La République française est attaquée (Simone Rodan-Benzaquen)
« “C’est la Révolution, on prend la Bastille !” C’est ce qu’ont crié les manifestants en pénétrant de force dans l’hôtel de ville de Marseille, samedi 17 octobre. Brandissant un drapeau palestinien, ils ont renversé des meubles et fait tomber à terre un buste de Marianne, symbole de la République française»…. Nous publions ici des extraits d’un remarquable article de Simon Rodan-Benzaquen, qui analysait al lendemain du chaos la stratégie populiste de Mélenchon.[1] Cette stratégie convient parfaitement aux islamistes. Traduction libre par Dhimmi Watch. Les paragraphes commençant par ‘DW’ et les sous-titres sont de Dhimmi Watch. Temps de lecture 7 minutes
La stratégie populiste : désigner l’ennemi commun
Jean-Luc Mélenchon porte une lourde responsabilité politique dans la situation actuelle de la France. En tant que dirigeant de La France insoumise, le parti de gauche radicale du pays, il pratique une stratégie de « conflictualisation » — qui consiste à replacer chaque acte de violence dans un contexte qui lui convient. Un conflit dans une école, une intervention policière, le prix du carburant, Gaza : chaque évènement est présenté comme la confrontation avec le même système honni. Quel que soit le grief, le gouvernement et les institutions de la République française sont accusés.
Mélenchon a expliqué que son approche s’inspire des travaux des politologues Chantal Mouffe et Ernesto Laclau.[2] Selon lui, des personnes ayant des revendications très différentes peuvent être rassemblées si elles en viennent à penser qu’elles ont le même adversaire. Donnez-leur un « eux », et vous pourrez construire un « nous ». De son point de vue, cela signifie entretenir la colère des gens envers un même ennemi – la République française – afin que leurs désaccords respectifs perdent de leur importance.
À un peu plus de six mois de l’élection présidentielle, l’attrait est évident. Mélenchon doit impérativement arriver premier ou deuxième dans les sondages pour accéder au second tour. Un débat sur son programme soulève inévitablement des questions embarrassantes sur ses politiques, ses alliances et son bilan. Il laisse également aux électeurs la liberté de préférer un autre candidat de gauche. Mais si lui et ses alliés parviennent à convaincre les électeurs français qu’ils luttent contre un régime intolérable – voire le fascisme, ils peuvent affirmer avec force qu’il est le seul capable de le renverser. Quiconque pose une question gênante risque alors d’être accusé de favoriser le camp adverse.
L’ennemi, c’est le Proviseur
Ceux qui doutent de cette approche n’ont qu’à regarder comment LFI désigne des adversaires, tout en condamnant la violence.
DW Le 18 octobre, Emmanuel Macron dénonçait les violences, et en accusait l’extrême gauche et les casseurs-pilleurs. La stratégie de LFI consiste aussi à dénoncer la violence, tout en accusant le système ou la République française. Un message du Ministre de l’Éducation Nationale illustre le procédé wokiste & LFIste :
« La section La France Insoumise de Suresnes a affiché un proviseur sur les réseaux sociaux, livrant à la vindicte un homme qui cherchait simplement à sécuriser son établissement. En parallèle, 148 personnels de l’Éducation nationale ont été blessés depuis le début des mobilisations. Lorsqu’un parti affirme condamner les violences, il doit en tirer les conséquences dans ses propres rangs : j’attends de LFI qu’elle prenne des sanctions contre les auteurs de cette publication. »
Mais LFI ne prend pas de sanctions contre son propre rang, puisque c’est la police qui est accusée de la violence.
Alan Bompard expliquait que la violence n’est pas du côté que l’on croit « Je trouve inacceptable qu’un proviseur envoie des menaces aux familles ! Un blocus ce n’est pas de la violence ! »[3] L’ennemi c’est la police
DW : La date de manifestation du 17 octobre n’a pas été choisie par hasard par LFI. Mathilde Panot et Bally Bagayoko rappelaient ce « crime d’État » par la France, où la police a tué des manifestants algériens le 17 octobre 1961. Des jeunes d’origine algérienne ont-ils compris qu’ils allaient venger les Algériens assassinés par la police française ? Comprenaient-ils qu’on leur désignait, une fois de plus, la police comme l’ennemi ? Pensaient-ils qu’en attaquant la police française d’aujourd’hui, ils vengeraient les algériens de 1961 ? Le slogan « la police tue » prendrait ainsi toute son ampleur.[4]
DW Ce 17 octobre au soir, Mélenchon rejetait la faute sur la police et le Premier ministre Lecorrnu dénonçait cette stratégie[5]:
Mélenchon : « Dans Paris, le commandement aberrant a ouvert la porte au chaos. Les chefs ne savent plus que faire, la troupe a peur et se déchaîne. »
Lecornu[6] : « Faire porter aux chefs de la police la responsabilité des violences, c’est une inversion dangereuse et cynique des responsabilités… On ne peut pas appeler à cesser les violences tout en fournissant des excuses à ceux qui les commettent. »
Les mouvements islamistes aussi
DW : À Marseille, des manifestants ont forcé les portes de l’hôtel de ville et saccagé du mobilier. Dans les rassemblements, des drapeaux palestiniens côtoyaient les gilets jaunes, témoignant de la diversité des causes défendues.[7]
Cela a aussi sa place dans cette histoire. Quel est le lien exact entre le maire de Marseille et Gaza ? En quoi le fait de prendre d’assaut son bureau peut-il aider un étudiant français à trouver un professeur ?
Pour les militants qui unissent ces causes, ces questions ne se posent guère. Ils ont déjà décidé que ces causes n’en formaient qu’une. C’est ce que signifie l’intersectionnalité dans une grande partie de la gauche radicale : classer le monde en oppresseurs et opprimés, puis prendre parti. Un directeur d’école français, un policier et Israël peuvent se retrouver dans le même camp sans que personne n’ait besoin d’expliquer leurs points communs.
Les mouvements islamistes ont leurs propres raisons d’encourager la méfiance envers la République. Un rapport publié en 2025 décrivait le fonctionnement des réseaux des Frères musulmans à travers des organisations religieuses, éducatives et sociales, et mettait en garde contre les tentatives de substituer des allégeances concurrentes au sentiment d’appartenance nationale.[8] Affirmer aux musulmans de France que les institutions de leur pays leur sont intrinsèquement hostiles, comme l’a fait l’extrême gauche, sert cet objectif. Et lorsque cet argument est formulé dans le langage de l’antiracisme, il dépasse largement le cadre des cercles islamistes.
L’antisémitisme aussi
On assure aux citoyens juifs que la France est leur patrie, puis on les oblige à se justifier au nom d’Israël. Même leur besoin de protection devient un enjeu politique. On ne peut pas demander aux gens de faire confiance aux institutions tout en les forçant à argumenter sans cesse pour que leurs craintes soient prises au sérieux.
Ce décalage vient du sommet de l’État. En novembre 2023, le président Emmanuel Macron avait choisi de ne pas assister à la marche contre l’antisémitisme à Paris. Son Premier ministre était présent. Deux anciens présidents étaient présents. Mais lui, malgré sa condamnation verbale de l’antisémitisme et son appel à l’unité, est resté à l’écart. Les citoyens juifs avaient besoin de voir leur président à leurs côtés.
D’autres observent également ces échecs. Un maire voit un de ses collègues menacé. Un enseignant se demande si la prochaine controverse attirera une foule devant les grilles de l’école. La peur s’installe, chacun choisissant de ne pas aborder un sujet controversé ou estimant que le service public ne vaut plus le risque encouru. Les dégâts sont plus difficiles à photographier qu’un immeuble en flammes, mais leurs conséquences sont bien plus durables.
Le gouvernement doit protéger les fonctionnaires et les enseignants, poursuivre leurs agresseurs et rouvrir les écoles. Il doit enquêter sérieusement sur les violences policières, sans pour autant tolérer que ces violences justifient une agression contre toute personne en uniforme. Et il doit poursuivre ses efforts une fois la crise immédiate passée. La population aura confiance en l’État lorsqu’elle constatera, de manière constante, qu’il la protège au quotidien.
Illustration : l’hôtel de Ville de Limoges en feu, 17/10//2026, Lucas Destrem -Own work : Effondrement du campanile https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:2026_Hôtel_de_ville_de_Limoges_fire#/media/File:Incendie_Hotel_de_ville_Limoges_20261017-2033.jpg
[1] Simone Rodan Benzaquen, “The French Republic Is Under Attack”, Foundation of Defense of Democracies, 18/10/2026, https://www.fdd.org/analysis/the-french-republic-is-under-attack/
[2] Voir par exemple Claudia Cinatti « Chantal Mouffe et le populisme du possible », Révolution permanente, 16/2/2019, https://www.revolutionpermanente.fr/Chantal-Mouffe-et-le-populisme-du-possible
[3] Alain Bompard « Le compte LFI-Suresnes dénonce un proviseur », Sud Radio,
[4] Mourad Amellal et Alexandre Feigenbaum : “la date du 17 octobre n’a pas été choisie par hasard”, Dhimmi Watch, 18/10/2026
[5] Lino Prestimonaco : « C’est VOTRE responsabilité politique » : Sébastien Lecornu et Jean-Luc Mélenchon s’écharpent sur X, après les violences en marge des manifestations. Le Parisien, 17/10/2026,
[6] https://x.com/SebLecornu/status/2111508644613194075?ref_src=twsrc%5Etfw
[7] I24 : Manifestations du 17 octobre contre la vie chère en France : violences et gilets jaunes. https://www.i24news.tv/fr/actu/france/artc-manifestations-du-17-octobre-violences-a-marseille-et-lyon-des-drapeaux-palestiniens-dans-les-corteges
[8] Ministère de l’Intérieur : « Publication du rapport « Frères musulmans et islamisme politique en France » », 21 mai 2025

