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Le prix Nobel de la honte  (Mourad Amellal)

Oct 11, 2026

Le prix Nobel de la honte  (Mourad Amellal)

Navi Pillay a eu des mauvais rôles dans l’affaire des caricatures de Mahomet, dans la dénonciation de militants Ouïgours à la Chine par l’ONU et dans la qualification de génocide actuel à Gaza. En 1994, Kåre Kristiansen, ministre norvégien de l’industrie, démissionnait de la Commission Nobel qui avait attribué un prix à Yasser Arafat. Que dirait Kåre Kristiansen aujourd’hui, alors que ce Prix Nobel de la Paix a été décerné à Navi Pillay? Mourad Amellal, militant pour l’indépendance de la Kabylie, s’indigne du choix de cette lauréate et de ses étranges complaisances aux systèmes totalitaires et djihadistes. Mourad est membre du Bureau de Dhimmi Watch.

Honte au comité Nobel de la paix pour avoir choisi d’attribuer le prix 2026 à Navi Pillay, alors que tant d’autres choix étaient possibles.

Ce choix est profondément clivant. Il apparaît avant tout comme une récompense accordée sur fond d’hostilité à Israël, le seul État démocratique de la région, un État de droit doté d’une justice indépendante. L’opposition à la politique israélienne peut parfaitement reposer sur des analyses politiques. Mais le parcours et les prises de position de Navi Pillay soulèvent de sérieuses questions sur son impartialité et sur la frontière entre ses opinions personnelles et ses missions dans une organisation internationale.

Si des crimes ont été commis à Gaza ou ailleurs, il appartient à la justice de les établir et de les juger. La justice israélienne dispose des institutions nécessaires pour le faire. Comment prétendre défendre le droit international tout en récompensant une personnalité dont les prises de position les plus controversées sont précisément celles qui concernent Israël ?

Je tiens à le préciser d’emblée : je n’ai, de près ou de loin, aucun lien avec l’État d’Israël ni avec son gouvernement. Mais je refuse de fermer les yeux sur les manifestations quotidiennes de la haine antisémite, qui se multiplient en Europe aujourd’hui.

Je parle aussi avec l’expérience de quelqu’un qui a consacré plusieurs années à la promotion de candidatures au prix Nobel de la paix en faveur de défenseurs du peuple kabyle, un peuple menacé d’effacement, qui résiste pacifiquement à l’islamisme totalitaire et au colonialisme arabo-islamique, dans un silence international assourdissant. Cette expérience m’a permis de comprendre les mécanismes qui entourent cette distinction, ainsi que le rôle de multiples officines d’intermédiation et de sous-traitance, plus ou moins occultes, qui gravitent autour des candidatures et du comité. C’est aussi cette expérience qui me conduit aujourd’hui à m’interroger sur les critères qui ont présidé au choix de Navi Pillay.

Premier sujet de controverse : les révélations d’Emma Reilly, lanceuse d’alerte interne au Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme

Selon ces révélations, en 2013, les services de l’institution, alors dirigée par Navi Pillay, auraient communiqué aux autorités chinoises les noms de dissidents ouïghours, à la demande de Pékin.

Je connais personnellement l’un de ces dissidents, Dolkun Isa. Il m’a confirmé ces faits, ainsi que le fait que Navi Pillay aurait été au courant de ces pratiques.

Les autorités chinoises auraient également obtenu que des opposants ouïghours soient empêchés d’accéder à l’enceinte des Nations unies. Si ces accusations sont établies, elles sont d’une gravité exceptionnelle. Une institution censée protéger les défenseurs des droits humains ne saurait contribuer, directement ou indirectement, à leur mise en danger ou à celle de leurs familles.

Comment accorder un prix Nobel de la paix à une personnalité dont le parcours est ainsi mis en cause ?

Deuxième affaire : la position de Navi Pillay lors de la crise des caricatures de Mahomet, en 2008.

Selon les propos du ministre danois des Affaires étrangères de l’époque, Per Stig Møller, rapportés par le quotidien Berlingske, le Danemark s’était tourné vers l’ONU afin de faire face aux violentes attaques visant le pays après la publication de ces caricatures. Or, la Haut-Commissaire Navi Pillay n’aurait manifesté aucun soutien particulier au Danemark. Bien au contraire, elle aurait essentiellement préconisé la censure des caricatures.

Comment attribuer un prix Nobel de la paix à une personnalité dont la position sur cette affaire soulève de telles interrogations sur son attachement à la liberté d’expression ?

Troisième sujet de controverse : ses prises de position sur Israël et la commission d’enquête des Nations unies.

En juillet 2021, Navi Pillay a accepté de présider une commission d’enquête de l’ONU sur le conflit israélo-palestinien. Dès sa nomination, son impartialité a été contestée au regard de ses prises de position antérieures sur Israël. En 2022, elle avait soutenu son collègue Miloon Kothari, dont les propos antisémites avaient suscité de vives condamnations, notamment de la part du secrétaire général des Nations unies, António Guterres.

Comment ne pas s’interroger sur la capacité d’une personnalité ayant exprimé de telles positions à conduire une enquête avec toute l’impartialité requise ?

En septembre 2025, la commission présidée par Navi Pillay a conclu qu’Israël commettait un génocide à Gaza. Or cette conclusion est du ressort d’une juridiction ad hoc, et absolument pas d’une commission d’enquête du Conseil des Droits de l’Homme.

Ce rapport a un angle résolument partial et partisan, incompatible avec les missions de l’ONU : il fait l’impasse sur la légitimité d’Israël, pourtant implicite à la Résolution 181 de l’ONU, il présente la guerre actuelle dans un contexte “d’occupation” de Gaza par Israël depuis 1967 et minimise l’évacuation de Gaza par Israël en 2005. Il minimise surtout le rôle du Hamas, qui, depuis cette évacuation, a lancé des dizaines de milliers de roquettes sur les populations civiles israéliennes et il minimise aussi le pogrom -génocidaire- commis par le Hamas le 7 octobre 2023, pourtant véritable déclencheur de cette guerre. Oubliés aussi l’emploi systématique de civils de Gaza comme boucliers humains par le Hamas, le détournement de l’aide humanitaire….

Comment prétendre défendre le droit international en brouillant ainsi la frontière entre enquête, jugement et prise de position politique ?

Honte à ce comité Nobel de la paix qui, par son choix, contribue à donner à cette accusation de génocide l’apparence d’une légitimité morale, sans que celle-ci ait été établie par les instances juridiques ad hoc.

Honte à ce comité pour un choix qui, loin de rapprocher les peuples, renforce le discours des djihadistes. Il n’aura fallu que quelques instants pour voir antisémites, antisionistes, militants d’extrême gauche, génocidologistes et islamistes se précipiter pour saluer cette décision. Le Monde a immédiatement consacré un podcast au sujet.

Le comité Nobel affirme vouloir défendre la paix et le droit international. Mais peut-on sérieusement ignorer la portée politique d’un tel choix ? En récompensant Navi Pillay, le comité risque d’être perçu comme validant ses conclusions les plus controversées et comme apportant une caution morale à ceux qui veulent isoler Israël. Ce choix de la division, cette préférence accordée à une personnalité associée à des accusations particulièrement graves contre Israël plutôt qu’à d’autres figures susceptibles de rapprocher les peuples, est profondément regrettable.

Et la vraie histoire de la paix entre Israéliens et Palestiniens ?

Il y aura bientôt quatre-vingts ans, Israël a accepté le principe du partage de cette terre, notamment à travers la résolution 181 des Nations unies, et proposé différentes solutions de coexistence.

Les dirigeants arabes de l’époque ont rejeté cette Résolution 181 et ne l’acceptent toujours pas ; depuis, les négociations successives ont connu des échecs répétés. Des dirigeants israéliens, dont Yitzhak Rabin et Shimon Peres, ont pourtant œuvré à la paix et ont été récompensés par le comité Nobel. Ce prix a également été attribué à Yasser Arafat, mais quelques semaines plus tard, celui-ci déclarait publiquement que sa participation aux négociations de paix n’avait été qu’une tactique selon le djihad.

Comment prétendre défendre la paix en passant sous silence l’Histoire, ces concessions, ces espoirs et ces échecs ? La paix ne peut pas être une exigence imposée à un seul peuple, sans prendre en compte les refus, les violences et les responsabilités de l’autre partie. Elle suppose de reconnaître les droits et les aspirations des deux peuples, mais aussi les responsabilités de leurs dirigeants.

Israël a le droit d’exister, le droit de se défendre et le droit de vivre en sécurité.

Aucune récompense internationale ne devrait contribuer à faire oublier ces principes fondamentaux.

Deux peuples confrontés au même déni d’existence

Je parle ici en tant que Kabyle, franco-Kabyle, et je veux te dire, peuple d’Israël : je te comprends.

« Pour te consoler, si cela était seulement possible, je voudrais te dire que mon peuple, lui, n’a pas les moyens de se défendre face au déferlement de haine, à la colonisation arabo-islamique algérienne et aux persécutions permanentes qu’il subit. Et pourtant, lorsque les Kabyles organisent leur résistance politique et réclament le droit de décider librement de leur avenir, certains vont jusqu’à qualifier leur mouvement de “suprémaciste”, selon Le Monde en avril 2023 ».

Israël connaît ce genre de situation. Il n’est pas bon de ne pas faire partie des chouchous désignés d’avance par une partie de la presse et des institutions internationales ! Mon peuple résiste pacifiquement à l’islamisme totalitaire et au colonialisme arabo-islamique. Il lutte pour préserver son identité, sa langue, sa culture et son droit à décider librement de son avenir. Pourtant, ses souffrances et ses revendications restent trop souvent ignorées, voire déformées.

Voilà le sort réservé à nos deux peuples qui, chacun à sa manière, tentent simplement de préserver leur identité, leur liberté et leur droit à l’existence.

Les Kabyles comme les Israéliens savent ce que signifie être désignés, stigmatisés ou condamnés par des discours qui leur refusent le droit de se défendre. Ils savent aussi combien le silence international peut être assourdissant lorsque les souffrances d’un peuple ne correspondent pas aux causes à la mode.

Je ne prétends pas que les situations de nos deux peuples soient identiques. Mais je reconnais entre eux une expérience commune : celle d’avoir à défendre leur existence, leur identité et leur liberté dans un environnement souvent hostile.

Le véritable prix de la paix

Le prix Nobel de la paix devrait récompenser ceux qui rapprochent les peuples, combattent la haine et ouvrent des chemins vers la réconciliation. Il ne devrait jamais devenir un instrument de stigmatisation d’un peuple, ni un encouragement, même involontaire, à ceux qui veulent isoler Israël ou délégitimer son droit à se défendre.

La paix ne se construit ni sur la haine d’un peuple ni sur le déni de son histoire.

Elle ne se construit pas davantage en transformant des accusations contestées en vérités judiciaires avant que la justice ait tranché.

Le comité Nobel aurait pu choisir de récompenser des personnalités qui œuvrent réellement au rapprochement des peuples, à la libération des prisonniers politiques, à la protection des minorités persécutées ou à la défense de la liberté d’expression. Il a préféré un choix qui suscite la division et soulève de graves questions sur la conception même qu’il se fait de la paix.

Le véritable prix de la paix, je le décerne symboliquement au peuple israélien et au peuple kabyle.

Deux peuples qui, chacun à sa manière, affrontent une adversité redoutable dans un monde qui trop souvent les rejette, les condamne ou leur dénie le droit de se défendre, alors qu’ils ne demandent qu’une chose : pouvoir continuer d’exister, librement et dignement.

À vous, peuple juif, ma solidarité face à la haine antisémite qui se répand de nouveau en Europe.

À mon peuple kabyle, mon espoir de voir un jour reconnu son droit à l’autodétermination et à la liberté.

Vive Israël ! Vive la Kabylie libre et indépendante ! Honte au comité Nobel “de la paix”.

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