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Antisémitisme, antisionisme et jihad (Bat Ye’or)

Je donnerai rapidement des citations qui expriment le lien ontologique indissoluble entre antisionisme et antisémitisme dans les deux traditions européenne et islamique qui sont différentes l’une de l’autre.
 
La définition de St Augustin est très explicite : le peuple juif est un peuple déicide, déchu, condamné à expier la crucifixion par une existence d’errance, dispersé et avili parmi les nations. On ne doit pas le tuer car son avilissement même atteste de la véracité du christianisme. Il ne doit pas être rassemblé en un seul lieu mais dispersé parmi les nations afin d’apporter ce témoignage à une pluralité de peuples. Je m’empresse de dire que Vatican II a annulé cette opinion qui n’était pas partagée par tous les chrétiens surtout depuis la Déclaration des Droits de l’Homme et l’émancipation des juifs.
 
Mais je vous la donne car elle exprime bien le lien entre les caractères de la judéophobie qui se manifeste par l’implantation et l’exécution des discriminations légales sur le plan religieux, économique et social et d’autre part – dans une concomitance synchronique – la dispersion obligatoire des juifs parmi les nations, c’est-à-dire l’antisionisme.
 
Cette dispersion du peuple juif hors de sa patrie fut si importante que Sophronios, patriarche melkite de Jérusalem, recevant le calife Omar ibn al-Khattab à Jérusalem en 637, et en lui remettant les clés de la ville, l’abjure de maintenir l’interdiction faîte aux juifs de vivre à Jérusalem. Et ceci alors que les envahisseurs musulmans mettaient la Palestine à feu et à sang selon ses propres lettres et discours de l’époque et les témoignages des sources chrétiennes contemporaines.
 
Plus près de nous, dans une lettre de Jérusalem datée du 25 janvier 1919, Francis Bourne, archevêque catholique de Westminster écrivait, « les juifs peuvent vivre en Palestine, mais si jamais ils regagnaient leur domination et le gouvernement du pays ceci serait un outrage au christianisme et à son Divin Fondateur. » (Doreen Ingrams, Palestine Papers 1917-22. Seed of conflict, Londres 1972, p.60.)  2 En juin 1919, Weizman rencontra Clemenceau dans l’espoir de réduire l’hostilité de la France au sionisme. Clemenceau lui dit : « Nous Chrétiens ne pouvons jamais pardonner aux juifs la crucifixion du Christ. » Le 14 mai 1948 après la proclamation de l’Etat d’Israël, l’Osservatore Romano déclarait « Le sionisme moderne n’est pas le véritable héritier de l’Israël biblique, c’est un Etat laïc et pour cette raison la Terre sainte et ses lieux sacrés appartiennent à la chrétienté, le véritable Israël. » On pourrait multiplier de telles déclarations qui indiquent bien le lien entre antisionisme et antisémitisme. Mais depuis nous avons eu Vatican II, la réconciliation de l’Eglise et de la Synagogue, la reconnaissance de l’Etat d’Israël par le Vatican et le voyage du pape Jean-Paul II en Israël.
 
Quant à l’antisionisme islamique, il émane de l’idéologie jihadiste qui s’adresse à l’humanité entière et combat toute souveraineté non-musulmane, tout gouvernement qui n’appliquerait pas la charia. C’est le but même du jihad.
 
Avant le jihad contre Israël il y eut des siècles de jihad contre les pays chrétiens et contre les royaumes bouddhistes et hindouistes. Aussi le rejet de l’Etat d’Israël n’est pas exceptionnel, il entre dans le cadre universel du jihad y compris contre les peuples chrétiens et asiatiques. Mais il est intéressant d’examiner ses arguments tels qu’ils furent écrits dans des lettres adressées à Winston Churchill en 1919 et 1921 par les Associations arabes islamo-chrétiennes de Palestine. Je vous cite brièvement les thèmes : 1) L’une des lois les plus importantes du pays est d’empêcher les juifs de résider de façon permanente en Palestine mais ils peuvent y rester pour une courte période après laquelle ils sont obligés de retourner là d’où ils viennent. (Lettre du 23 mars 1919, section de Jérusalem du Congrès des associations islamo-chrétiennes. On ne sait si cette association se référait à une loi ottomane de 1887 qui interdit aux juifs seulement d’immigrer en Palestine, d’y résider, d’y acheter des terres, de restaurer les maisons et de vivre à Jérusale.
 
M2) L’obligation de maintenir en exil et dispersé parmi les nations le peuple juif. On voit ici l’interpénétration des judéophobies chrétienne et musulmane.
 
3) La Palestine appartient seulement aux musulmans et aux chrétiens, eux seuls devraient la contrôler et les juifs n’y ont aucune place. Cette affirmation demeura celle de l’OLP et aujourd’hui de l’Autorité Palestinienne, qui comprend de nombreux chrétiens.
 
4) Les juifs n’ont aucune relique religieuse ni connexions avec la Palestine et par conséquent aucun droit historique dans ce pays. L’UNESCO a récemment souscrit à cette affirmation en islamisant les monuments bibliques en Israël avec l’approbation de nombreux pays européens dont la France.
 
6) Le Congrès des Associations arabes islamo-chrétiennes s’oppose à l’utilisation de l’hébreu comme langue officielle et ne reconnaît que l’arabe ; il s’oppose à la désignation des villes et des provinces par leur nom biblique. Ces règlements furent imposés aux Grecs, Armémiens, Serbes, Coptes et à tous les peuples conquis et soumis par le jihad.
 
En conclusion je dirai qu’il n’y a plus d’antisémitisme chrétien comme force politique organisée. Ce qui est prégnant aujourd’hui en Occident est l’antisionisme euro-jihadiste mondialisé qui exploite et charrie les vieilles haines d’une Europe réduite en vasselage depuis qu’elle s’est associée en 1973 au jihadisme palestinien anti-israélien. L’Union européenne prétend que Jérusalem ne fait pas partie de l’Etat juif, fidèle à St Augustin, elle veut l’étouffer économiquement par la campagne BDS qu’elle soutient et exige qu’Israël s’enferme dans des frontières qu’elle lui impose pour le détruire car elles sont indéfendables. Elle efface les noms historiques de ses provinces (Judée-Samarie) et lui retire ses sanctuaires mémoriels. Autrement dit tout se passe comme si Israël n’avait jamais existé. Cet antisionisme jihadiste euro-arabe est foncièrement hostile aux fondations spirituelles et politiques de l’Europe qu’il détruit.

Conférence prononcée le 24 novembre 2019, à Paris (colloque du Salon des Ecrivains, B’nai B’rith Ben Gourion).
La photo d’illustration représente Eliezer Dan Slonim et sa famille, en 1928. Eliezer a tenu tête à la foule qui entourait sa maison à Hebron, ce 24 août 1929, où ses voisins arabes l’ont brutalement assassiné, avec 23 autres Juifs (photo wikimedia commons).

 
 
 
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