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Edward Saïd et l’Orientalisme (Bat Ye’or)

Jan 2, 2022

Edward Saïd et l’Orientalisme (Bat Ye’or)

Dans une présentation sur l’orientalisme (1/12/2021) le 1er décembre 2021, Evelyne Tschihart a montré comment le génie européen a réagi au contact de l’Orient islamisé. Conformément à l’idéologie jihadiste, ces pays avaient été un domaine interdit et hostile aux non-musulmans qui ne pouvaient s’y aventurer sans obtenir une permission (amân) et la garde d’un ou deux janissaires pour garantir leur sécurité. Mais au 19e siècle le sultan ottoman dut accepter l’aide de spécialistes européens pour procéder à de nombreuses réformes structurelles essentielles pour maintenir l’intégrité territoriale de son empire. Aussi est-ce à cette époque que les savants européens entreprennent le déchiffrement et la découverte des civilisations de l’Antiquité, établissent les disciplines de ces nouvelles sciences, répertorient la faune et la flore de ces régions, créent des musées pour classer ces découvertes et ce savoir. Je décris cette évolution dans mon roman Moïse.[1]

Mais selon Edward Saïd il existe une face sombre à l’Orientalisme qu’il nous révèle dans les années 1970s. Qui est Edward Saïd ? Saïd naquit en 1935 dans une riche famille bourgeoise chrétienne du Caire, d’un père naturalisé américain. L’enfant fit ses études au Victoria College, dans une école huppée de Zamaleck, quartier résidentiel du Caire et grandit dans une atmosphère islamo-chrétienne totalement traumatisée par les victoires d’Israël, c’est-à-dire, selon eux, de Satan. Il est opportun de rappeler ici que depuis les années 1930, l’Égypte et le monde musulman avaient fortement adhéré au nazisme, au fascisme et à la haine des Juifs au point que des milliers de volontaires arabes, d’intellectuels et de politiciens avaient rejoint Berlin ou s’étaient enrôlés dans la Wehrmacht ou le corps des SS. Mussolini et Hitler avaient été des héros dans le monde arabo-musulman notamment parmi les Arabes de Palestine qui rêvaient d’exécuter la Shoah dans tout le Moyen-Orient. Saïd partit aux États-Unis poursuivre ses études et enseigna plus tard à la Columbia University (New York), la littérature anglaise et comparée.

Pour replacer les publications d’Edward Saïd dans leur contexte historique, rappelons que les premiers livres sur la Shoah furent publiés dans les années 1960s et 70s d’abord aux États-Unis puis en Europe. A cette époque le public européen ressentait un fort sentiment de sympathie et de solidarité envers les Juifs rescapés de la Shoah. Ce rapprochement provoquait l’animosité du monde arabe et musulman qui attribuaient les victoires de l’État hébreu à la culpabilité et au soutien de l’Europe. Les Arabes estimaient que les Juifs, auxquels ils avaient imposé les discriminations humiliantes de la dhimmitude des siècles durant, étaient un peuple trop veule pour gagner des batailles. Ces reproches arabes liés à des allusions de représailles en matière de ventes de pétrole étayent les mémorandums des rencontres du Dialogue euro-arabe.[2]

Membre important de l’OLP, Edward Saïd éprouvait les ressentiments et les frustrations des victoires alliées et israéliennes. Dans son œuvre sur l’orientalisme, Edward Saïd subvertit cette culpabilité européenne envers les Juifs de façon à la détourner vers l’Arabe, le colonisé, le Palestinien qui incarneraient la victime juive des nazis déguisés en Israéliens. Ce que Edward Saïd appelle l’Orientalisme dans ses livres est une matière virtuelle fantasmée, forgée dans son cerveau, entièrement consacrée à culpabiliser cet Occident où lui, chrétien de l’OLP, organisation totalement favorable au nazisme, ne trouve pas sa place. Cet Orientalisme, selon Saïd, n’est qu’une compilation de crimes commis par l’Occidental, l’Homme Blanc, perpétrée dans tout ce qu’il pense, dit et écrit de l’Orient et de l’islam et ceci dans tous les domaines.

Pour Saïd l’ensemble des contacts des Européens avec les Orientaux, leurs recherches scientifiques et archéologiques, le déchiffrement d’alphabets de l’Antiquité, les établissements scolaires, l’amélioration de la médecine, toutes leurs activités et leurs écrits sur l’Orient sont celles de prédateurs haineux, racistes, colonialistes et impérialistes. Dans son livre, Orientalism[3] il est le premier à assimiler le Blanc à un raciste essentialisé, c’est-à-dire dont toutes les émanations expriment le racisme à l’égard de l’islam. Il estime que toute la connaissance occidentale sur l’Orient est d’essence impérialiste, la culture n’étant qu’une structure de domination et de pouvoir quels que soient ses critères objectifs et scientifiques (p. 27). Cette construction artificielle et inhumaine de l’homme blanc envers l’Oriental, dépourvue de toute vérité, est méprisable. Ses travaux développent une constante inculpation de l’Occident coupable d’islamophobie. Absentes de son univers mental sont les notions génocidaires du jihad, du dar al-harb, le monde de la mécréance voué à la destruction, l’apartheid religieux de la dhimmitude, les harems et les esclaves. L’Européen qui en parle ou les décrit -parce qu’il les voit- est taxé de haineux et de raciste. Autrement dit Saïd rejette le réel, la cruauté tyrannique de la société islamique contre la femme, l’esclave, le dhimmi et lui substitue une vision idéologique de victime pacifique et inoffensive.

Je me limiterai ici à trois points dans la vision de Saïd sur l’orientalisme.

Primo : Se basant sur le mot « sémitisme », Saïd affirme qu’orientalisme et antisémitisme sont similaires, sans en faire la démonstration. L’antisémitisme chrétien contre les Juifs, affirme Saïd, est pareil à la haine exprimée par l’orientalisme contre les musulmans :

« Le transfert de la haine antisémite d’une cible juive à une cible arabe a été fait facilement, puisque la figure était essentiellement la même. » (p.286).

Pour Saïd, l’ensemble institutionnel théologique, juridique, social qui a constitué le statut des Juifs en chrétienté durant plus d’un millénaire et qui a culminé dans le génocide du peuple juif – cette construction complexe appelée antisémitisme – serait semblable aux recherches de savants et d’artistes orientalistes sur l’Orient, à la construction par les Européens de villes, de musées, d’écoles, d’hôpitaux, d’infrastructures modernes dans des pays islamisés qui furent chrétiens.

Saïd se fait l’agent de la volonté islamique de toujours subvertir l’histoire juive au profit de l’islam, du musulman et du Palestinien. Alors que le conflit théologique de la chrétienté avec le judaïsme dont elle est issue, est bien connu par des textes juridiques et historiques, on ne sait pas très bien ce qu’est l’islamophobie. Saïd met sur le même pied les persécutions religieuses d’États chrétiens contre des petites communautés juives pacifiques, avec des conflits militaires entre musulmans et chrétiens sur trois continents durant treize siècles de jihad (dont il ne dit mot). Il est évident que ces situations sont totalement différentes et même contradictoires. Sans même parler des discriminations de la dhimmitude par des empires musulmans pendant des siècles et qui n’existent pas dans le judaïsme.

Dans le monde artificiel d’Edward Saïd, le jihad, qui a islamisé tant de peuples chrétiens sur trois continents, avec ses déportations, son esclavagisme religieux, ses génocides, est inexistant. En parler est un crime. L’Oriental, l’Arabe, le musulman sont des victimes innocentes de l’Homme Blanc, de l’Orientalisme raciste et du sionisme qui, dit-il, reprend la tradition orientaliste. Pour E. Saïd, l’Europe doit absolument se sentir coupable du mal incommensurable qu’elle a perpétré par l’Orientalisme=antisémitisme et dont les victimes furent l’Arabe, l’Oriental et le Musulman. J’admets volontiers l’existence de préjugés à l’encontre de religions et de groupes humains, mais ils doivent être replacés dans les contextes de l’époque.

En fait cette ineptie vise à détourner sur l’islam la supposée culpabilité européenne envers le judaïsme. Or les relations entre musulmans et chrétiens furent établies dans un contexte permanent de guerres, de conquêtes et de domination ce qui n’est pas le cas des relations judéo-chrétiennes. Prétendre que leurs fondements et leurs manifestations sont identiques est une mystification fallacieuse et abusive.

Je voudrais maintenant souligner rapidement 2 autres points qui peuvent peut-être paraître futiles. Dans « Orientalism », Saïd conteste le sens des mots Orient et Occident. Pour lui ces termes sont interchangeables et ne signifient rien. Seuls le colonialisme et l’impérialisme les utilisent pour marquer une différence qui n’existe, selon lui, que dans une pensée raciste, la connaissance n’étant qu’une construction artificielle de l’esprit. De même il condamne comme raciste l’expression “nous” et “eux”, et préconise d’utiliser seulement le terme “nous”. Pour ramener le différent à l’identique, Saïd rabote et supprime les particularismes de la civilisation occidentale afin de l’amener dans le moule de l’islam, seul acceptable selon lui.

Je vous ai cité ces trois points car ils sont l’essence d’un texte très important Le Dialogue entre les Peuples et les Cultures dans l’Espace Euro-méditerranéen écrit en 2003 à la demande du Président de la Commission européenne, Romano Prodi, par un groupe de personnes qu’il sélectionna et appela ”Le Groupe des Sages“. Ce texte préconise la création d’une Fondation qui se chargerait d’extirper toutes formes d’Orientalisme des pays membres de l’UE par les réformes du système éducatif, la mise au pas des médias, la re-écriture de l’Histoire par un réseau universitaire. Ces mesures promeuvent la mixité des peuples des deux rives de la Méditerranée par la suppression des visas, l’immigration en Europe, le combat contre les partis populistes jugés xénophobes et islamophobes. La culpabilité européenne et le rejet de la culture occidentale sont inhérents au texte.

En décembre 2003, le Conseil européen et les ministres des Affaires étrangères des pays membres de l’Union européenne acceptèrent la création de cette Fondation pour l’ensemble des pays de l’UE et le réaménagement des programmes éducatifs scolaires et universitaires ainsi que le conditionnement culturel et des médias. On y retrouve la déconstruction du savoir et  l’axiome de la culpabilité de l’homme blanc. A la suggestion de Javier Solana, cette Fondation fut nommée Anna Lindh, du nom du ministre suédois qui préconisait un total boycott d’Israël et nourrissait une admiration sans bornes pour Arafat. 

En juillet 2005 une autre organisation mammouth : l’Alliance des Civilisations, un vaste projet onusien, fut créé dans le but surtout de rapprocher chrétiens et musulmans. Elle aussi s’inspira de la pensée d’Edward Saïd dans ses programmes destinés à l’éducation de la jeunesse.[4]

En conclusion

Edward Saïd connut un immense succès aux États-Unis et en Europe. Son œuvre imprègne le mouvement décolonial actuel ; il est le fruit de 30 années d’enseignement de haine contre l’homme blanc occidental et sa culture. Ses militants, conditionnés par une culpabilité mythique suicidaire envers les musulmans et les Palestiniens, réclament le remplacement d’Israël par la Palestine et la destruction de la culture occidentale.


[1] Bat Ye’or, Bien-aimés les souffrants, vol. I Moïse. Al-Kahira, 1818-1882, roman, Les provinciales,2020.

[2] Bat Ye’or, Eurabia : l’axe euro-arabe, Paris, Jean-Cyrille Godefroy, 2006.

[3] E. W. Said, Orientalism, Routledge & Kegan Paul, Londres, 1978, trad. française, L’Orientalisme. L’Orient créé par l’Occident, Seuil 1978.

[4] Bat Ye’or, L’Europe et le Spectre du Califat, Les Provinciales, 2010, rééd.2014, (Europe, Globalization and the Coming Universal Caliphate, 2011).

L’illustration de cet article est un extrait d’un article de Jacques Tarnero, en novembre 2000 : la deuxième intifada, son impact politique en France et ses effets médiatiques. https://harissa.com/D_forum/Israel/ladeuxiemeintifada.htm

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