Alaouites, Chrétiens, Druzes : les minorités syriennes en danger (MEMRI)
Après l’attentat contre une église de Damas, les chrétiens syriens critiquent le régime d’Ahmad Al-Sharaa : il permet à l’extrémisme de se propager dans la société ; les chrétiens de Syrie ont besoin de protection (titre original de MEMRI par O. Peri, Série Enquête et analyse n° 1861,[1] 18 juillet 2025)
Le 7 mai dernier, le Président Macron a reçu le nouveau chef du gouvernement syrien, en lui recommandant « la mise en place d’un gouvernement inclusif intégrant les différentes composantes de la société civile, des garanties sur la sécurité et la liberté de la population, notamment pour les minorités et les femmes. ». Mais depuis que l’organisation Hay’at Tahrir Al-Sham (HTS), dirigée par Ahmed Al-Sharaa, a pris le pouvoir en Syrie le 8 décembre 2024, les minorités syriennes sont de plus en plus inquiètes.
Les belles promesses du nouveau gouvernement syrien
Le nouveau régime a tenu à souligner que la Syrie, sous son autorité, respectera la liberté de religion et tous les groupes religieux et ethniques du pays ; cela a également été affirmé dans la Déclaration constitutionnelle. de la République arabe syrienne, ratifiée le 13 mars 2025, qui sert de constitution pour la période de transition de cinq ans. Mais dans la pratique, on a constaté une augmentation notable des incidents de harcèlement contre les groupes minoritaires, qui ont parfois dégénéré en violences féroces. Le nouveau régime, pour sa part, a présenté ces incidents comme « isolés » et n’a pas demandé de comptes à leurs auteurs, ce qui a permis au phénomène de perdurer, voire de s’intensifier.
Les premières victimes de ces violences furent les communautés alaouites de la côte syrienne. En mars 2025, les forces de sécurité du gouvernement HTS et la racaille syrienne se livrèrent à des violences brutales à leur encontre, assassinant des centaines de civils, détruisant des biens et humiliant les Alaouites en public.
[Note de DW : Plus de 1200 Alaouites, dont 973 civils ont été massacrés en mars 2025 ; le gouvernement syrien a promis de faire juger les coupables. Les victimes ont été interrogées sur leur appartenance confessionnelle avant d’être exécutées. Les hommes de 13 ans et plus ont souvent été séparés des femmes et des enfants et tués lors d’exécutions massives. Des rapports ont fait état d’actes horribles avant l’exécution. Pillages et incendies criminels afin de déplacer les survivants et d’effacer toute présence communautaire. Les milices incluent des combattants étrangers notamment Turkmènes et Tchétchènes.[2]]
Violences contre les Druzes
Fin avril, les incitations à la violence contre la minorité druze ont aussi commencé, conduisant à des actions armées contre elle dans la région de Damas et dans le sud du pays. Selon certains chefs de la communauté druze et commandants de factions armées druzes, des membres des forces de sécurité syriennes étaient impliqués dans les violences. À la mi-juillet, les violences contre les Druzes ont repris. Les affrontements entre la population druze et les tribus bédouines dans la province d’Al-Suwayda, à majorité druze, ont été utilisés par le régime comme un prétexte pour envoyer des forces militaires dans la province, et de nombreux incidents documentés ont eu lieu où ces forces armées ont incendié des habitations, détruit des biens, volé et humilié des civils. Des dizaines de civils druzes ont été tués lors de ces événements.
Violences contre les Chrétiens
En juin, les violences contre les chrétiens ont également repris. Le 22 juin, un attentat suicide et une fusillade contre l’église Mar Elias à Dweila’a, un quartier majoritairement chrétien de Damas, ont fait 27 morts et des dizaines de blessés. L’attaque contre l’église a suscité de vives critiques contre le régime en Syrie, notamment de la part de dignitaires religieux et de Chrétiens sur les réseaux sociaux. Ils ont accusé le régime de préparer le terrain à la violence en ignorant la propagation de l’extrémisme religieux dans la société et en préservant l’idéologie extrémiste de HTS.
Les dignitaires religieux ont également condamné le fait qu’aucun responsable gouvernemental – à l’exception de l’unique ministre chrétienne, Hind Kabawat – n’ait pris la peine de visiter l’église après l’attentat, ainsi que le fait que les responsables gouvernementaux, y compris Al-Sharaa lui-même, se soient abstenus de qualifier les victimes de « martyrs », terme réservé aux musulmans.
Les Chrétiens envisagent de quitter le pays
L’écrivain chrétien syrien Bassel KasNasrallah, ancien conseiller du mufti de Syrie, a souligné dans un article du 23 juin que l’attentat avait ravivé la peur ressentie par les chrétiens des pays arabes face au discours islamiste extrémiste qui les exclut de la société et cherche même à les en chasser. Avant même l’attentat, en mars 2025, KasNasrallah avait averti que les chrétiens de Syrie étaient inquiets pour leur avenir et que nombre d’entre eux envisageaient de quitter le pays.
L’islam seule vraie religion ?
L’attentat contre une église de Damas fut en réalité le pire d’une série d’incidents violents contre les chrétiens en Syrie sous le régime de HTS. À Noël 2024, deux semaines seulement après l’arrivée au pouvoir de ce régime, des combattants étrangers ont incendié un sapin de Noël dans la ville chrétienne d’Al-Suqaylabiyah, dans le gouvernorat de Hama, et des installations chrétiennes ont été attaquées dans d’autres régions du pays.
En outre, à plusieurs reprises, des prédicateurs musulmans, dont certains armés, ont pénétré dans des quartiers chrétiens, dont Dweila’a, et ont appelé les habitants à se convertir à l’islam. Ils ont distribué des tracts prônant le code vestimentaire islamique pour les femmes, la ségrégation des sexes et l’interdiction de l’alcool et du chant. En mai 2025 des affiches ont été accrochées au mur d’une église de Tartous appelant les chrétiens à se convertir à l’islam ou à payer la jizya (taxe de dhimmitude), et proclamant que l’islam est la seule vraie religion tandis que toutes les autres sont fausses.
Les religieux chrétiens : c’est la négligence du régime qui a permis les attentats
L’attentat à la bombe contre l’église Mar Elias a porté un coup dur à l’image le protecteur des minorités que le nouveau gouvernement syrien, essaye de se construire pour obtenir le soutien de l’Occident. Le ministère syrien de l’Intérieur s’est donc empressé d’annoncer que l’EI était derrière l’attentat[11], bien que cette organisation ne l’ait pas revendiqué.
Lors des funérailles des victimes de l’attentat, le patriarche grec orthodoxe d’Antioche, Jean X Yazigi, considéré comme le plus haut dignitaire chrétien de Syrie, a déclaré :
« Monsieur le Président, nous avons été profondément consternés de constater qu’aucun responsable gouvernemental, hormis la ministre chrétienne Hind Kabawat, ne s’est rendu sur les lieux du crime… Votre appel téléphonique… pour exprimer vos condoléances n’a pas suffi. Nous vous remercions pour cet appel, mais le crime commis méritait plus que cela. » Le patriarche a ajouté : « Nous voulons savoir qui est derrière cet acte honteux… mais nous tenons également à souligner que le gouvernement en porte l’entière responsabilité. » ….
Les références sont consultables sur le site de MEMRI.
Reproduction autorisée à condition de citer la source.
[1] https://www.memri.org/reports/following-damascus-church-bombing-syrian-christians-slam-ahmad-al-sharaa-regime-it-allows. Traduction libre par DW.
[2] Washington Centre for Human Rights (5/6/2025): Sectarian Violence Escalates in Syria: Alawite Massacres and Humanitarian Crisis in 2025; https://www.washingtoncentre.org/sectarian-violence-escalates-in-syria-alawite-massacres-and-humanitarian-crisis-in-2025/?utm_source=chatgpt.com

