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Entrisme islamiste : des mairies à Bruxelles, une stratégie à trois niveaux (Anne-Sophie Nogaret)

Fév 1, 2026

Entrisme islamiste : des mairies à Bruxelles, une stratégie à trois niveaux (Anne-Sophie Nogaret)

Ni spontané ni marginal, l’entrisme islamiste relève d’une stratégie structurée. Des mairies aux instances européennes, un écosystème d’influence s’est mis en place, fondé sur la circulation des normes, des financements et des récits. Article original de Anne-Sophie Nogaret.

A l’approche des municipales, la question de l’entrisme islamique préoccupe à nouveau médias et politiques. Or, bien que légitime, cette inquiétude souffre de deux angles morts qui inhibent sa possible efficacité : l’entrisme municipal, d’une part, est déjà bien installé dans nombre de communes. Il ne constitue, d’autre part, qu’un des maillons de l’écosystème islamique mis en place en Europe, qui, du point de vue institutionnel, s’articule sur trois axes : l’entrisme local (municipalités, départements, régions), l’entrisme national (Assemblée nationale, Sénat, ministères), l’entrisme supranational (UE, ONU, Conseil de l’Europe, OSCE, etc). Le mot d’ordre des Frères musulmans « Penser global, agir local » se voit ainsi concrétisé par une infiltration institutionnelle à trois niveaux, chacun d’entre eux relayant et renforçant l’autre.

Un exemple, la Commission européenne. La Commission européenne établit les principes directeurs destinés à orienter les politiques publiques des États membres et prépare les lois. En 2015, la Commission a créé le poste de « coordinateur de la lutte contre la haine envers les musulmans » aujourd’hui occupé par Marion Lalisse, laquelle, lorsqu’on l’écoute, apparaît clairement comme une fidèle courroie de transmission des Frères musulmans. Or, la Commission, par la médiation de divers organismes qu’elle subventionne et qui la conseillent, organise régulièrement auprès des collectivités locales « tables rondes » et « rencontres » réunissant élus, agents territoriaux et associations, auxquels, dans un cadre convivial et sous couvert d’inclusivité, on va expliquer que « la liberté religieuse » est sacrée, que la normativité islamique participe de la « liberté », et que les lois et règlements nationaux devront à terme intégrer cette donnée, sauf à se trouver en porte-à-faux avec les « Droits de l’homme ».

Les organisations islamistes comme les Frères musulmans sont implantées à Bruxelles et peuvent mener un lobbying actif. La Commission notamment, influence ainsi mairies, départements, régions, grâce à ces réunions au cours desquelles interviennent toujours des personnes « de la société civile » (en réalité, des associations militantes locales, cache-nez de l’islam politique), incitant en sous-main à mettre en place un régime dérogatoire favorisant la normativité islamique. L’objectif : modifier à terme les lois des pays européens pour les rendre charia compatibles, usant pour cela du discours progressiste. La non mixité dans les lieux publics viserait ainsi à éviter les « violences sexuelles et sexistes », les menus végétariens à la cantine relèveraient du « bien manger », le port du voile de l’émancipation féminine, etc.

Dans un autre registre, la Commission influence aussi les programmes scolaires nationaux, la recherche, le monde de la culture, par le biais de subventions accordées dans le cadre de projets européens résultant eux-mêmes de l’influence frériste. Ainsi en va-t-il du programme « Coran européen »,[1] présenté comme académique et doté de 9,8 millions d’euros, qui entend « réinscrire le Coran dans l’histoire intellectuelle européenne », et « déconstruire une vision “exclusivement chrétienne” de l’histoire européenne »…

Les Frères musulmans, qui remplacent l’Histoire par leurs narratifs, affirment sans broncher que la laïcité est islamique, que Napoléon était musulman, et que sans l’islam, point de Lumières et de démocratie, agissent ainsi sur la formation académique nationale. Comme on le voit, l’entrisme islamique n’agit donc pas tant via les listes communautaires, et de façon contre intuitive, pas tant via LFI et l’extrême-gauche, que par l’infiltration sourde de tous les leviers possibles, électifs ou non, touchant de près ou de loin à la vie locale et nationale : partis politiques, listes municipales, associations, ONG, agents de mairie, fonctionnaires, hauts fonctionnaires, recteurs, magistrats, etc.

La présence de ces pivots de transmission est essentielle : c’est par leur biais que la loi pourra être contournée, rendant le recours judiciaire inopérant. Lorsqu’à Juvisy-sur-Orge, une étudiante voilée donne cours à des collégiens et lycéens dans une médiathèque municipale sous prétexte de soutien scolaire, elle n’enfreint pas la loi : elle la contourne, ce que seule la complaisance du Maire (une dame classée divers droite, ayant récemment suivi la 35ᵉ session nationale “sécurité et justice” délivrée par l’Institut des hautes études du ministère de l’Intérieur…) rend possible.

L’entrisme au sein des mairies s’accompagne le plus souvent du recrutement d’agents municipaux sensibles à la cause, lesquels, par exemple, veilleront dans les cantines de la ville à ce que les enfants musulmans restent entre eux et respectent les interdits alimentaires ; ils contrôleront, en d’autres termes, le respect de la norme islamique.

La présence sur les listes municipales classiques, y compris de droite, de personnes œuvrant sur le terrain et localement pour la cause frériste, ne doit pas faire oublier que le combat n’est pas circonscrit au seul niveau municipal : être élu permet d’intégrer des postes au sein d’autres collectivités locales, permet aussi d’intégrer des fédérations, subventionnées, para publiques, qui maillent le territoire national et sont au contact de la jeunesse.

On ne peut donc pas isoler l’échelon municipal, tout simplement parce qu’il participe d’un écosystème dans lequel deux autres chambres d’écho, nationale et supranationale, jouent un rôle essentiel.

Comment agir face à cet état de fait ? Assécher financièrement l’écosystème serait un premier pas, ce qui pourrait en partie s’opérer par l’arrêt du subventionnement des associations, celui-ci représentant un important levier de prédation : les domaines de la santé, de l’éducation, de l’enfance etc, en tant qu’ils relèvent de l’Etat, ne devraient pas être délégués à des structures extérieures, mais être régis par l’Etat lui-même.

Certains dispositifs, comme le service civique, portail ouvert à tous les vents donnant accès sans condition de diplômes ou d’expérience aux collectivités, aux administrations et au secteur para public, devront également être revus et corrigés. Assécher l’irrigation financière de l’écosystème, fermer les portes dérobées qui permettent l’infiltration.

Il existe certes bien d’autres mesures à prendre. Mais en amont, il faudrait sans doute reconsidérer la place de la loi. La loi en effet, parce qu’elle est par définition contournable, ne suffit pas en tant que telle. Elle n’est qu’un levier parmi d’autres, outil et non principe, subordonné à quelque chose qui ne se décrète pas, mais relève bien plutôt de la délibération individuelle et collective. Avant de se demander si telle décision est légale ou pas, possible ou non du point de vue juridique, demandons-nous plutôt : quelle société voulons-nous, comme citoyens et comme individus ? Le modèle islamique, qui s’impose à bas bruit, nous correspond-il ? De la réponse, réfléchie et assumée, principe directeur moral, intellectuel et politique, devront dans un second temps découler les décisions prises, dont le droit ne sera alors que le moyen de concrétisation.

Anne-Sophie Nogaret

L’autrice publie chaque dimanche matin Le Petit Minaret illustré, newsletter d’analyse consacrée à l’entrisme et au soft power islamique.


[1] Programme de recherche (2029-2026) : la place du Coran dans les cultures et religions européennes entre env. 1150 et 1850, comment le texte coranique a été lu, traduit, mobilisé et interprété en Europe

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