Dhimmi Watch

Actualité vive Génocide Histoire

Sortie de route d’Antonio Guterres et de ses amis (Charlotte Touati)

Août 20, 2026

Sortie de route d’Antonio Guterres et de ses amis (Charlotte Touati)

Pourquoi l’ONU a-t-elle fait un service minimum pour aider les victimes du plus grand drame humanitaire du XXIème siècle, avec 300 à 800 000 victimes au Tigré ? Un article paru au début du génocide donnait une réponse, rien que par son titre : “UN Secretary-General Antonio Guterres: Himself Part of the Problem?”[1]. Récemment, un responsable de l’évaluation de l’aide humanitaire a estimé que les responsables de l’inefficacité de l’ONU auraient dû être remplacés.[2] Ici, vous découvrirez que Guterres et ses amis soutenaient depuis longtemps des personnes qui sont devenues acteurs de ce génocide commis au Tigré entre 2020 et 2022. [3]

Au Portugal, la révolution des œillets

A partir de 1972, le Portugal est en ébullition. Des officiers subalternes commencent à manifester leur grogne contre les guerres coloniales et les dysfonctionnements de la dictature de Salazar [Angola, Mozambique, Guinée-Bissau]. La société civile n’est pas en reste et de jeunes activistes d’extrême-gauche nouent des liens avec des mouvements révolutionnaires à travers le monde. Parmi eux, António Guterres, Ana Gomes ou encore José Manuel Barroso (président des étudiants maoïstes) qui deviendront des figures du parti socialiste portugais. Le 25 avril 1974, un coup d’état militaire a lieu avec comme signe de ralliement un œillet rouge, c’est la Révolution des Œillets, prélude à l’instauration de la démocratie au Portugal. Le parti socialiste prend le pouvoir et ses dirigeants vont s’insinuer dans les plus hautes organisations internationales. Ils n’ont pas renoncé à leurs idéaux révolutionnaires de jeunesse centrés sur la décolonisation et à leurs anciennes amitiés avec des juntes parfois brutales.

En Éthiopie, changements de régime, partition du pays

La même année, 1974, voit le renversement d’Haile Selassie, le dernier empereur éthiopien et la création de mouvements marxistes-léninistes dans la Corne de l’Afrique, dont celui du leader érythréen Isayas Afewerki (formé en Chine durant la Révolution Culturelle). Il obtiendra la partition entre l’Érythrée et l’Éthiopie en 1991. Tandis que son pays s’enfonce dans la dictature au point d’être surnommé l’État Goulag ou Corée du Nord de l’Afrique, l’Éthiopie devient le Tigre Africain [nom donné par analogie avec les “tigres asiatiques”, les nouveaux pays industrialisés d’Asie comme la Corée du Sud et Taïwan] et connait un développement fulgurant. Elle est alors dirigée par une coalition multiethnique emmenée par le premier ministre d’origine tigréenne Meles Zenawi. C’est ici qu’interviennent les amis portugais.

Une ambassadrice très impliquée

En 2000, Ana Gomes est nommée ambassadrice en Indonésie sur proposition d’António Guterres alors premier ministre du Portugal pour régler la question de la décolonisation du Timor oriental.[4] Elle est ensuite élue membre du Parlement Européen en 2004 alors que José Manuel Barroso est président de la Commission Européenne (non sans avoir entretemps succédé à António Guterres en tant que premier ministre du Portugal entre 2002 et 2004). A ce titre Ana Gomes sera désignée cheffe de la mission d’observation de l’Union Européenne pour les élections en Éthiopie (EU-EOM) en 2005.[5] Le parti tigréen arrive en tête, mais Ana Gomes dénonce l’irrégularité du scrutin avant même le résultat connu.[6] Elle s’attaque ensuite directement à Meles Zenawi qu’elle considère comme un agent américain de même que les Tigréens en général. C’est le début de la guerre contre tout un peuple.

Anna Gomes va alors développer des liens personnels avec la faction d’opposition amhara nommée Ginbot 7 (« 7 mai » en éthiopien, date des fameuses élections). Après des actions violentes, les leaders de Ginbot 7 se replient en Érythrée dont le président Isayas Afewerki nourrit lui aussi une haine irrationnelle à l’encontre de Meles Zenawi. Ginbot 7 devient une organisation paramilitaire formée par l’armée érythréenne, la spécialité du pays. En effet, en 2009, l’Érythrée est placée sous sanctions de l’ONU pour son soutien à Al-Shabaab et l’entraînement des djihadistes. Meles Zenawi s’étant engagé dans la War on Terror aux côtés des Américains, le meilleur moyen pour affaiblir l’Éthiopie était de soutenir les Shabaab somaliens et tous les autres groupes qui pourraient détester les Tigréens.

Ginbot 7, des dérives inquiétantes

En 2011 Ginbot 7 est déclaré organisation terroriste en Éthiopie et son leader Andargachew Tsige est arrêté au Yemen par les services secrets éthiopiens alors qu’il rentrait en Érythrée.[7] Et c’est pour faire libérer cet homme qu’Ana Gomes mettra toute l’autorité de son mandat européen en écrivant aux ministres de l’UE ou à la presse.[8] Elle ira jusqu’à inviter Andargachew Tsige (un terroriste condamné) à Bruxelles. Il dû malheureusement décliner, retenu pour cause de prison… Elle fera également partie de la commission en charge du Fonds de Développement Européen pour l’Érythrée qui débloquera 122 millions d’euros en 2013 pour le régime d’Isayas Afewerki (parce qu’entraîner des terroristes, c’est onéreux).

ESAT TV, le même rôle que la “Radio des mille collines” au Rwanda ?

Durant ces années, Ginbot 7 crée également un média, ESAT TV qui émet depuis les Pays-Bas et les États-Unis et abreuve la diaspora éthiopienne de messages de haine à l’encontre des Tigréens.[9] ESAT est financée par l’Érythrée et Ana Gomes est une habituée de ses ondes. António Guterres leur paiera également une visite à leur siège d’Amsterdam et posera avec son fondateur Fasil Yenealem, lui aussi membre de Ginbot 7 et condamné par contumace pour terrorisme en Éthiopie.[10] Fasil Yenealem se souvient d’ailleurs des encouragements de Guterres et Gomes faisant référence à la Révolution des Œillets et enjoignant Ginbot 7 à continuer leur lutte « anti-impérialiste » car ils sont sur la bonne voie.[11] Une voie qui débouchera sur près d’un million de morts en Éthiopie.

Charlotte Touati est historienne, spécialiste de la corne de l’Afrique et du Proche-Orient. Pour son livre « Eritrea’s Gold Rush »: https://www.bloomsbury.com/us/eritreas-gold-rush-9781350513570/

Note : Les massacres du Tigré n’ont pas été qualifiés de génocide par un Tribunal. Nous montrerons dans un prochain article qu’ils en remplissent les critères.

Reproduction autorisée à condition de citer le titre et le lien complètement.


[1] “UN Secretary-General Antonio Guterres: Himself Part of the Problem?”, Axumawian Media, 29/10/2021 https://axumawian.com/un-secretary-general-antonio-guterres-himself-part-of-the-problem/

[2] Ed Schenkenberg van Mierop, « The UN-led response in Ethiopia was a failure. It’s time for accountability, » The New Humanitarian, 5/6/2024, https://www.thenewhumanitarian.org/opinion/2024/06/05/un-response-ethiopia-failure-accountability? L’auteur fait des comparaisons avec l’aide de l’ONU à Gaza et au Soudan.

[3] Article d’origine : https://www.linkedin.com/pulse/onu-ant%C3%B3nio-guterres-et-la-gauche-r%C3%A9volutionnaire-une-sortie-wr37f/ Les sous-titres et les références sont de Dhimmi Watch

[4] Pedro Raínho, Silvia Caneco : “Ana Gomes: toda a história de uma indignada militante que quer ser Presidente da República”, Visao, 28/6/2020, https://visao.pt/atualidade/politica/2020-06-28-ana-gomes-a-indignada-militante/

[5] Anna Gomes, wikipedia https://fr.wikipedia.org/wiki/Ana_Gomes

[6] The New Humanitarian (IRIN News) https://www.thenewhumanitarian.org/news/2005/08/29/electoral-body-hits-back-eu

[7] Andargachew Tsige, fondateur du mouvement ‘Ginbot7’, a appelé les soldats “à la plus grande sauvagerie” contre les Tigréens. Wikipedia, https://en.wikipedia.org/wiki/Andargachew_Tsege

[8] Martin Plaut, “UK stands accused over extradition of Ethiopian opposition leader”, The Guardian, 4/07/2014,  https://www.theguardian.com/world/2014/jul/04/uk-accused-extradition-ethiopia-andargachew-tsige

[9] Human Rights Council Fifty-fourth session Comprehensive investigative findings and legal determinations International Commission of Human Rights Experts on Ethiopia, A/HRC/54/CRP3, 13/10/2023 § 444 et note 162 : https://www.ohchr.org/sites/default/files/documents/hrbodies/hrcouncil/chreetiopia/a-hrc-54-crp-3.pdf

[10] Le média ESAT TV, animé par Fasil Yenealem, a joué un rôle important dans la préparation idéologique du génocide, et appelait à l’extermination des Tigréens dès 2017. (voir la référence [1]) Yenealem se vante lui-même de sa rencontre avec Guterres le 9/7/2018 : https://cherbole.wordpress.com/2018/07/09/%e1%8b%9b%e1%88%ac-%e1%88%9a%e1%88%b5%e1%8c%a2%e1%88%ad-%e1%89%a2%e1%8b%88%e1%8c%a3-%e1%89%bd%e1%8c%8d%e1%88%ad-%e1%8b%a8%e1%88%88%e1%88%9d-fasil-yenealem/

[11] Seppe Deckers, Jan Nyssen Professor, Sil Lanckriet: “Ethiopia’s Tigray region has seen famine before: why it could happen again”, The conversation, 17/11/2020 https://theconversation.com/ethiopias-tigray-region-has-seen-famine-before-why-it-could-happen-again-150181

Array

En savoir plus sur Dhimmi Watch

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture