Les chrétiens de Terre sainte (Malcolm Lowe, Dhimmi Watch)


Le 24 juin 2021, Dhimmi Watch organisait une soirée sur les chrétiens du Moyen-Orient, avec le Pasteur Zekai Tanyar et Malcolm  Lowe. La présentation du Pasteur Tanyar est publiée sur ce site (article « chrétiens de Turquie »). Voici la présentation de Malcolm Lowe, Universitaire, spécialiste de philosophie grecque, du Nouveau Testament et du dialogue Chrétiens-Juifs.

La photo illustrant cet article montre le Père Gabriel Naddaf (aujourd’hui retraité), entouré d’Arabes chrétiens israéliens qui ont été volontaires pour faire leur service militaire dans l’armée israélienne (voir le dernier paragraphe de la présentation de M. Lowe) https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/1/1a/Father_Gabriel_with_soldiers.JPG

Malcolm Lowe a rectifié des mythes développés par des activistes chrétiens et niant la présence juive en Terre sainte (la « théologie palestinienne ») et interprétant de manière tendancieuse les statistiques sur les chrétiens en Israël. Ces mythes sont au service de la propagande de l’Autorité palestinienne. Malcolm Lowe dénonce depuis de nombreuses années les déviations théologiques de ces activistes. Puis il a présenté la réalité des chrétiens, Eglise par Eglise en Terre sainte, en Israël, Jordanie et dans les Territoires palestiniens. Voici la présentation de Malcolm Lowe (AF).

Cette allocution sur les chrétiens de Terre sainte se divise en deux parties. Je parlerai tout d’abord d’un mythe propagé sur ces chrétiens parmi certaines Églises dans le monde. Puis on va examiner la réalité de la chrétienté de Terre sainte.

Le mythe

Pendant la seconde moitié du vingtième siècle, les partisans de la propagande palestinienne ont trouvé un moyen commode de poursuivre leurs objectifs en utilisant des activistes palestiniens de foi chrétienne qui se vantent d’être des « chrétiens palestiniens » et qui répandent un mythe sur les chrétiens actuels de Terre sainte. Les ancêtres des chrétiens actuels étaient, selon le mythe, les arabophones qui assistaient à l’allocution de saint Pierre lorsqu’il a reçu l’Esprit saint, comme le racontent les Actes des Apôtres. Puis, à l’époque de la Conquête musulmane, leurs descendants auraient accueilli en amitié leurs frères arabes musulmans et ils auraient vécu en paix avec eux pendant tous les siècles. Naturellement, aussi, ils sont cent pour cent solidaires avec les Palestiniens musulmans d’aujourd’hui pour se libérer de « l’occupation de la Palestine par les Israéliens ». Et tout cela aussi parce que, à la suite des guerres entre Israéliens et Palestiniens, le nombre de chrétiens de Palestine aurait diminué de telle façon que la présence chrétienne serait menacée par la disparition totale. Nous verrons plus loin que tout cela n’est qu’un mythe.

Parmi ces agitateurs il y avait, bien sûr, des politiciens comme Hanan Ashrawi, mais aussi des chrétiens qui se vantaient de la création d’une « théologie palestinienne », comme le prêtre anglican Naim Ateek, le pasteur luthérien Mitri Raheb et le laïc grec-catholique Geries Khoury. Les deux premiers ont écrit surtout en anglais et en allemand pour des Églises à l’étranger, en restant peu reconnus dans d’autres Églises locales que les leurs. Khoury a publié en 1989 un livre nommé en arabe « l’Intifada au ciel et l’intifada sur terre », qui a joui d’une certaine renommée locale. Selon sa thèse, l’Incarnation de Jésus Christ était l’intifada au ciel qui était doublée de l’intifada des Palestiniens sur terre, c’est-à-dire la première Intifada des années 80.

En obtenant un exemplaire du livre de Khouri, j’ai pu résoudre une énigme concernant l’église d’un monastère que je connaissais à Bethléem. J’avais remarqué qu’il y avait, en haut de la tour, un drapeau palestinien. Sur la tour et les créneaux de l’église, il y avait des graffitis, mais en hauteur, ce qui faisait que je n’arrivais pas à les lire. La couverture du livre présentait une photo de cette église. À l’aide d’une loupe j’ai pu lire les mots « Allahu akbar » et « Jihad islami » répétées maintes fois dans ces graffitis. Ainsi, Khoury, inspiré par l’image d’une église surmontée par le drapeau, ne s’était pas rendu compte qu’il s’agissait d’une église profanée par des islamistes.

L’apogée de cette tendance a eu lieu fin 2009, lorsque plusieurs de ces gens, dont Ateek, Raheb ainsi que l’ancien Patriarche latin Michel Sabbah, ont publié le document intitulé « Kairos Palestine ». Il s’agit d’une justification pseudo-théologique des revendications politiques de l’OLP. Peu après, j’ai publié une analyse de ce document en montrant, entre autres, que les signataires ne représentaient en aucune façon les Églises de Terre sainte et aussi que le Conseil œcuménique des Églises à Genève, en diffusant ce document, avait faussement indiqué qu’il y aurait eu une complaisance des Chefs des Églises de Terre sainte avec le contenu de « Kairos Palestine ». Mon article est cité longuement, d’ailleurs, dans l’article Wikipedia en anglais au sujet de « Kairos Palestine ». Quant au Conseil œcuménique, c’est une organisation qui existe à deux niveaux. Il se vante de plus de 500 Églises membres, mais celles-ci ne se sont réunies que dix fois depuis 1948. En d’autres temps, ce Conseil consiste en une administration modeste à Genève qui poursuit sa propre politique en prétendant parler au nom de tous et dont l’activité la plus visible depuis trois décennies est de pousser la cause palestinienne par la voie de multiples sous-organisations.

Cet apogée a eu lieu, comme je le disais, il y a un peu plus d’une décennie, mais le plus remarquable, c’est que toute cette agitation semble avoir manqué son but. Peu d’Églises protestantes ont montré une quelconque sympathie pour le Document « Kairos Palestine », malgré son ample diffusion par le Conseil œcuménique. L’Église catholique, à l’exception de l’organisme militant nommé « Pax Christi », n’en veut pas.

Déjà au deuxième anniversaire du document, les signataires se sont réunis à Bethléem pour exprimer leur rage contre le manque d’intérêt montré par la plupart des Églises envers le document « Kairos Palestine ». Ils ont même menacé de boycott toute Église qui continuerait à ne pas les prendre au sérieux, sans comprendre que cela impliquait qu’ils se marginalisaient eux-mêmes par rapport à des Églises. Pourtant les activités de « Kairos Palestine », fortement subventionnées par le Conseil œcuménique, continuent encore avec la participation de la coterie des fondateurs.

Ateek et Raheb ont encore leurs admirateurs à l’étranger, mais aucun jeune pasteur de leurs Églises ne s’intéresse à poursuivre le chemin de la théologie palestinienne. Après sa défaite dans une élection pour le remplacement de l’évêque, Ateek a tenté de créer une congrégation concurrente dans son Centre de Théologie palestinienne ; cette crise s’est achevée par son départ en retraite anticipée à la condition qu’il ne se mêle plus des affaires de l’Église. Entretemps il a rejoint ses fils, déjà émigrés aux États-Unis, décision peu convaincante pour un partisan d’un État palestinien.

Les Luthériens arabes ont préféré à Raheb nommer comme évêque Munib Younan, nationaliste plus modéré. Sa modération s’est manifestée par le fait que lui, cosignataire à l’originel du document « Kairos Palestine », a retiré assez vite cette signature afin de ne pas se compromettre aux yeux des Israéliens. Entretemps, en 2017, Younan a été remplacé par l’évêque Azar, qui aime à prêcher de manière purement biblique. Depuis la mort en 2016 de Khoury, le laïc grec-catholique dont j’ai parlé tout à l’heure, son centre Al Liqa pour le dialogue entres chrétiens et musulmans palestiniens continue à grand peine : le site internet ne montre aucune activité depuis 2018, mais quelques posts sur Facebook paraissaient de temps à autre.

Mais c’est surtout au plan politique qu’on ne voit guère de résultats de cette agitation. Le Conseil œcuménique organise depuis 2002 un programme de volontaires qui passent trois mois parmi les Palestiniens afin qu’à leur retour dans leur pays ils transmettent aux pasteurs et si possible à des politiciens ce qu’ils ont entendu durant leur séjour. Malheureusement pour cette entreprise, si les politiciens d’aujourd’hui manifestent beaucoup de respect envers des chefs d’église et les écoutent même, ils n’accordent que peu d’importance à leurs opinions politiques. Une seule exception est l’influence des chrétiens évangéliques conservateurs aux États-Unis, mais ceux-ci se passionnent majoritairement pour Israël.

Cela explique la tentative la plus récente des agitateurs, les conférences nommées « Christ at the Checkpoint », organisées à Bethléem tous les deux ans par des chrétiens locaux soi-disant « évangéliques » afin de susciter des attitudes plus sympathisantes parmi les évangéliques conservateurs américains. Ici aussi il y a une problématique évidente. Des anciens comme Ateek et Raheb participaient à la conférence initiale, où leurs positions extrémistes dérangeaient les auditeurs américains ciblés. Plus récemment on cherche à propager un message plus nuancé, mais cette manière de faire risque de finir par de l’incohérence.

La réalité

La raison ultime du peu de succès de telles initiatives est qu’elles reposent sur un fondement mythique qui a peu de liens avec la réalité de la chrétienté de Terre sainte. Tous d’abord, les arabophones auditeurs de saint Pierre n’étaient pas des Arabes mais – comme l’explique le récit des Actes des Apôtres – des Juifs résidants en Arabie et arrivés à Jérusalem pour la fête.

Pendant les premiers siècles, la chrétienté de Terre sainte comptait quelques tribus arabophones de Transjordanie. Mais la grande majorité des chrétiens arabophones d’aujourd’hui vient d’autres sources non-arabophones à l’origine. En commencent par des Juifs de l’époque de Jésus Christ, et en comptant des pèlerins arrivés et restés, et en passant par grand nombre d’Européens arrivés pendant les deux siècles des Croisades. Les descendants de ceux-ci font le fondement de l’Église catholique latine de nos jours.

En outre, presque tous les chrétiens palestiniens appartiennent à des Églises non spécifiquement palestiniennes et présidées par des non-Palestiniens. Prenons la plus grande, l’Église grecque orthodoxe. Le territoire du Patriarcat grec de Jérusalem s’étend entre Israël à l’ouest et les États du Golfe à l’est, où le Patriarche actuel a bâti une église au Qatar. Le Patriarche et tous les évêques sauf deux sont d’origine grecque ou chypriote.

Vient en deuxième lieu l’Église grecque catholique, qui en Terre sainte appartient au Patriarcat d’Antioche, ce qui comprend aussi le Liban. Cette Église a un archevêque à Jérusalem et un autre en Galilée qui sont habituellement ou syrien ou libanais.

Puis, en troisième, l’Église catholique latine, dont le Patriarcat de Jérusalem comprend toute la Terre sainte mais aussi Chypre. Le Patriarche latin était depuis cinq siècles d’origine italienne lorsque, en 1987, le Vatican a expérimenté en choisissant Michel Sabbah. Né à Nazareth à l’époque du Mandat britannique, à la fin du Mandat Sabbah faisait déjà ses études de séminariste en Cisjordanie et il y est resté. Tout allait assez bien au commencement, mais celui-ci s’est impliqué de plus en plus dans la politique nationaliste, et surtout après sa retraite. Son successeur jordanien n’était pas meilleur au plan politique en étant moins éminent au plan intellectuel. Avec le nouveau Patriarche, le Vatican est revenu à la solution italienne.

Les Maronites de Galilée, en quatrième lieu, dépendent de l’Église maronite du Liban en matières religieuses. Puis les croyants de l’Église arménienne orthodoxe et de l’Église syrienne orthodoxe sont majoritairement les descendants des réfugiés des massacres en Turquie pendant la Première Guerre mondiale. Seules l’Église anglicane et l’Église luthérienne, avec quelques milliers et un millier de croyants respectivement, sont présidées actuellement par des Palestiniens.

Aussi la longue coexistence amicale de chrétiens et de musulmans appartient au mythe. Je n’en donne que deux exemples. En 1517 les musulmans de Nazareth ont chassé tous les chrétiens de la ville. Ce n’est qu’en 1620 que les Franciscains ont réussi à y rétablir une présence chrétienne. À Bethléem ce fut le contraire : en 1831 les chrétiens ont chassé les musulmans. Mais pendant ce dernier demi-siècle, les chrétiens de Bethléem, qui étaient majoritaires dans la population, sont devenus une minorité. Surtout pendant la première Intifada palestinienne beaucoup de chrétiens, sous pression, ont vendu leur immobilier à des musulmans et sont allés vivre à l’étranger.

Toutefois, l’émigration des chrétiens de Terre sainte vers des pays à majorité chrétienne n’est pas chose nouvelle. Elle a commencé au dix-neuvième siècle et a été même facilitée par les écoles fondées par les missions chrétiennes européennes de cette époque. Même avant l’indépendance d’Israël en 1948, le nombre des chrétiens émigrés en Amérique latine dépassait le nombre de ceux qui étaient restés en Terre sainte. Rien qu’au Chili, ils sont 400.000 aujourd’hui.

D’autre part, les accusations contre Israël au sujet d’une diminution du nombre de chrétiens se basent sur une confusion, peut-être voulue, entre pourcentage et nombre absolu, car les accusations parlent toujours des pourcentages. Vers la création de l’État d’Israël en 1948, les chrétiens arabophones à l’ouest du fleuve Jourdain étaient 150.000, parmi lesquels quelques 40.000 sont devenus citoyens de cet État.  Aujourd’hui ils sont presque 200.000 à l’ouest du fleuve, dont les trois quarts sont citoyens d’Israël. Mais en 1948, ils représentaient 8% de la population à l’ouest du fleuve et maintenant 2%. Cette diminution en pourcentage est due à une augmentation de la population non-chrétienne et masque une augmentation du nombre de chrétiens qui sont citoyens israéliens. C’est pourtant ce passage de 8 à 2% que les activistes palestiniens mettent en avant.

Oui, aujourd’hui les chrétiens nommés « palestiniens » vivent en grande majorité en Israël et non pas dans les territoires palestiniens. Ils sont 11% de la population arabophone d’Israël contre 2% dans les territoires palestiniens, ce qui leur donne une plus grande importance. Pour estimer le nombre total de chrétiens en Israël, bien sûr, il faut ajouter ceux d’origine juive et des époux de Juifs et de Juives arrivés de l’ancienne Union soviétique et de Pologne, et cetera.

C’est le fait de ne citer que les pourcentages qui donne la fausse impression d’une diminution du nombre des chrétiens, voire d’une tendance à la disparition. Tout simplement, les chrétiens ont depuis bien longtemps le style européen de vivre avec un nombre restreint d’enfants auxquels on donne l’éducation la meilleure possible. Les musulmans ignoraient ce style de vie jusqu’à ces dernières décennies, et beaucoup de Juifs aussi, sans parler de l’immigration juive. D’où deux conséquences. D’une part, la population chrétienne se multiple moins vite que la musulmane ou la juive. D’autre part, selon le Bureau central de statistique d’Israël, les chrétiens arabophones de ce pays jouissent d’un niveau moyen d’éducation et d’un niveau moyen de revenu qui surpassent ceux des Juifs eux-mêmes.

Répétons-le : toutes les comparaisons statistiques entre Juifs et Arabes, dans le but de souligner la pauvreté comparative des Arabes en Israël, sont trompeuses. Pour se représenter vraiment la situation, il faut toujours distinguer entre musulmans et chrétiens.

L’Autorité palestinienne, c’est vrai, semble favoriser les chrétiens au niveau symbolique. Les mairies de Bethléem et de quelques autres centres anciennement de majorité chrétienne sont encore réservées par la loi aux chrétiens, ainsi que quelques sièges au Parlement palestinien. Ce Parlement, d’ailleurs, ne se réunit plus depuis une quinzaine d’années. En revanche, au niveau de l’individu, les chrétiens sont désavantagés par les insuffisances de maintien de la loi et de l’ordre qui caractérisent la société palestinienne, chose qui permet des pressions du part des voisins musulmans. Il va sans dire que de telles pressions reflètent un mépris traditionnel envers le voisin non-musulman.

Par exemple, parmi beaucoup des voisins musulmans, c’est une loi non écrite que si un chrétien veut vendre son entreprise, il doit la proposer tout d’abord à des musulmans. Alors, les chrétiens vendent leurs biens entre eux clandestinement autant qu’ils le peuvent. Telle chose est inimaginable en Israël, ou la protection de la loi est bien plus forte.

Et là je ne parle que des chrétiens de Cisjordanie. La situation à Gaza est bien pire : la population chrétienne, de trois milliers à la fin de l’occupation israélienne, compte moins d’un millier aujourd’hui.

Par conséquence, il existe un phénomène que nous connaissons, nous qui résidons depuis longtemps au pays, mais invisible aux visiteurs de brève durée. Si l’on rencontre pour la première fois un chrétien de Cisjordanie, il dira volontiers que la coexistence avec les musulmans est bonne. Ce n’est qu’après avoir fait beaucoup mieux connaissance qu’il commencera à vous parler des problèmes réels de cette coexistence. Parmi les chercheurs scientifiques, à ma connaissance le premier qui a documenté ce phénomène est le docteur Duane Miller – et encore, seulement assez récemment.

Ces problèmes se sont intensifiés pendant la première Intifada palestinienne parce que, à un certain moment, l’OLP à donné l’ordre à tous les policiers jordaniens, qu’Israël avait laissés en place après 1967, de démissionner. Après les transferts de territoire par Israël aux mains de l’OLP en 1993 et 1995, ce sont des terroristes palestiniens, arrivés avec l’OLP, qui ont été en charge de la responsabilité policière. Même s’ils n’étaient pas méchants envers les chrétiens, ils n’avaient nulle formation pour cette tâche. Ce n’est qu’avec l’arrivée du général américain Dayton, formateur désigné de la police palestinienne, en 2005, que l’on peut parler du retour d’une force policière proprement dite dans les Territoires après une vacance d’une quinzaine d’années. Même aujourd’hui la participation des chrétiens à cette force, possible en principe, semble minimale dans une société ou l’appartenance familiale influence les décisions de l’administration. Tout cela est au désavantage d’un chrétien qui cherche un moyen de limiter les actes de mépris, voire de criminalité, de ces voisins.

Nous manquons d’informations au sujet des chrétiens dans le Royaume de Jordanie. Les données ne peuvent être que fragmentaires parce que même le nombre des chrétiens semble y être un secret d’État. Ainsi parle-t-on d’entre 250 et 400 milliers de chrétiens. Toutefois, un facteur significatif est l’engagement explicite de la monarchie pour le bien-être des chrétiens. Sans ce soutien, leur condition devrait devenir plus précaire. En effet, ils remplissent des fonctions importantes dans les écoles et dans l’administration publique. Or l’idée que des musulmans, et surtout des enfants musulmans, soient soumis à des chrétiens déplait aux Frères musulmans, facteur pérenne dans la scène politique jordanienne.

Enfin, j’ajouterai quelques mots sur un phénomène d’identification avec l’État d’Israël du coté des citoyens chrétiens arabophones qui s’est manifesté ces dernières années. Un nombre modeste mais croissant des jeunes chrétiens montre la volonté de faire le service militaire qui est obligatoire pour les citoyens juifs et druzes, mais pas pour les Arabes (chrétiens et musulmans confondus). J’ai l’honneur de connaitre les initiateurs de ce mouvement et d’avoir pu participer aux réunions de Noël des jeunes soldats. Les mêmes initiateurs ont réussi à convaincre les autorités israéliennes de permettre aux chrétiens arabophones de s’enregistrer comme Araméens et non plus comme Arabes. C’est-à-dire que l’on prend conscience du fait que leur origine remonte aux chrétiens de langue araméenne qui précédaient la Conquête musulmane et que leur arabophonie actuelle n’est qu’une conséquence involontaire de la conquête. Le temps nous dira si ce ruisseau peut devenir fleuve.

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