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Féminismes et dhimmitude : L’affaire Mila et la progression de la dhimmitude en France (Richard Rossin)

Couverture du Livre de Mila (Grasset 2021)

Voici le texte de la conférence de Richard Rossin dans la vidéo-conférence de Dhimmi Watch, « féminisme et dhimmitude », le 21 avril 2022. Les références en fin d’article ont été ajoutées par Dhimmi Watch.

Pas de grandes analyses, pas de grandes phrases, juste des faits. Des faits pour voir.

Les signes de progression d’un islamisme en France sont nombreux et souvent peu perçus : les prières de rue, la revendication du hallal dans les cantines scolaires, celle du droit de circuler le visage caché (interdit par la loi depuis des lustres) sont des exemples. Ces signes se dissimulent derrière un soi-disant respect de la culture de l’autre, un autre que personne ne nomme jamais. Et chacun se refuse à remarquer que ces revendications s’imposeraient à tous, en opposition avec la culture du plus grand nombre. Le plus grand nombre, peut-être temporaire, devrait se soumettre. La soumission est le principe majeur de la dhimmitude, soumission des non-musulmans aux musulmans, c’est la charia.

Les islamistes osent appeler la dhimmitude, “Pacte de Tolérance”, un pacte imposé au non-musulman. Ce pacte exige du dhimmi, chrétien, Juif ou zoroastrien, une soumission absolue en échange d’un droit une survie aléatoire. Drôle de pacte et curieuse tolérance.

Pour être honnête, le christianisme aussi, lorsqu’il fut politique, pratiquait une forme de dhimmitude. Il était, au nom de l’amour pour un petit Juif, intolérant et massacreur : il marginalisait les Juifs, parfois les expulsait ou les massacrait. Il interdisait les musulmans. Un passé lointain qui est utilisé aujourd’hui en arbre pour cacher la forêt neuve.

Il va de soi que cette progression de la dhimmitude en France donne un sentiment de puissance aux jeunes et moins jeunes musulmans… mais le vrai problème n’est pas dans le sentiment de puissance de ceux-là, il est dans la résignation de beaucoup d’autres, notamment de certains politiques et de certains intellectuels et journalistes qui confondent tentative de compréhension et acceptation. Soumission au nom d’une compréhension qui se refuse à ne pas accepter l’inacceptable. Foin de la laïcité pour laquelle nos parents durent durement se battre. C’est vrai, il parait qu’il n’y a plus d’Histoire.

L’affaire fameuse de la jeune Mila est didactique de cette inversion des pensées de la laïcité, de la défense de la liberté d’expression, des proclamations de Liberté-Égalité ; quant à la Fraternité, mon frère, elle est devenue réservée…

Cette histoire n’aurait jamais dû n’être qu’un fait divers dont la police et les tribunaux seuls avaient à s’emparer puis, simplement, à sanctionner les contrevenants ! Mais non. Elle a pris une ampleur étonnante, témoin de la dérive de notre société.

A l’époque, un article m’avait été demandé par Zorha Bittan pour l’ouvrage Mila 2018. Mon texte avait d’abord été accepté avec enthousiasme puis refusé sous la pression, m’avait dit Zorha, de ses amis de gauche… Islamophobie ! Le mot est lâché. N’y a-t-il aucune raison de craindre un islam totalitaire ? Dhimmitude. Causeur, lui, avait immédiatement publié ce : Qui donc l’a mis là ?

De quoi s’agissait-il ? Mila, une jeune lycéenne iséroise, est harcelée sexuellement sur les réseaux sociaux, ces espaces virtuels où on rêve qu’une agitation d’électrons puisse créer des amis. Notons d’emblée que le harcèlement d’une non-musulmane est un stigmate de la dhimmitude bien que réprouvé par la loi française. Malheur : Mila répond ! Ce qui est son droit le plus strict en France. Certes, pas dans les États à majorité musulmane.

Alors, promesse lui est faite du passage d’une lisse lame sur la gorge après de nombreux sévices corporels et sexuels dans un langage ordurier, témoin d’une barbarie d’autres lieux et d’autres temps. Du moins en Europe. Menaces, là encore, qui devraient tomber sous le coup de la loi mais ce sont ce dont les dhimmis sont habituellement menacés.

Mais Mila n’est pas une dhimmi. Saluons son courage Mila revendique la liberté d’expression, un héritage du siècle des Lumières, un bien chèrement acquis par la Révolution en France. On se demande aujourd’hui qui a bien pu les éteindre, ces Lumières.

Quelle fut la réponse de l’État aux menaces proférées ? Incroyable, la ministre de la Justice, oui de la Justice, Madame Belloubet, prend la victime pour le bourreau ! La Garde des Sceaux devenue gardienne des sots, voilà qui ne manque pas de cachet, pond une lettre de cachet et demande au parquet de poursuivre Mila pour insulte à une religion, ce que la ministre trouve grave. En bref, elle veut poursuivre pour blasphème. Ce qu’elle ne fit pas quand, à la même époque, Jésus fut qualifié de PD[1] (sic). Voilà Mila en nouveau chevalier de la Barre ; serait-ce ce qu’on appelle une avancée progressiste ? Dhimmitude, vous dis-je !

Heureusement, le parquet refuse de s’enflammer, cela arrive parfois dans l’ile de la Cité, et récuse la plainte.

Certes, la ministre est revenue par la suite sur cette « erreur », mais il reste le plus grave. Il reste que le premier réflexe est la charge contre la liberté d’opinion et la défense des agresseurs lorsqu’ils le font au nom de leur foi ! Il reste la soumission automatique et insidieuse aux lois de la charia… Il est vrai aussi que la ministre avait voulu accueillir des djihadistes[2] qu’elle ne logera cependant pas dans les trois appartements qu’elle avait omis de déclarer.[3]

Et il fut d’autres politiques pour la suivre comme Ségolène Royal. Incroyable d’imaginer réaction aussi ignominieuse quand on prétend être gardien des valeurs françaises. Mais qui donc les a mis là ?

Il fut même un groupe pro-LGBT, des “féministes”, pour agresser une manifestation de soutien à Mila en vociférant Bande de fachos, c’est une islamophobe ![4] 

Sous le successeur de Belloubet à la Justice, Dupond-Moretti, on récuse la responsabilité de l’assassin musulman d’une vieille femme juive à l’alibi de l’aveuglement du discernement de ce dernier sous les effets conjugués de la religion et de la prise de drogues par ailleurs illicites. Prise qui en d’autres circonstances est un facteur aggravant des actes commis…

Mieux encore, Mila ne put réintégrer son établissement scolaire. On ne pourrait l’y protéger ! Certes, mais aucun autre établissement ne peut la protéger non plus… et la proviseure avait dit qu’elle était nuisible à l’image de l’établissement. Une élève nuisible parce qu’elle défend la laïcité.

 La lâcheté est le terreau de la dhimmitude en terre non musulmane. La République ne peut assumer sa mission d’éducation prétendue obligatoire. Faillite ! Faillite et démissions. La volonté et le courage des hussards de la République laïque, démocratique et égalitaire ont été érodés. Aucun des trois termes de cette définition n’est naturel aux femmes et aux hommes qui ont été accueillis sur le sol national avec une générosité sans égale de par le monde. Le résultat n’est pas une société multiculturelle dont tout un chacun pourrait se réjouir, mais une société multicommunautaire qui en est le contraire et l’assassin.

On ne peut protéger les victimes, mais peut-on poursuivre les agresseurs ? L’État retrouvera les harceleurs menaçants, évidemment musulmans et aucun ne comprenait ce qu’il pouvait bien y avoir de répréhensible dans leur comportement. Ils pensent sincèrement que la charia est bien plus importante que la loi française, que ceux qui s’opposent à l’islam méritent amplement de subir la violence. Banalité de la dhimmitude.

Un harceleur de 23 ans est condamné à trois ans dont la moitié ferme pour menaces de viol et de meurtre dans quatre vidéos. A l’encontre des neufs autres prévenus dont trois femmes, sont requis six mois avec sursis pour harcèlement et menaces de mort et trois mois avec sursis pour simple harcèlement.      

Mila, elle, sera, pour sa protection, enfermée dans une caserne…une courte période avant d’être renvoyée chez elle. Plus de scolarité et un vrai cauchemar. Car tout continue. Elle continue à craindre pour sa vie. Lisez son livre : Je suis le prix de votre liberté.

La dhimmitude ne s’arrête pas là. Les mouvements féministes, jamais en retard pour fustiger à juste titre un agresseur, sont là assez peu audibles.[5] Ils avaient aussi été peu audibles dans l’affaire Tariq Ramadan, objet de cinq mises en examen pour viol et ce n’est, semble-t-il, que la partie émergée de l’iceberg… Certains, parmi ceux et celles qui furent hostiles aux plaignantes, ont clamé au complot sioniste ! Éclairage intéressant. Pourtant, la presse à l’époque raconte les menaces et pressions sur les plaignantes, les tentatives de subordination de témoins. La première plaignante fut Henda Ayari, ancienne salafiste aujourd’hui abandonnée de tous, des siens, bien sûr mais aussi des autres. Pour mémoire, l’instruction continue depuis 2008… Quatorze ans. La justice est parfois encore plus lente que d’habitude.

Cette présence un peu pâle, en tous cas au regard du bruit qu’elles avaient fait lors de l’affaire Polanski, des représentantes féministes face à des femmes en détresse pose question. Ne balancent-elles donc que les porcs non-halal ? S’agit-il de soumission automatique lorsque les agresseurs sont musulmans, d’un comportement de dhimmis, ou bien est-ce pire encore ? Rappelons-nous de l’affaire Polanski et le bruit qu’elles avaient fait. Une forêt stipendiée ?

La mouvance intersectionnelle s’appuyant sur la supposée triple oppression de race, de genre et de classe, proche de la mouvance islamique et omettant l’omerta de l’oppression historique des Juifs, elle, ne s’était même pas prononcée…

Il n’est pas, ici, question de morale, il s’agit de plus, il s’agit d’éthique c’est-à-dire de l’identification des bourreaux, de tous les bourreaux. C’est cela la Justice.

Que dire encore de ces inimaginables histoires sinon qu’elles sont un nouveau témoin du drame français. Une avancée vers la soumission et la dhimmitude, le regard vers le ciel, le regard trop haut pour voir ce qui s’annonce. Car ceci avance, une amie et un soutien de Mila, Floriane, une jeune militante de la laïcité, est à son tour victime du même cyber harcèlement avec les mêmes menaces.[6] Les graffitis la menaçant à la Sorbonne sont effacés mais aucune sanction n’est prise contre les contrevenants.

J’ai à dire qu’il faut aujourd’hui que la peur change de camp.

Richard Rossin

Ancien secrétaire général de Médecins sans Frontières, cofondateur de Médecins du Monde,

ancien vice-président de l’académie européenne de géopolitique, fellow du CAPE


[1] Frédéric Fromet, “Jésus est Pédé”, France Inter, 10 janvier 2020, https://www.youtube.com/watch?v=gCTo3dKe-DQ

[2] Caroline Beyer : Nicole Belloubet ouvre la porte au rapatriement de djihadistes, Le Figaro 12/1/2020, https://www.lefigaro.fr/actualite-france/nicole-belloubet-ouvre-la-porte-au-rapatriement-de-djihadistes-20200112

[3] Nicole Belloubet a « oublié » de déclarer trois biens immobiliers, AFP, Le Point, 15/9/2019

[4] Qui sera Mila à la Gay Pride ? Mouvement Conservateur, Valeurs Actuelles, 25/6/2021, https://www.mouvementconservateur.fr/qui-sera-mila-a-la-gay-pride/

[5] Jean-Loup Adenor, “Je ne soutiens pas Mila”, par Lauren Bastide, la féministe qui n’a pas inventé la poudre, Marianne, 25/6/2021, https://www.marianne.net/societe/laicite-et-religions/je-ne-soutiens-pas-mila-lauren-bastide-la-feministe-qui-na-pas-invente-la-poudre

[6] Valentina Arama : Une jeune femme harcelée pour avoir défendu Mila, son compte Twitter suspendu, Le Point, 26/3/2021 https://www.lepoint.fr/societe/une-jeune-femme-harcelee-pour-avoir-defendu-mila-son-compte-twitter-bloque-26-03-2021-2419540_23.php

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