La reconnaissance d’un état palestinien : une victoire du Hamas (Andrew Fox)
Le Hamas pouvait arrêter la guerre. Il lui suffisait de libérer les otages, tous les otages. Mais des ‘diplomates’ internationaux viennent de lui envoyer des signaux lui indiquant qu’ils vont reconnaître un état palestinien sans conditions. Le Hamas, en bonne organisation terroriste suprémaciste comprend qu’il n’a plus besoin de libérer les otages. Alors, il diffuse cette semaine les images terrifiantes de l’otage Evyatar David, agonisant, creusant sa propre tombe dans un tunnel de Gaza. Ces images tétanisent et terrifient ceux pour qui les notions de droits de l’Homme, de dignité humaine signifient quelque chose. Les fameux diplomates internationaux auront précipité la mort des otages. En prenant leur décision sans consulter les parties prenantes, ces diplomates agissent en colonialistes vis-à-vis d’Israël et des Arabes palestiniens. Nous publions ici l’article d’Andrew Fox, dont le titre original est « Strategic and diplomatic shambles : We are governed by fools » (Désordre stratégique et diplomatique : nous sommes gouvernés par des dingues) (02 août 2025). Nous laissons à l’auteur la rudesse de ses propos vis-à-vis des diplomates en question. Traduction libre par Dhimmi Watch.
Les conditions des diplomates occidentaux rejetées d’avance par le Hamas
Les dirigeants internationaux font véritablement preuve d’une incroyable stupidité et d’un manque de réflexion en ce moment. Prenons Starmer, Carney et Macron comme trois exemples flagrants. Le Britannique Starmer reconnaîtrait la Palestine en l’absence de cessez-le-feu, supprimant ainsi aussitôt toute motivation du Hamas à en conclure un. Le Canadien Carney a déclaré un État palestinien en cas d’élections sans la participation du Hamas, oubliant que le Hamas recueille actuellement 70 % d’intentions de votes en Cisjordanie ; il remporterait les élections haut la main. Le gouvernement Macron reconnaîtra la Palestine, exigeant que le Hamas soit désarmé et exclu, et que les otages soient libérés. Quel trio de clowns méprisables et naïfs.
Le Hamas a déjà rejeté ces conditions, réaffirmant sa demande d’un État palestinien avec Jérusalem pour capitale. Cela n’arrivera pas non plus ; Israël n’acceptera jamais. Nous sommes donc coincés dans une impasse absurde : les États occidentaux ont déjà fait le jeu du Hamas et, à en juger par les vidéos de cette semaine montrant des Israéliens décharnés détenus à Gaza, ils ont probablement contribué à l’assassinat des otages en supprimant toute motivation pour le Hamas d’accepter leur libération. Si le Hamas les laisse mourir de faim ou les tue d’une autre manière, leur sang retombera sur les mains de Starmer, Carney et Macron.
La situation en novembre 2024
Comment en sommes-nous arrivés à cette situation absurde. Netanyaou doit aussi assumer sa part de responsabilité.
Début novembre 2024, Israël se trouvait dans une situation exceptionnellement avantageuse. Le Hamas avait été fortement affaibli militairement. Sinwar était mort. L’armée israélienne avait infligé des pertes importantes à sa structure de commandement et de contrôle, et même dans la région, les opérations au Liban avaient débouché sur une victoire rare et totale. Il existait une dynamique, un levier et une opportunité pour obtenir un cessez-le-feu qui aurait pu avoir plus d’effet que de nouveaux bombardements.
Au lieu de cela, Israël a persisté. Le cessez-le-feu de janvier 2025, négocié pour faciliter les échanges d’otages, a offert un bref moment d’espoir. Mais l’échec des négociations et l’évolution des objectifs politiques, a entraîné la reprise des hostilités. La situation a dégénéré et empiré, menant à une impasse stratégique.
Rétrospectivement, la bonne décision aurait été un cessez-le-feu durable en novembre (comme je le recommandais), ou une prolongation de l’accord de janvier, tant que Tsahal conservait le dessus. Ce moment, aussi fugace fût-il, aurait pu apporter une forme de victoire : un Hamas affaibli gouvernant sur des décombres, délégitimé, contenu et privé de la force narrative que lui confèrent aujourd’hui les images infinies de souffrances humaines. La reconstruction aurait pu servir de monnaie d’échange pour libérer les otages restants.
Des calculs bassement électoralistes
Aujourd’hui, en août 2025, le contexte international a radicalement changé. La France, le Royaume-Uni et le Canada s’orientent vers la reconnaissance unilatérale d’un État palestinien. Si nous sommes incroyablement généreux, l’intention est peut-être noble : relancer un processus de paix, faire pression sur Israël pour qu’il fasse preuve de retenue. En réalité, nous n’avons pas besoin d’être généreux. Nous devons être cinglants et méprisants envers ces clowns. Il s’agit d’une politique intérieure performative. Ils ont été poussés à cette décision par les troubles intérieurs et l’impact politique catalysé par l’assaut médiatique du Hamas.
C’est une simple question de calcul électoraliste. Au Royaume-Uni, on compte 4 millions de musulmans et seulement 250 000 juifs. En France, un dixième de la population est musulmane, et moins de 500 000 juifs. On voit clairement lesquels de ces groupes les politiciens européens peuvent se permettre de négliger. La realpolitik veut que ces politiciens cherchent à gagner le soutien des 10 millions de musulmans du Royaume-Uni et de France. Israël et les juifs peuvent être négligés.
Israël acculé
En pratique, cette décision ne fait que placer Israël devant un dilemme insurmontable : accepter la reconnaissance d’un État terroriste planifié, dirigé par un groupe qui a massacré, mutilé et violé plus d’un millier de civils le 7 octobre 2023 ; ou résister diplomatiquement et militairement, et risquer l’isolement de la communauté internationale. Qu’on en arrive à ce terrible choix, c’est le résultat d’une réflexion stratégique défaillante, tant à Jérusalem qu’à Paris, Londres et Ottawa.
Ce n’est pas une préoccupation théorique. Le soutien international à Israël s’érode rapidement. Aux États-Unis, le soutien à la guerre s’est effondré, tous bords politiques confondus. Même Donald Trump, un allié fidèle, a exprimé ses inquiétudes quant aux conséquences humanitaires à Gaza. En Europe, les manifestations de masse, les réalités démographiques et l’opportunisme politique poussent les gouvernements à apaiser les électeurs musulmans nationaux aux dépens d’Israël. Le capital diplomatique d’Israël s’épuise de jour en jour.
Les narratifs du Hamas
Tout cet ensemble de mensonges diplomatiques a fait le jeu direct du Hamas. Dès le début, le Hamas a compris que sa puissance militaire ne pourrait jamais égaler celle d’Israël. Au lieu de cela, il a identifié le véritable centre de gravité d’Israël : sa légitimité internationale et la cohésion de sa propre société. Après avoir échoué à provoquer un soulèvement régional le 7 octobre 2023 et à faire pression sur Israël pour qu’il cesse les combats par la guerre de l’information, sa stratégie a muté. Elle est devenue une stratégie visant à éroder les alliances d’Israël et à briser l’unité israélienne. Malheureusement, Israël l’y a aidé.
Le siège humanitaire imposé en mars 2025, après l’échec du cessez-le-feu de janvier, a constitué une grave erreur. Bien que l’aide qui était déjà entrée à Gaza en quantités suffisantes pour subvenir aux besoins de la population pendant tout l’été, sans même le besoin d’un autre mécanisme de distribution, la perspective de la fermeture des frontières a permis au Hamas de présenter la situation comme une famine massive orchestrée par Israël. En réalité, le Hamas et des bandes criminelles ont détourné l’aide, les agences de l’ONU n’ont pas réussi à la distribuer et d’immenses entrepôts de nourriture sont restés inutilisés. Mais le monde n’a pas vu ces faits. Il a vu des enfants affamés.
Israël a perdu la guerre narrative non pas parce qu’il avait tort, mais parce qu’il a été dominé. Tandis que les porte-parole israéliens invoquaient des justifications juridiques et des données du champ de bataille, le Hamas a inondé les médias du monde entier d’images, d’émotion et de mensonges. De l’explosion de l’hôpital Al-Ahli aux images d’otages dans des tunnels, le Hamas a instrumentalisé la perception, et le monde l’a avalé. Chaque faux pas d’Israël a été amplifié ; chaque atrocité du Hamas a été minimisée ou oubliée. Les défaites stratégiques devant l’opinion publique ont éclipsé les victoires tactiques sur le terrain.
Conséquences de la reconnaissance d’un état palestinien
Aujourd’hui, alors que le soutien international à Israël s’affaiblit considérablement, le Hamas a réorienté ses revendications, passant de la résistance à la création d’un État. Il parle le langage de la diplomatie tout en retenant des otages sous terre. Ses atrocités sont présentées comme un appel à la liberté. Plus inquiétant encore, nombreux sont ceux en Occident qui y croient.
La reconnaissance d’un État palestinien dans les conditions actuelles serait le couronnement de la campagne de propagande du Hamas. Elle légitimerait les massacres et viderait de leur sens les sacrifices de Tsahal. Pire encore, elle consoliderait le Hamas, et non l’Autorité palestinienne ou tout autre acteur modéré, comme représentant de facto du peuple palestinien. Reconnaître un État aujourd’hui ne constitue pas un blâme envers le Hamas ni une étape vers son élimination ; c’est lui accorder sa plus grande victoire.
Cela place Israël dans une situation délicate. Capituler, c’est accepter la promesse d’un régime génocidaire à ses portes, qui déclare ouvertement son intention de poursuivre le combat jusqu’à sa destruction. Résister, c’est s’exposer à une condamnation internationale encore plus retentissante, à des poursuites judiciaires à La Haye et à la probabilité de sanctions sévères. Dans un tel scénario, même la reconnaissance diplomatique la plus élémentaire pourrait lui être retirée. Un tel isolement pourrait menacer la survie même d’Israël.
Il n’aurait pas fallu qu’il en soit ainsi. La stratégie d’Israël a été désastreuse. Un cessez-le-feu en novembre 2024 aurait pu préserver la position internationale d’Israël, préserver la bonne volonté pour de futures hostilités si nécessaire, et potentiellement sécuriser davantage d’otages lorsque le Hamas serait affaibli et acculé. Cette opportunité s’est refermée, mais la logique qui la sous-tend reste valable. Une nouvelle guerre ne réparera pas les dégâts déjà causés. Une nouvelle guerre ne ramènera pas les otages chez eux.
Chaque nouvelle bombe légitime le Hamas
Chaque bombe larguée fait désormais le jeu du Hamas. Chaque contre-attaque israélienne alimente le discours d’une agression disproportionnée. Chaque jour qui s’éternise, le monde se rapproche de la légitimité du Hamas en tant qu’entité politique. La poursuite des combats peut apporter de nouveaux succès tactiques, mais à quel prix ? La perte d’alliances, l’abandon d’otages et la transformation globale du Hamas, de paria à éminence grise.
Acculer Israël dans un coin diplomatique ne mettra pas fin à la guerre. Cela la prolongera. Reconnaître l’État palestinien aujourd’hui ne force pas Israël à la paix : cela le pousse à l’escalade. Contraint de choisir entre une guerre potentiellement éternelle et la résistance, Israël choisira le combat. Le résultat ne sera pas la paix, mais davantage de morts.
Il est temps de revenir à la stratégie et de stabiliser. Israël doit envisager un nouveau cessez-le-feu ; non pas comme une capitulation, mais comme une pause stratégique pour se réorganiser, libérer les otages et reconstruire les alliances. Les acteurs internationaux doivent comprendre que reconnaître aujourd’hui un État palestinien, avec le Hamas à sa tête, n’est pas de la diplomatie ; c’est une politique d’apaisement qui entraînera davantage de violence et de morts à Gaza, avec les inévitables dommages collatéraux qui en découlent.
Israël n’a pas tort de vouloir la sécurité. Il n’est pas mal de tenter de détruire un groupe déterminé à la détruire, mais il faut aussi faire preuve de sagesse. La sagesse, c’est savoir quand s’arrêter de creuser. La tactique sans stratégie est le bruit avant la défaite. Il est temps de cesser le feu, non pas parce que le Hamas mérite la clémence ou parce que les dirigeants occidentaux l’exigent, mais parce qu’Israël mérite un avenir.
Cependant, voici le problème : Israël ne peut pas choisir cette option alors que des gouvernements intrusifs [Note DW : et colonialistes] agitent une épée de Damoclès au-dessus de leurs têtes et garantissent quasiment la poursuite des violences. Israël ne pourra jamais accepter la proposition du Hamas. Si la communauté internationale tente de l’y contraindre, Israël n’aura d’autre choix que de détruire la source de cette proposition, et les violences continueront. L’idiotie déplorable des politiciens égoïstes ne connaît aucune limite.
De Jérusalem à Paris, à Londres, à Ottawa, à Washington : quel chaos.
Article original : https://mrandrewfox.substack.com/p/strategic-and-diplomatic-shambles
Andrew Fox a servi dans l’armée britannique de 2005 à 2021, effectuant des missions en Afghanistan, en Bosnie, au Moyen-Orient et en Irlande du Nord. Il a rejoint la Henry Jackson Society en 2024. Il a analysé la façon dont le Hamas modifie les informations sur les décès à Gaza pour accréditer un génocide.
Voir aussi https://dhimmi.watch/2025/07/23/la-guerre-de-gaza-et-le-bilan-de-loccident-andrew-fox/
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