détriment des minorités chrétiennes qui y étaient massacrées comme les Arméniens, les Assyriens, les Grecs et plus récemment les chrétiens libanais. Malgré la mascarade moderne des droits de l’homme, cette politique occidentale philo-islamique des années 1905-1970s se perpétue dans la stratégie d’Eurabia qui comme les précédentes se fonde uniquement sur des intérêts économiques et stratégiques.  

Après la décolonisation dans les années 1950-60s et l’émergence de  nouveaux Etats musulmans, les Etats européens cherchèrent à maintenir leurs intérêts et leur sphère d’influences dans leurs anciennes colonies. Dans les années 1960s le projet Eurabia porte la marque indélébile de la France, puissance riveraine de la Méditerranée, mer qu’elle entendait préserver de toute intrusion britannique et américaine. A l’origine cette politique  constitue un désir de rapprochement des milieux français islamophiles et antisémites du gouvernement de Vichy avec les pays arabes et musulmans ardents admirateurs du nazisme et du fascisme. Cette tendance se situe dans la continuité historique d’un antisémitisme traditionnel français qui amena durant la guerre le gouvernement de Vichy à collaborer avec les nazis et leurs alliés arabo-musulmans dans l’extermination des juifs. Sensibles à la propagande anti-israélienne des ambassades de la Ligue arabe et de l’Egypte, ces politiciens et intellectuels militent pour un refroidissement des relations franco-israéliennes et la reprise d’une politique française traditionnelle pro-arabe, anti-américaine et hostile à Israël qui s’affirme dès 1964.

Cette orientation rejoint les incitations du Mufti de Jérusalem, Amin al-Husseini, représentant palestinien des Frères musulmans, collaborateur d’Hitler et criminel de guerre soustrait au tribunal de Nuremberg par le gouvernement français après la guerre. Du Caire où il réside avec de nombreux criminels nazis convertis à l’islam et employés par l’Etat nassérien, le mufti maintient le contact avec Paris par de nombreux émissaires français favorables à sa politique. Très populaire parmi les peuples musulmans pour sa collaboration avec le régime nazi durant la guerre, le mufti promet à la France l’amitié des musulmans si elle reconnaît l’indépendance de l’Algérie et prend la tête d’un rassemblement contre Israël, l’Angleterre et l’Amérique protestante. 

En juin 1967 la victoire écrasante d’Israël en six jours  sur l’Egypte, la Syrie et la Transjordanie dont les  armées  avaient envahi son territoire, provoqua une violente réaction du chef de l’Etat français, le Général de Gaulle et lui servit de prétexte pour initier cette politique arabe hostile à Israël (Conférence de presse du Général de Gaulle, novembre 1967). Cette décision déclenche une série de processus d’abord au niveau français puis européen dans les pays de la CEE.

De Gaulle charge Louis Terrenoire, ex-ministre de l’information de créer un réseau d’associations de solidarité franco-arabes, et d’organiser avec le soutien du Ministère des Affaires Etrangères français de grandes conférences internationales au Caire et à Beyrouth de solidarité et d’amitié avec les peuples arabes. Des personnalités politiques, des universitaires et des journalistes y participent, des revues sont créées dénonçant les crimes de l’Etat d’Israël et la victimologie des Arabes. Le ton de ces rassemblements ravive le racisme antisémite des années 1930-40s. Soutenu par le gouvernement français ce mouvement prend de l’ampleur et fait des émules en Europe (Angleterre, Suède, Norvège), où il constitue des relais euro-arabes communiant dans la haine d’Israël. Ces manifestations européennes anti-israéliennes encouragent et justifient le terrorisme palestinien. Prises d’otages, massacres, détournements et explosions d’avions visent par la terreur à obliger les Etats européens à adopter la politique arabe anti-israélienne.

Durant ces années la France, ouvrit en 1969 une représentation de l’OLP à Paris et, obéissant aux injonctions de la Ligue arabe, s’efforce de créer une politique européenne commune pro-arabe et anti-israélienne. Elle y parviendra après la guerre du Kippour en octobre 1973 quand la défaite de l’Egypte et de la Syrie face à Israël amènera la Ligue arabe à décréter un boycott du pétrole contre les pays amis d’Israël. Privés d’énergie les neuf pays de la CEE acceptent le plan franco-arabe: reconnaissance de l’OLP et d’Arafat et politique discriminatoire contre l’Etat d’Israël.

Sur la base de ces décisions confirmées dans deux déclarations (franco-allemande novembre 1973, Communauté Européenne, Copenhague 15 décembre 1973) les pays de la Ligue arabe annulent le boycott du pétrole et acceptent de collaborer avec les neuf pays de la CEE dans le domaine économique et de l’énergie. A l’initiative de Michel Jobert, ministre français des Affaires étrangères, une structure est créée : le Dialogue euro-arabe (22-23 mars 1974) permettant de mener une politique officieuse et discrète entre les pays de la CEE et ceux de la Ligue arabe sur la base d’une reconnaissance de l’OLP et de son chef terroriste Arafat.

Le Dialogue euro-arabe est composé de deux groupes de parlementaires. Le groupe européen (Association Parlementaire pour la Coopération Euro-Araba, APCEA) comprend des parlementaires représentant tous les partis des pays membres de la CEE, y compris ceux de l’opposition. Le groupe arabe (Union Arabe Interparlementaire) rassemble des délégués des pays arabes. Ces groupes siègent sous la double présidence de la Commission européenne et de la Ligue arabe ou de leurs représentants. Ils déterminent les domaines de collaboration et établissent des commissions et sous-commissions spécialisées dans les divers secteurs : financiers, économiques, industriels, pétroliers, universitaires, politiques, touristiques, audiovisuels, culturels, artistiques et de l’immigration. Du côté européen, les partis au pouvoir et ceux de l’opposition collaborent à cette structure. Cette unanimité détermine l’uniformité de la politique de tous les partis dans ce domaine.

Le nom Eurabia est celui d’un journal publié par Robert Swan, secrétaire-général et trésorier de l’APCEA. Ce nom est également celui du Comité Eurabia de Coordination Européenne pour l’Amitié avec le Monde Arabe, réseau qui relie et coordonne les associations d’amitié avec le monde arabe établies dans dix pays européens. Ce noyau est responsable de l’implantation politique du projet du Comité Eurabia soutenu par les plus hautes autorités des Etats et de la Communauté européenne. 

Les objectifs de cette politique comportent un nombre considérable d’aspects mais on peut distinguer, du moins à ses débuts trois volets :

Le volet anti-israélien et antisémite, le plus important pour la Ligue arabe et les pays musulmans, mais sujet à contestation parmi les Etats européens.

Le volet d’intégration euro-arabe dans les secteurs pétroliers,  industriels, économiques, commerciaux, prioritaire pour les Européens.

Le volet migratoire et culturel prioritaire pour l’Organisation de la Conférence/Coopération Islamique (OIC) rassemblant cinquante-six pays musulmans  .

C’est ce bloc supranational euro-arabe créé en 1974 qui a déterminé l’évolution et la transformation de l’Europe par son acquisition des caractères de la dhimmitude corrélés à son islamisation.

J’ai évoqué sommairement les origines du projet, quant à ses limites il n’en a pas puisqu’il préconise l’entrée de la Turquie, du Maroc et d’autre pays du Maghreb dans l’Union européenne. Selon le ministre suédois Carl Bildt l’Europe a vocation à s’agrandir, quand elle aura des frontières elle mourra. Ce bref résumé des origines indique que les promoteurs et acteurs du projet Eurabia furent les chefs d’Etat des pays membres de la Communauté Européenne, leurs ministres des Affaires étrangères, le Conseil européen et la Commission européenne. Ce sont aussi ceux qui le soutiennent aujourd’hui car ils sont devenus prisonniers d’une stratégie d’une envergure colossale qui, par le choix délibéré d’une immigration musulmane de masse, lie l’ensemble des pays européens à ceux de l’OCI et dont le financement de 1974 à nos jours est incalculable même en milliards.     

Pourquoi l’Europe a-t-elle choisi un tel projet stratégique pour l’union avec le monde arabe et islamique? L’islamisation de l’Europe est juste un effet pas prévu par les dirigeants européens?

Ce projet stratégique répondait aux ambitions de développement économique de la CEE, de son désir de puissance et à des motifs sécuritaires. Le rapprochement avec les pays arabes ouvrit une ère  d’expansion européenne sur les marchés pétroliers, commerciaux, industriels, dans le génie civil et la modernisation des infrastructures des pays arabes, ainsi que des ventes massives d’armes et d’équipements militaires. Au niveau stratégique, le Général de Gaulle et son proche entourage envisageaient la création d’un bloc solidaire euro-arabe méditerranéen dont la puissance au plan  international éclipserait celle de l’Amérique et du bloc soviétique. L’appui français puis européen à la guerre arabe contre Israël, la légitimation du terrorisme de l’OLP, leur soutien irrévocable à Arafat, leur invention et sacralisation d’une « cause palestinienne », déviaient sur l’Etat d’Israël la haine djihadiste contre les anciennes puissances coloniales devenues des alliées. La guerre euro-arabe contre Israël garantissait la sécurité de l’Europe contre le terrorisme et promouvait la réconciliation islamo-chrétienne, entre Arabes et Européens. Le combat européen contre Israël fut le fondement du rapprochement euro-arabe, la garantie de son succès.  

Ce projet toutefois ne fut pas accepté d’emblée par tous, en fait il fut surtout concocté par la France, la Grande-Bretagne et la République allemande fédérale et les autres pays suivirent. Le Luxembourg et les Pays-Bas refusèrent de participer au lancement du Dialogue Euro-Arabe car il le trouvait antisémite. Nombre de politiciens, d’intellectuels, de diplomates et de simples citoyens le dénoncèrent pour les mêmes raisons. La liberté d’expression fonctionnait encore et l’indignation ou le mécontentement public imposèrent à cette politique un caractère officieux qui  indignait les partenaires arabes. Ceux-ci réclamaient sa publicité et sa visibilité. Au fil des ans les sanctions contre les opposants à la politique propalestinienne les réduisirent au silence. Cette protestation fut remplacée par l’indifférence et l’apathie de la génération suivante formatée par la propagande.

Mais on ne peut juger ce projet sur les résultats actuels. En 1973 rien de ce que nous constatons aujourd’hui n’existait encore. L’Europe d’aujourd’hui s’est construite progressivement par l’accumulation des décisions, des décrets, de mesures qui auraient pu être différentes. Avec du recul on constate que l’islamophilie, l’antisémitisme et l’antichristianisme, composants du nazisme et largement représentés au XXe siècle, menèrent  l’Europe à la situation d’aujourd’hui. Bien que combattues, ces tendances réussirent après 1973 à se maintenir dans les hautes sphères du pouvoir car elles étaient le cœur de cette stratégie méditerranéenne. Pour leurs militants l’islamisation de l’Europe faciliterait la destruction des nationalismes, neutraliserait le christianisme et constituerait une force européenne d’élimination du judaïsme et de l’Etat d’Israël. L’islam était le bienvenu.

L’Europe devait aussi composer avec les exigences de ses partenaires arabes. Celles-ci concernaient l’immigration musulmane en Europe, le développement de l’antisémitisme-antisionisme et surtout la délégitimation, l’isolement et l’affaiblissement de l’Etat d’Israël. A partir de 2005, l’OCI exige des lois répressives contre les Européens coupables d’islamophobie.

SR: Une des idées principales sur laquelle vous avez travaillé le plus est la relation entre le processus d’islamisation de l’Europe et l’antisémitisme européen, en fonction du développement des positions propalestiniennes. Comment sont liées les deux, et quelles sont les raisons qui vous ont conduit à soutenir cette relation ?

L’antisémitisme européen est la cheville ouvrière de l’islamisation de l’Europe. Si l’Europe n’avait pas été aveuglée par sa haine contre l’Etat d’Israël, elle n’aurait pas mené une politique de fusion avec des populations dont la religion et la civilisation la condamnent elle-même à la destruction. Elle aurait accepté que le dogme et la juridiction islamique lui confèrent un statut égal à celui d’Israël, c’est-à-dire de mécréants destinés par le djihad à la soumission ou à l’extermination. Je dis bien « accepté » car elle le sait fort bien mais elle refuse cette réalité qui l’humilie en la situant à égalité avec son ennemi le plus intime. Elle s’engouffre ainsi dans des politiques suicidaires bâties sur le déni. Elle aurait discerné dans le combat d’Israël les conditions de sa propre survie et aurait adopté une prudence salutaire.

Mais l’Europe a préféré construire un Israël inhumain imaginaire qu’elle s’efforce d’isoler dans une catégorie diabolique. Pour le combattre et achever l’œuvre d’Hitler par l’éradication de l’Etat hébreu, elle a inventé en 1973 « le peuple palestinien » destiné à éliminer l’Etat juif et devenu par conséquent son allié le plus précieux et sa passion la plus dévorante. Or la Palestinisation de l’Europe représente un processus d’islamisation du christianisme. Il en est l’outil le plus radical car il s’attaque au fondement même de la théologie chrétienne. J’ai examiné ses modalités chez les penseurs, les écrivains, les prélats chrétiens dans les dernières décennies du XXe siècle aux périodes de grande insécurité pour les chrétiens d’islam. Ce courant se rattache à Louis Massignon, agent français, et détermine des formes mystiques de l’exécration antijuive, comme l’illustre son disciple, le père jésuite syrien Yoakim Moubarak ou le Palestinophile protestant Kenneth Cragg ou encore dans sa forme la plus extrême, le Rev. Palestino-Anglican Naim Stifan Ateek qui assimile une « Palestine crucifiée par Israël » à la Croix. La sacralité de cette Palestine réside dans sa mission, celle-ci consiste à instrumentaliser la diffamation et la haine internationale contre l’Etat hébreu pour le détruire et le remplacer par la Palestine qui rétablira la justice, la paix et l’harmonie d’un monde sans Israël. Les Européens propalestiniens et les chrétiens des pays arabes accusent les chrétiens favorables à Israël de provoquer l’hostilité des musulmans contre eux. Cette affirmation n’est que propagande. L’antichristianisme imbibe les textes sacrés musulmans et a causé des guerres contre les pays chrétiens bien avant la restauration moderne de l’Etat d’Israël.

Le combat euro-arabe du palestinisme comporte deux missions : la destruction de l’injustice (Israël), et la réconciliation des chrétiens et des musulmans par leur union dans ce combat commun contre Israël.

Les Eglises chrétiennes arabes – que je considère islamisées – diffusèrent l’antisionisme mystique dans la pensée occidentale par le canal des Eglises européennes. Ce courant se rattache à la politique nazie et des pays occupés, construite par des alliances et des collaborations avec les Arabes et les Frères musulmans durant la 2e Guerre mondiale. D’importants contingents musulmans furent recrutés pour la machine militaire nazie. Certains reçurent leur instruction militaire en France. La nostalgie de cette fraternisation dans la haine antijuive et la guerre, prolongée avec l’exode et l’islamisation de criminels nazis en Egypte et en Syrie, est prégnante non seulement dans les pays musulmans mais en Europe.

Il y a quelque chose de profondément pitoyable quand on descend dans les abîmes de haine recelés par l’âme humaine. C’est peut-être Yoakim Moubarak qui exprime le mieux ce déchirement de l’âme chrétienne par le rejet de l’essence même du christianisme : sa racine juive biblique adopté par le christianisme. Comme l’écrit Moubarak la lecture de la Bible et particulièrement des Psaumes et des Prophètes, chantres de la spiritualité d’Israël, lui devient si insupportable qu’il doit se consoler avec le Coran. Un esprit rationnel peut se demander quelle consolation peuvent apporter à un prêtre – à moins qu’il ne soit islamisé – des versets coraniques appelant à l’extermination des chrétiens. Mais ce point est insignifiant face à l’implacable exigence de la haine antisémite. 

Ce courant soutenu par l’appareil politique, médiatique et culturel mis au service du palestinisme par l’UE construisit au cœur de la pensée théologique et politique européenne la sacralité de la Palestine qui devint la paranoïa politique majeure, essentielle, obsessionnelle d’un continent peuplé de plusieurs centaines de millions de chrétiens. Or le processus de remplacement d’Israël par la Palestine  déclencha le transfert de l’histoire juive – base de la légitimité d’Israël – à des populations arabo-musulmanes désignées comme palestiniennes en 1969 par l’Europe. Cette démarche s’unit au courant  coranique d’islamisation de la Bible qui transforme les personnages bibliques hébreux en prophètes musulmans. Le Jésus hébreu, devenu prophète musulman dans le Coran et prêchant l’islam en arabe, est investi de la mission de détruire le christianisme et d’imposer l’islam à toute l’humanité au jour du Jugement dernier. Bien que le Jésus coranique ne soit lié à aucun lieu géographique, le courant chrétien islamophile a voulu y voir l’incarnation du Jésus hébreu vivant en « Palestine » malgré l’anachronisme évident.

Le palestinisme représente par conséquent un canal direct d’islamisation du christianisme élaboré, encouragé, soutenu, financé par les plus hautes autorités ecclésiastiques et politiques européennes.

Aujourd’hui les sociétés européennes sont spirituellement islamisées par le palestinisme, politique d’éradication d’Israël pour remplacer l’Etat hébreu par la Palestine islamique. Or la civilisation judéo-chrétienne qui façonna l’Europe ne peut survivre si elle arrache de son propre sein l’élément fondamental sur lequel s’est greffé le christianisme : la Bible c’est-à-dire l’expérience humaine et spirituelle du peuple juif. Elle pourra d’autant moins survivre si, non seulement elle l’arrache, mais aussi la nie, rejoignant par mimétisme l’islam qui nie l’histoire du judaïsme et du christianisme.                     

Ce faisant l’Europe supprimerait délibérément la force vive de sa singularité : les fondements de son rationalisme car l’existence du judaïsme et du christianisme antérieure à l’islam repose sur des preuves irréfutables.

J’estime que le palestinisme s’inscrit dans la continuité du nazisme et des gouvernements collaborationnistes. Les mêmes classes administratives et politiques demeurées dans l’après-guerre aux commandes de l’Europe, s’efforcèrent conformément à l’idéologie nazie, de purifier le christianisme de ses racines juives et de le rattacher à l’islam. L’antichristianisme nazi se manifeste dans les politiques d’islamisation de l’Europe. De même la passion paranoïaque europalestiniste exprime le refoulement de la haine contre Israël et la revanche du nazisme. 

J’ai étudié le palestinisme dans le contexte de mes recherches sur la dhimmitude qui concerne treize siècles d’histoire chrétienne dans les pays chrétiens islamisés. Je me suis particulièrement intéressée aux modalités du mimétisme chrétien comme outil de survie en milieu musulman mais qui paradoxalement facilite la conversion. Il importe aussi de savoir qu’au cours des siècles, la collusion de classes dirigeantes chrétiennes (y compris des religieux) avec les conquérants musulmans contribuèrent à l’islamisation de leur pays . 

SR: Le débat sur les racines judéo-chrétiennes de l’Europe est de nouveau présent, en raison de l’absence de reconnaissance de ces racines dans le préambule de la Constitution Européenne, tel que modifié par le traité de Lisbonne en 2007. Selon vous, il s’agissait du choix d’affirmer les institutions séculières européennes, ou derrière la formule générale (les «héritages culturels, religieux et humanistes de l’Europe») il y a d’autres raisons, liées au projet Eurabia?

Les deux peuvent être invoquées mais j’inclinerai vers la seconde hypothèse. Car la laïcité des institutions européennes au XXe siècle, ne peut démentir la christianisation de l’Europe dès le IVe siècle. Seize siècles séparent les deux dates, sont-ils vides de toute substance ? en vérité c’est le projet Eurabia qui détermina cette mutilation car le Coran interdit aux Musulmans dans des versets très explicites renforcés par de nombreux hadiths de s’assimiler aux juifs et aux chrétiens et d’adopter leurs comportements et leurs idées. Cette mesure est répétée dix-sept fois par jour dans les prières quotidiennes du musulman pieux et apparaît dans la première sourate. 

Effacer le caractère judéo-chrétien de l’Europe c’est permettre d’y inscrire dans le passé et le présent les marques de l’islam comme l’ont affirmé de nombreux politiciens européens et notamment Jacques Chirac et Dominique de Villepin. L’instauration des lois de la charia serait alors légitime. L’intention de faire de l’Europe un continent euro-musulman transparaît clairement dans cette ablation car ce ne sont ni les bouddhistes ni les hindouistes qui s’opposeraient à sa caractérisation judéo-chrétienne. A ma connaissance seuls les  musulmans la contestent parce qu’ils affirment que la culture européenne est tributaire de la civilisation arabo-musulmane, et qu’ils nient la filiation chrétienne au judaïsme.

Les antisémites aussi la nie. Or le christianisme n’est pas une religion spontanée émergeant sui generis du néant. Ses fondateurs étaient des juifs hébreux et ses textes sacrés sont la Bible. Eliminer la racine juive, c’est supprimer la Bible. Sur quoi alors se baserait le christianisme ? Le Coran et le Jésus musulman ? c’est-à-dire l’islamisation du christianisme. C’est peut-être là une autre motivation de nier les origines judéo-chrétiennes de l’Europe qui émane des tendances nazies de la Communauté européenne, car dans le judaïsme il y a l’ennemi : Israël. 

SR: Vous dites que les chrétiens arabes étaient les principaux propagandistes du Palestinisme. Mais pourquoi les chrétiens ont-ils préféré soutenir le projet palestinien et non pas celui  israélien? Cela dépend peut- être par un sentiment anti-juif très répandu?

Brièvement je vois quatre raisons à ce comportement, mais je voudrais dire tout d’abord que beaucoup de chrétiens des pays arabes ont soutenu, aidé et aimé Israël et le sionisme. Ils ont rêvé de pouvoir se libérer de leurs chaînes comme Israël le faisait, d’accéder à la dignité humaine en se libérant de l’avilissement de la dhimmitude, de vivre librement leur foi et leur culture dans leur patrie ancestrale. Dans les périodes les plus intenses de leur martyr, ils assimilaient leurs épreuves à celles du peuple hébreu et récitaient des passages des Prophètes. J’ai reproduit ces textes dans mes livres. L’histoire de la dhimmitude est une expérience humaine de treize siècles commune aux juifs et aux chrétiens. J’ai écrit mes livres parce que des chrétiens que je ne connaissais pas m’ont demandé de le faire pour eux. Israël était une force en eux qu’ils chérissaient car ils y voyaient la voie vers leur rédemption. Ces chrétiens ne se disaient pas arabes, ils étaient fiers de leur héritage historique datant des millénaires précédant l’arabisation et l’islamisation de leur pays. Ces conquêtes détruisirent leurs peuples par l’esclavage et les massacres, leurs monuments, leurs cités antiques et leurs racines, comme on le voit maintenant à Palmyre et ailleurs.

La première raison du soutien des chrétiens arabes à la Palestine est la politique pro-islamique des puissances coloniales européennes qui étouffèrent et même sévirent contre les mouvements d’autonomie nationale des chrétiens, Arméniens, Assyriens, Syro-Chaldéens par une politique d’apaisement des musulmans. Après la Ire Guerre mondiale les gouvernements européens, les Eglises, le Vatican déclarèrent aux notables chrétiens que leur sécurité résidait uniquement dans leur défense des causes islamiques dont l’antisionisme était la plus importante. Les U.S.A soutinrent cette politique.

Après la Déclaration de San Remo (25/04/1920) par la Ligue des Nations qui reconnaissait au peuple juif le droit de construire un Foyer national en Palestine (Israël et Jordanie), les partis politiques antisémites occidentaux enjoignirent aux chrétiens arabes de s’unir aux musulmans pour militer dans le Nationalisme arabe. L’une des motivations de ce mouvement créé par la France après 1860 visait à unir chrétiens et musulmans dans le combat arabe contre le sionisme. Les chrétiens d’Orient furent instrumentalisés par la politique antisémite française. Nombre de chrétiens, politiciens, intellectuels et hommes d’Eglise, s’y refusaient détectant dans le nationalisme arabe la dissolution des identités ethnoreligieuses chrétiennes dans l’arabité, c’est-à-dire l’islam. Cent ans plus tard l’évolution prévisible du nationalisme arabe en islamisme achèvera de détruire des communautés chrétiennes totalement décomposées par le rejet de leur propre origine religieuse et ethnique.

 La seconde raison est la politique française au Levant qui interdisait aux chrétiens toute solidarité ou amitié avec le sionisme et Israël. L’Europe occupée qui avait programmé l’extermination totale du peuple juif par la Shoah, projetait dans les années 1960s par l’alliance euro-arabe dont Arafat et la Palestine étaient les piliers, l’élimination de l’Etat hébreu. La solidarité et la fusion islamo-chrétienne réaliseraient la réconciliation  de l’islam et du christianisme. Les chrétiens devaient absolument soutenir le projet palestinien qui était celui de l’Europe et de l’OCI.

La troisième raison est l’antisionisme traditionnel des Eglises d’Orient enraciné dans ses dogmes et attisé par le pouvoir musulman. Ainsi durant le Concile Vatican II, les gouvernements arabes exercèrent des pressions sur les décisions du Concile par le truchement des évêques arabes pour maintenir l’opprobre des juifs dans la liturgie et les enseignements chrétiens. Souvent les pressions arabes s’accompagnaient de menaces de représailles collectives contre les communautés chrétiennes dans leur pays. Jusqu’à aujourd’hui les évêques arabes réclament de l’Europe qu’elle reconnaisse la Palestine comme condition de leur sécurité dans les pays musulmans. Autrement dit: si l’Europe ne supprime pas Israël, les musulmans se vengeront sur les chrétiens.  

La quatrième qui contient les précédentes est la dhimmitude, cette condition d’insécurité permanente imposée par la charia qui réduit la vie du non-musulman à une valeur monnayée assortie de discriminations humiliantes. L’une d’elle condamne à mort tout non-musulman coupable de s’allier avec les ennemis des musulmans ou de leur manifester de la sympathie. Le soutien à Israël encourrait la peine capitale dans les pays musulmans. Cette condition à elle seule a  obligé les chrétiens vivant dans une mer islamique à être plus antisionistes que les musulmans.

Il importe de réaliser que l’antisémitisme/antisionisme est un puissant instrument politique utilisé par les leaders de l’UE dans leur politique islamophile pour parvenir à leurs objectifs. Or il se retourna toujours contre les chrétiens car chrétiens et juifs sont interchangeables dans l’islam.      

SR: Selon la reconstruction (qu’on trouve dans Comprendere Eurabia) des liens entre le monde musulman et l’Europe au nom du Palestinisme, dans quelle mesure  est-il possible d’affirmer qu’il y avait une alliance anti-israélienne ?

Dans l’élaboration de cette nouvelle stratégie on distingue trois politiques interconnectées :

1)         La dimension politique (le combat commun contre Israël).

2)         Une large coopération entre les pays de la CEE et les pays arabes sur les plans économiques, industriels, militaires, d’investissements, pétroliers, médiatiques et culturels.

3)         Une politique migratoire d’ouverture de l’Europe avec l’adoption du regroupement familial et une politique d’accueil appropriée sur le plan social, professionnel, scolaire, de la santé et culturel pour les immigrants musulmans.

La défaite des armées égyptienne et syrienne qui avaient envahi Israël en octobre 1973 avaient déçu l’espoir européen d’une déroute israélienne. L’Europe avait interdit le survol de son territoire aux avions américains ravitaillant Jérusalem, la Grande Bretagne leur avait fermé son aéroport de Chypre et le chancelier allemand leur avait interdit les bases de l’OTAN en Allemagne. Or Israël, quoique blessé et saignant, était toujours debout.

Furieuse par la neutralisation des armées égypto-syriennes, la Ligue Arabe décréta le boycott du pétrole contre l’Europe, son alliée la France exceptée. Elle quadrupla son prix et classa les pays consommateurs de pétrole en amis, neutres ou ennemis des Arabes. Le Danemark et la Hollande trop liés à Israël furent punis. En fait, les opérations militaires sur le terrain contre Israël s’accompagnaient d’une guerre économique et terroriste contre l’Europe (1969 : Zurich, Athènes, 1970 : Munich, Amsterdam, 1972-73 : Londres, Bruxelles, Munich, Chypre, Rome, Athènes). La stratégie arabe visait à amener la CEE à s’aligner sur la politique arabe anti-israélienne et à la forcer à reconnaître Arafat et l’OLP, son organisation terroriste. Kadhafi, Fayçal d’Arabie, le ministre saoudien du pétrole cheikh Yamani, déclaraient qu’il n’y aurait ni concessions ni fléchissement dans leurs décisions et que leurs demandes devaient être acceptées sans conditions pour obtenir l’annulation du boycott. Le 6 novembre 1973 à Bruxelles, dans une résolution conjointe les Neuf s’alignèrent sur les positions arabes dans le conflit du Proche-Orient .

Lors d’une rencontre entre le président Georges Pompidou et le chancelier ouest-allemand Willy Brandt (26-27 nov. 1973) les deux dirigeants réaffirmèrent leur intention d’engager un dialogue avec les Arabes. Cette déclaration coïncidait avec le VIe Sommet de la Conférence arabe, tenu à Alger du 26 au 28 novembre 1973. Les chefs d’État arabes y répondirent par une déclaration adressée à la CEE, dans laquelle ils disaient avoir « enregistré avec attention et intérêt les premières manifestations d’une meilleure compréhension de la cause arabe par les États d’Europe occidentale […] L’Europe est liée aux pays arabes, à travers la Méditerranée, par des affinités de civilisations et par des intérêts vitaux qui ne peuvent se développer que dans le cadre d’une coopération confiante et mutuellement bénéfique. En adoptant des positions claires et efficaces, notamment en s’engageant à œuvrer par tous les moyens en vue de l’évacuation par Israël de tous les territoires arabes occupés, en premier lieu Jérusalem, et du rétablissement du peuple palestinien dans ses droits nationaux, l’Europe renforcerait à la fois sa volonté d’indépendance [de l’Amérique] et son rôle dans les affaires mondiales  ».

Cette position diffère de la Déclaration 242 du Conseil de Sécurité en novembre 1967 qui ne mentionne pas un peuple palestinien mais des réfugiés, y compris le million de réfugiés juifs des pays arabes. Les territoires en question furent occupés illégalement et colonisés par l’Egypte, la Syrie et la Transjordanie dans la guerre d’invasion déclarée à Israël par six Etats arabes en 1948-49. Tous les habitants juifs de ces territoires de Judée et Samarie furent expropriés, massacrés ou expulsés.

Contre toute attente, Israël avait miraculeusement survécu à la Shoah, puis aux trois guerres d’annihilation des pays arabes. La décision européenne de réduire son territoire à des proportions exigües indéfendables non seulement le condamnait à mort mais violait sa souveraineté et ses droits historiques. A l’évidence, la décision délibérée européenne d’imposer à l’Etat hébreu des conditions de paix équivalentes à un suicide rendait la paix impossible.

La déclaration d’Alger souligne clairement le lien entre le développement de la coopération euro-arabe et le volet politique. La Conférence de Damas (14-17 /09/1974) organisée par l’APCEA rassembla des membres représentant tous les partis des parlements de la CEE, excepté le Danemark. Les Arabes posèrent leurs conditions politiques aux accords de coopération économique avec les pays de la CEE :

1. Retrait inconditionnel d’Israël sur les lignes d’armistice de 1949 ;

2. Souveraineté arabe sur la vieille ville de Jérusalem, dont les forces arabes s’étaient emparées de force en 1948, chassant et expropriant tous ses habitants Juifs ;

3. Participation de l’OLP et de son leader Yasser Arafat à toutes les négociations ;

4. Pression de la CEE sur les Etats-Unis pour les détacher d’Israël et rapprocher leur politique de celle des Arabes.

Ces préconditions politiques indispensables à l’ouverture du Dialogue, furent réaffirmés un mois plus tard au VIIe Sommet de la Conférence arabe à Rabat (oct. 1974). A ce sommet les dirigeants arabes précisèrent  que le développement du DEA devait suivre les orientations indiquées dans la déclaration du VIe sommet arabe d’Alger, transmise à la CEE le 28 novembre 1973, qui définissait les revendications politiques arabes concernant Israël. Aucune limite de temps n’était assignée au Dialogue, il se poursuivrait jusqu’à la réalisation de ces objectifs. Pour la partie arabe, l’interdépendance des aspects économiques et politiques de la coopération euro-arabe était une clause non négociable. Aux réunions euro-arabes, les délégués musulmans ne manquaient jamais de le rappeler à leurs collègues européens, exigeant des résultats. Cette corrélation est soulignée dans l’introduction du Comité mixte d’experts réunis au Caire (10-14 juin 1975) pour la première réunion du Dialogue euro-arabe qui stipule :

« Le dialogue euro-arabe est le fruit d’une volonté politique commune qui s’est dégagée au niveau le plus élevé et qui a pour objet l’établissement de relations spéciales entre les deux groupes.

Les deux parties rappellent que le dialogue trouve son origine dans les échanges qui ont eu lieu entre elles à la fin de 1973, et  qui comprennent notamment la déclaration faite par les neuf États membres de la Communauté européenne le 6 novembre 1973 concernant la situation au Moyen-Orient, ainsi que la déclaration adressée aux pays d’Europe occidentale par la VIe Conférence au sommet des pays arabes à Alger, le 28 novembre 1973″  .

Contrairement à Israël et à l’Amérique, la CEE et particulièrement Paris, s’alignaient sur la politique arabe qui refusait  le principe de paix séparée entre Jérusalem et des pays arabes. La paix israélo-égyptienne en 1979 sous l’égide américaine mit la Ligue arabe dans une telle fureur qu’elle expulsa l’Egypte de ses rangs et interrompit les séances du Dialogue pour punir l’Europe. Elle lui reprochait de n’avoir pu empêcher la paix. La CEE après avoir reconnu avec réticence cette paix, promulgua aussitôt pour complaire aux Arabes, la Déclaration de Venise (1980), où elle s’octroyait le droit de déterminer les frontières et la politique d’Israël. Ce texte, condamnant Israël à la destruction fixe jusqu’à aujourd’hui sa politique.

Au cours du Symposium de Hambourg du Dialogue euro-arabe (DEA) le11 avril 1983 la connexion entre d’une part les intérêts financiers et les bonnes relations de l’Europe avec les pays musulmans et d’autre part, sa politique anti-israélienne est mentionnée. Dans son discours d’ouverture, Hans-Dietrich Genscher, ministre des Affaires étrangères de la République fédérale d’Allemagne, insista sur l’importance du Dialogue pour cimenter la solidarité euro-arabe. Après avoir rappelé les origines du DEA remontant à 1973, il déclara que ses aspects politiques ne devaient pas être ignorés. En termes clairs, il définissait la politique anti-israélienne de la CEE au Moyen-Orient comme le fondement de tout l’édifice de la coopération économique euro-arabe :

 » Le Dialogue euro-arabe serait, en vérité, incomplet si l’aspect politique devait être ignoré ou pris à la légère. Les deux parties du Dialogue, les deux partenaires, devraient toujours se rappeler du Mémorandum conjoint issu au Caire en 1975, la Charte du Dialogue. Le Mémorandum contient les  citations suivantes : « Le dialogue euro-arabe est le fruit d’une volonté politique commune [omis : qui s’est dégagée au niveau le plus élevé] et qui a pour objet l’établissement de relations spéciales entre les deux groupes ». Nous, Européens, nous nous sommes prononcés de façon claire et convaincue pour un rétablissement du Dialogue euro-arabe dans la Déclaration de Venise du 13 juin 1980. Depuis, les divers groupes de travail intégrés au Dialogue sont devenus plus actifs et les perspectives pour l’avenir sont maintenant prometteuses. »

Les développements de la politique euro-arabe – outre les changements majeurs qu’elle introduisit en Europe même – démontrent un acharnement contre Israël dans la continuité politique des années 1930-40. Une cohérence interne existe entre le plan nazi de construction d’une Europe sans frontières, devenue judenrein par les lois de Nuremberg et économiquement liée aux pays arabes, et la politique de l’UE. Le premier président de la Commission européenne (1958-67) Walter Hallstein était un juriste allemand nazi l’ayant lui-même rédigé pour Hitler. L’architecte de la politique arabe de la France à laquelle adhérèrent les autres Etats était un fonctionnaire de Vichy, Maurice Couve de Murville ; les militants les plus actifs de cette politique appartenaient à des partis collaborationnistes et antisémites.

L’engagement de l’Europe envers les pays arabes consistant à obliger Israël à s’autodétruire pour développer ses propres relations commerciales est souligné dans deux lettres récentes signées par des anciens ministres, des hauts fonctionnaires de l’UE, des diplomates, des intellectuels, créateurs et promoteurs dès les années 1970s de cette politique. Ces lettres sont adressées aux chefs d’Etats actuels. Leurs signataires leur rappellent que les sanctions de l’UE contre Israël ont comme enjeux les intérêts commerciaux et diplomatiques européens dans les pays arabes qui sont actuellement excellents (2/12/2010). Ce groupe, qui s’intitule dans la dernière lettre (avril 2013), « Groupe européen d’éminentes personnalités », évoquent les obligations antérieures prises par l’Europe envers les peuples arabes, consistant à créer la Palestine en Judée-Samarie et Jérusalem, au cœur d’Israël, et adjurent les responsables actuels de procéder à l’instauration d’un processus de « paix et de justice» qui n’est rien d’autre que le déni du droit d’Israël et sa disparition. Suite à ces recommandations, soutenues par les actes terroristes et de menaces du Califat de l’Irak et du Levant en Europe, les gouvernements européens reconnurent, l’un après l’autre, la Palestine et adoptèrent des mesures de boycott économique anti-israéliennes.                              

Je précise que ces politiques sont menées au plus haut échelon des Etats, par des gouvernements, des réseaux, des ministres des Affaires étrangères, des diplomates, des commissaires européens et leurs réseaux universitaires et médiatiques, à l’insu des populations qui les ignorent ou les subissent. Des hommes politiques, des intellectuels les dénoncèrent mais ne purent les supprimer.   

A partir de 1973 une campagne virulente de diabolisation de l’Etat hébreu remplaça les relations jusques là amicales de l’Europe. Portée par les comités Eurabia soutenus par la Commission, et les pétrodollars, cette propagande diffusa les thèmes de victimologie palestinienne et de l’impunité du  terrorisme djihadiste. A cette époque, la publication des premiers livres sur l’horreur des camps d’extermination et de la collaboration avec l’occupant nazi déversa un défoulement antisémite dans la cause palestinienne devenue celle de l’Europe.

SR: Dans Comprendere Eurabia, on trouve souvent la référence à deux concepts clés de vos positions: la dhimmitude et, en fait, Eurabia. Comment sont-ils liés ? La dhimmitude est seulement un support pour la réalisation d’Eurabia, ou est-elle son principe directeur ?

Elle est son principe directeur, sa structure et son logiciel obligatoire. Car les autorités religieuses et politiques islamiques n’ont pas encore répudié officiellement et définitivement l’idéologie et la législation du djihad. Il s’ensuit que les relations entre musulmans et non-musulmans demeurent fixer par un code de guerre qui classe ces relations dans trois catégories : la guerre, l’armistice temporaire assorti de certaines conditions tant que la victoire islamique demeure aléatoire, la soumission.

L’Europe aujourd’hui – et l’Occident en général – se classe dans la seconde catégorie, celle de paix temporaire que lui assurent les conditions classiques de l’armistice : constructions de mosquées, immigration dont la suppression constituerait un casus belli, respect de la charia, interdiction de toute opposition au développement de la religion musulmane, participation aux guerres de conquêtes islamiques par l’envoi d’un contingent militaire, paiement d’un tribut ou guerre psychologique ; propagande, diffamation. Les accords euro-arabes du Dialogue ont engagé l’UE dans ce processus. Sa participation et son financement d’une guerre idéologique, culturelle et politique contre Israël auxquels les Eglises arabes ont largement contribué, sont équivalents au paiement du tribut et au mercenariat chrétien au service de l’islam exigées par les règles d’armistices.  

 Les Etats européens et l’Union européenne ainsi que les Eglises consacrèrent des milliards d’euros dans le financement d’une campagne de diffamation et d’incitation à la haine contre Israël, dans la presse, les campus universitaires, la culture, les campagnes BDS, le marquage de produits israéliens destinés à étrangler son économie et par le financement d’ONG israéliennes chargées de détruire Israël de l’intérieur. L’UE est le plus grand financier de l’UNRWA. En fait aucun pays de la planète n’a subi de telles agressions. Surtout venant de pays qui se prétendent amis.

Aujourd’hui encore les médias officiels européens ne mentionnent jamais Israël parmi les pays agressés par le terrorisme djihadiste parce que l’UE le justifie et le finance elle-même contre Israël. Les Israéliens sont redevenus, comme sous le nazisme, des sous-hommes que l’on peut légitimement tuer. Quand Israël se défend, la Suède ne critique pas le tueur mais l’Israélien qui se défend. Cette légitimation du djihad a importé le terrorisme en Europe et pervertit la pensée politique et morale européenne. Elle détruit la cohésion sociale, encourage l’antisémitisme et la déstructuration d’une identité européenne reniée par la haine de ses origines. 

SR: En reconstituant l’histoire d’Eurabia, vous trouvez ses origines dans le rêve français d’un empire franco-arabe en Afrique et autour de la Méditerranée; et, selon vous, la France a joué un rôle de premier plan pour sa propagation. À cet égard, comment pouvez-vous interpréter les attentats à Paris le dernier mois de Novembre?

Les attentats de novembre 2015 se situent dans une longue liste d’attentats terroristes arabes en France et en Europe dès les années 1960s et visant à infléchir la politique européenne. Avec l’arme du pétrole ils furent les principaux instruments de la reddition européenne et de l’émergence d’Eurabia.

Les derniers attentats et ceux de l’année passée résultent de la violation des conditions d’armistice par les Européens dans leur pays : contestation des lois de la charia, opposition à la construction de mosquées, au voile islamique, à l’immigration, publications blasphématoires selon les critères islamiques du blasphème, participation de la France à des guerres en Afrique contre des mouvements islamistes. La situation s’est aggravée avec l’émergence d’un califat qui a rétablie le régime classique islamique abolie par la colonisation et a les moyens d’activer les multiples cellules dormantes en Europe.

Les gouvernements européens connaissent parfaitement ces données historiques. Ils gèrent les menaces djihadistes par des lois liberticides contre leurs propres ressortissants prétextant la lutte contre l’islamophobie. L’agitation frénétique de leurs parlements pour la reconnaissance de la Palestine au cœur d’Israël – reconnaissance debout et avec applaudissements pour le parlement français – constituent leurs réponses préventives aux menaces djihadistes et leur politique traditionnelle d’apaisement envers les pays musulmans.

La position de la France se place dans un autre contexte qui n’est pas celui du djihad mais son instrumentalisation à ses propres fins. La France a toujours manifesté son hostilité au sionisme pour des raisons religieuses, des préjugés antisémites et des ambitions politiques. En 1840 à Damas, prétextant le meurtre d’un religieux catholique qui ne put être prouvé, le consul français déclara que la France et les chrétiens protégeraient les musulmans contre la dangerosité des dhimmis juifs de Damas accusés d’un crime rituel qu’il avait lui-même inventé. A partir de cette époque la France ne cessa de se déclarer puissance protectrice des musulmans contre un danger fantasmé des juifs afin de détourner sur eux l’hostilité musulmane provoquée par une domination coloniale chrétienne. Cette politique se manifesta particulièrement en Algérie avec l’antisémitisme d’Edouard Drumont, au Moyen-Orient par des pamphlets haineux comme celui de Negib Azoury, Libanais agent du Quai d’Orsay, appelant en 1905 à une alliance mondiale des musulmans et des chrétiens contre le sionisme, péril juif universel. Cette idéologie continua dans le nazisme et la France de Pétain et aujourd’hui dans la défense d’une cause palestinienne inventée pour favoriser les intérêts financiers et stratégiques européens dans le monde musulman.

Le rôle pionnier de la France dans la politique du Dialogue euro-arabe, le fondement d’Eurabia, est souligné par des politiciens et des analystes arabes tels que Saleh al-Mani, Bichara Khader, Chedli Klibi, secrétaire de la Ligue arabe (conférence de presse, Paris, 6/12/1979), le ministre  syrien des Affaires étrangères Farouk al-Sharaa (Damas 11/7/1998), des historiens David Pryce-Jones, Roy, H. Ginsberg et enfin des hommes politiques français eux-mêmes tels Jacques Chirac, protecteur d’Arafat contre Israël, dans son discours au Caire (8/04/1996). Fondée sur des faits et des politiques indéniables cette opinion est largement partagée.        

SR: Dans quelle mesure la vague d’immigration en provenance des pays arabes en Europe, et les politiques européennes jugées trop douces, tombent donc dans ce scénario de construction d’Eurabia ?

Le scénario d’Eurabia comprend plusieurs volets de politique intérieure et extérieure. Les plus importants de la politique intérieure concernent la démographie, la culture, le mixage social, la discrimination positive ou en termes clairs la préférence immigrée. Les stratèges d’Eurabia appliquent à Israël et aux peuples européens les mêmes principes de mixage des populations par la suppression des frontières, l’immigration, la dénationalisation territoriale, culturelle et historique afin de créer un ordre mondial supranational par la disparition des nations. Bref une destruction de tous les fondements de la civilisation judéo-chrétienne en Israël et en Occident – destruction qui épargnent les territoires musulmans. Là, en effet, l’Europe vénère et répète pieusement un narratif suprématiste fantasmé comme celui de l’origine islamique de la culture européenne, ou se bat pour créer un nouveau nationalisme arabo-islamo-palestinien.

Il est clair que l’immigration musulmane massive et continue, encouragée et encadrée par les gouvernements européens, modifiera la composition démographique européenne et détruira les structures nationales collectives fondées sur la culture, la langue, une histoire et des institutions communes et homogènes. Ces flux de population  hétérogènes sinon même hostiles, implanteront en Europe les lois, les préceptes et l’idéologie de la civilisation de la charia.

Ces objectifs sont ceux de l’Organisation de la Coopération Islamique (OIC), organisation regroupant l’ensemble des pays musulmans. Par le canal des lobbies dont le plus important fut l’APCEA – je donne les noms de ses présidents et vice-présidents ainsi que la date de leurs mandats dans Comprendere Eurabia – les décisions de l’OCI déterminent celles de l’UE dans différents domaines de politique intérieure : immigration, lutte contre l’islamophobie, enseignement de l’islam, musées de civilisation islamique, réseaux d’écoles musulmanes, discrimination positive, antisionisme, palestinisme, etc. Ceux qui ne connaissent pas les rapports et documents de l’OCI, ignorent que la Communauté européenne n’a fait qu’obéir aux injonctions de l’OCI en matière d’immigration et d’accueil des migrants musulmans, de multiculturalisme, de culpabilisation des sociétés d’accueil, de reniements nationaux, du rejet des mesures sécuritaires et des traditions nationales assimilées à de l’islamophobie . L’accroissement d’une population musulmane en Europe dont l’OCI se déclare la protectrice dans sa Charte (mars 2008), augmentera son pouvoir de nuisance en Europe.

Les populations européennes ont pu constater le soutien et même l’encouragement à l’immigration provenant de pays arabes par le Président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, par la Chancelière Angela Merkel, et la plupart des Etats de l’UE. Des navires et des aides financières considérables furent expédiés aux pays limitrophes pour aider les migrants à débarquer et traverser l’Europe.

L’UE a puni les pays récalcitrants comme la Pologne et la Hongrie et a déversée sur tous les réseaux audio-visuels une propagande humanitaire soutenant son action. Tout en niant les droits historiques souverains de l’Etat d’Israël et en instituant le boycott de ses produits pour étrangler  son économie, elle a exploité l’histoire de la Shoah dans une propagande compassionnelle assimilant les migrants appartenant à une civilisation djihadiste aux populations juives européennes qui furent condamnées à une extermination totale par leur propre gouvernement. Ces situations n’ont rien de semblable. Les migrants fuient des guerres djihadistes intertribales, mais ils représentent des populations qui n’ont jamais dénoncé le djihad anti-israélien et anti-occidental.  Ils doivent recevoir toute l’aide nécessaire sur le plan humain, mais leur installation en Europe est un acte politique qui doit obtenir l’approbation des populations concernées, répondre à certains critères économiques et sécuritaires et à certaines conditions de prudence élémentaire.   

En voulant imposer ses quotas d’immigrants sur le territoire de l’UE malgré les réticences des citoyens européens, la Commission dévoile ses ambitions totalitaires hégémoniques et l’impotence des institutions nationales démocratiques. Sa propagande a également démontré son contrôle politique et culturel sur les médias des pays de l’UE dont les Etats membres – tous partis confondus – ont collaboré à cette politique. Seuls le développement du terrorisme et l’opposition populaire des partis anti-immigrationnistes ont fait reculer les gouvernements. La crise des migrants a donc été très importante. Elle a révélé les politiques d’Eurabia c’est-à-dire la politique de fusionnement méditerranéen menée conjointement par les Etats membres de l’UE et leurs instances supranationales (Conseil et Commission européenne), la Pologne et la Hongrie exceptées. 

Les actions terroristes au cœur de l’Europe ont révélé l’inadéquation de l’idéologie eurabienne à la réalité sur le terrain : porosité des frontières, impréparation des gouvernements cultivant l’angélisme et désignant Israël comme leur ennemi pour mieux masquer celui qui les terrifie. Empêtrés dans leurs dénis et leurs tabous d’une réalité dont ils avaient délibérément rejeté les méfaits sur Israël, ils se trouvaient confrontés à l’inefficacité de l’antisémitisme comme pont de rapprochement avec les peuples musulmans. Car l’Europe comme Israël fait partie du camp de la mécréance.

Finalement, l’élément le plus grave émergeant de cette crise perce dans le conflit toujours plus profond entre gouvernants et gouvernés, discréditant la légitimité des élites et celle de l’oligarchie toute puissante de Bruxelles s’acharnant encore contre Netanyahou. Elle mendie un répit des Islamistes par la reconnaissance de la Palestine dans le périmètre qu’elle a décidé en 1980 dans la Déclaration de Venise, une lâcheté de plus afin de reprendre ses contrats juteux avec les pays arabes. Clairement la CEE/UE s’imagine dotée de l’infaillibilité et de la connaissance des critères de la justice dans ses décrets ordonnant l’éradication d’Israël, alors qu’ils illustrent sa reddition à la terreur de l’OLP, prélude aux autres redditions au terrorisme djihadiste frappant l’Europe même.              

SR: Quelle est alors la position du terrorisme islamique dans ce scénario? Et quel pourrait être le rôle de l’Isis?

Le terrorisme islamique représente une tactique du djihad, guerre de conquête et d’islamisation. Ses formes actuelles que nous voyons – même dans les conflits intermusulmans – sont prescrites par la législation du djihad et reproduisent un scénario historique vieux de treize siècles bien connu des dirigeants européens et des spécialistes de ce domaine. C’est précisément parce qu’ils le connaissaient qu’ils ont voulu par une politique d’alliances avec le monde arabo-musulman s’en prémunir et sceller la réconciliation euro-musulmane en déviant le djihad contre Israël. L’Amérique a fait de même en Afghanistan en formatant les Talibans contre les Soviétiques. Tant que nous continuerons à nier l’idéologie djihadiste nous en serons les victimes. Le djihad a très souvent été manipulé par des puissances occidentales contre leurs ennemis. C’est le cas du djihad palestinien appelé « résistance » dans la guerre secrète européenne contre Israël.

Le rôle de l’Isis consiste à rétablir l’Etat islamique tel qu’il exista durant douze siècles jusqu’à ce que la colonisation européenne ou la modernisation ait modifié ses institutions les plus fanatiques et rétrogrades. L’Isis ambitionne de restaurer le grand Califat rassemblant toute l’oumma afin d’achever la conquête et l’islamisation des terres non-musulmanes, dont l’Occident. Il importe de préciser que ces projets et cette idéologie sont rejetés par de nombreux musulmans. Néanmoins le combat pour moderniser l’islam est de leur responsabilité et l’on ne voit pas beaucoup de progrès  ni un mouvement de masse dans cette direction. 

Si l’Isis maintiendra une base territoriale et des revenus considérables  il s’efforcera de  susciter constamment des attentats en Europe où il peut recruter de nombreux adhérents. Il pourra ainsi l’affaiblir en suscitant des conflits politiques internes auxquels s’ajouteront l’usure des résistances contre un terrorisme toujours renouvelé et insaisissable, le stress de l’insécurité permanente, le ralentissement économique consécutif, et une pression migratoire constante sur les flancs de l’Europe. Bref le scénario de la chute de l’Empire byzantin (la Turquie actuelle) dévoré de tous côtés par une immigration invisible, et dont les coffres impériaux vidés par les tributs payés aux envahisseurs du dedans et ceux du dehors, ne purent plus financer les campagnes de défenses et les soldes des armées byzantines.

Si l’Isis ne peut se maintenir dans une position aussi favorable, elle implosera et le problème ne sera pas résolu. Pour le résoudre il faut que les musulmans eux-mêmes répudient l’idéologie jihadiste. Ils ne l’ont pas fait parce que l’Occident ne l’a pas exigé et l’a même exploité : les U.S.A. avec les Talibans contre les Soviétiques, et l’Europe avec les Palestiniens contre Israël.

SR: Beaucoup de monde voit la cause du terrorisme islamique dans les politiques occidentales erronées en Moyen-Orient. Croyez-vous que cette position soit crédible, ou elle peut être attribuée au progrès de la dhimmitude et de l’islamisation de l’Europe ?

Chez certains cette position témoigne d’une si grande ignorance ou mauvaise foi qu’elles rendent inutiles toute discussion. Le terrorisme djihadiste est prescrit par des règles établies par les juristes musulmans depuis le VIIIe siècle quelle que soit la politique des pays attaqués car leur islamisation  est une obligation coranique. Le djihad a ravagé les côtes et les villes européennes durant plus d’un millénaire et islamisé les pays chrétiens d’Europe et d’Afrique. Mieux on le connaîtra et plus on encouragera les musulmans à procéder à une réforme nécessaire de leurs dogmes.

Chez d’autres ces arguments camouflent le sentiment de vulnérabilité du dhimmi qui s’accuse de l’agressivité du musulman par crainte de l’irriter davantage et pour mendier sa tolérance. En effet la loi islamique interdit au dhimmi de se défendre contre un agresseur musulman sous peine de mort et le juge musulman refuse sa parole contre celle d’un musulman en vertu du principe que la mécréance a toujours tort. Le djihad est estimé une guerre défensive parce que le mécréant en se défendant transgresse  la volonté d’Allah. Son auto-défense est une agression contre le musulman qui obéissant à Allah doit conquérir le dar al harb. Cette position est appliquée par l’Europe et le monde musulman à Israël dont l’existence même étant une agression, ses mesures d’auto-défense agressent les Palestiniens même si ceux-ci attaquent les Israéliens. C’est la base du principe d’inversion entre victimes et terroristes. On peut souligner qu’attribuer toujours torts à Israël ou aux Européens qui défendent leurs droits est un jugement conforme à la charia. Son adoption en Europe exprime, à travers le prisme de la dhimmitude, son islamisation. Votre remarque est donc correcte.

Le grand prêtre du dogme de la culpabilité de l’Occident fut Edward Saïd, chrétien égyptien se prétendant réfugié palestinien. Créé par un courant musulman et dhimmi chrétien, ce dogme visait à imposer à l’Europe une culpabilité envers les Palestiniens et les Arabes, équivalente à celle de la  Shoah. Il attribuait la création de l’Etat d’Israël à une culpabilité européenne et s’efforçait d’obtenir la Palestine par le même moyen tout en exploitant la culpabilité de la colonisation dans un narratif victimaire. Or cette position est totalement erronée car l’Europe avait utilisé tous les moyens, y compris le génocide, pour s’opposer à la restauration de l’Etat d’Israël. La légitimité historique d’Israël fut reconnue par la Société des Nations bien avant la Shoah. L’Etat hébreu existe par les victoires qu’il a gagnées seul contre ses agresseurs. Les chrétiens qui soutiennent son existence le font parce que les deux mille ans avant notre ère de l’histoire d’Israël sont le fondement du christianisme, une réalité historique attestée par l’histoire et l’archéologie et sans lequel le christianisme n’existerait pas.   

SR: Vous avez été accusé souvent d’islamophobie. À partir de votre point de vue, vers quel avenir se dirige donc l’Europe ?

J’ai été accusée d’islamophobie par ceux qui niaient les réalités du statut du dhimmi ; ceux qui refusaient que ce statut fût commun aux juifs et aux chrétiens et qui rejetaient ma définition de la dhimmitude. Ces objections s’enracinaient dans la doxa eurabienne développée dans de nombreux textes : l’islam était une religion de paix et d’amour, juifs et chrétiens y avaient jouie d’une parfaite tolérance et la restauration d’Israël était la seule cause des dissensions entre Européens et Arabes et le seul obstacle à la paix.

L’avènement du califat confirme tout ce que j’ai écrit fondé sur des textes historiques irréfutables. L’Etat islamique applique à la lettre les décisions des juristes musulmans réglant par des versets coraniques, la conduite des batailles et le sort des prisonniers. Les lois de la charia sont également appliquées rigoureusement envers les musulmans, les apostats et les non-musulmans. Ces lois de la charia étaient intégralement appliquées dans les pays musulmans jusqu’au milieu du 19e siècle quand l’Europe tenta de faire abolir certaines dans l’Empire ottoman. Ceux qui m’ont attaqué sont des antisémites et des anti-européens islamophiles favorables à l’islamisation de l’Europe.

Les mêmes m’ont accusé d’avoir inventé un complot : Eurabia. Or d’innombrables textes publiés par le Ministère français des Affaires étrangères, la Communauté européenne, des historiens et des sources arabes fournissent des renseignements sur les politiques qui nous ont amenés à la situation actuelle.

L’Europe a devant elle des défis énormes et qui ne sont pas faciles à gérer. Les peuples européens devraient d’abord se débarrasser des mensonges qu’on leur a fait ingurgiter depuis 40 ans pour ne parler que des défis posés par l’islam, les plus importants car ils se manifestent sur son sol et menacent sa survie. Il importe tout d’abord de savoir que beaucoup de Musulmans rejettent le djihadisme, d’autres ignorent ses règles inscrites dans des textes très anciens et peu accessibles. Les Européens devraient les connaître pour s’en prémunir. Ils devraient les exposer sans faux-fuyants et en discuter en toute liberté puisque ces lois djihadistes les concernent directement. C’est eux qu’elles visent et les nier comme cela s’est fait jusqu’à présent, fera d’eux leurs victimes. Ces connaissances étaient banales jusqu’aux années 1970s avant que le culte de l’auto-flagellation devant l’islam d’Edward Saïd lié à la doxa eurabienne et propalestinienne ne les interdisent. En se réappropriant ces connaissances – qui finalement sont leur histoire – ils aideraient les musulmans qui n’attendent que ça pour entreprendre les réformes nécessaires. Faute de quoi l’Europe deviendra semblable à l’Irak, à la Syrie, au Liban. Treize siècles d’histoire nous prouvent que ce scénario n’est pas impossible.        

[1] Bat Ye’or,  Comprendere Eurabia, Lindau: 2015, pp. 73-79, e 163-165.

[2] Bat Ye’or, Les Chrétientés d’Orient entre Jihad et Dhimmitude, préf. de Jacques Ellul, Le Cerf, Paris, 1991.

[3] Bat Ye’or, Comprendere Eurabia,  pp.22-25.

[4] Bat Ye’or, Eurabia, l’axe euro-arabe, Jean-Cyrille Godefroy, Paris 2006, pp. 53-54.

[5] Le mémorandum est reproduit dans Jacques Bourrinet (ed.), Le Dialogue Euro-Arabe, Economica, Paris, 1979, p. 78.

[6] Derek Hopwood (ed.), Euro-Arab Dialogue. The Relations between the Two Cultures. Acts of the Hamburg Symposium, April 11th to 15th 1983, Croom Helm, Londres 1983, p. 19.

[7] Bat Ye’or, L’Europe et le Spectre du Califat, Les provinciales, 2010.

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