Dhimmi Watch

Actualité vive Dhimmitude islamisme

Les Kurdes syriens abandonnés (Caroline Yadan)

Fév 9, 2026

Les Kurdes syriens abandonnés (Caroline Yadan)

Après les massacres en Iran et le bain de sang (toujours en cours), c’est sur les Kurdes que des barbares islamistes s’acharnent, en Syrie. Nous donnons la parole à Caroline Yadan, qui dénonce ce nouveau massacre, dans sa tribune sur Radio J ce matin.

Il y a un lien entre la Syrie et l’Iran qui massacrent leurs citoyens

Un lien profond.

Parce que ce que nous observons en Iran comme en Syrie relève du même aveuglement collectif : celui qui consiste à regarder la violence de loin, à la hiérarchiser, à la tolérer tant qu’elle ne nous atteint pas directement.

En Syrie, depuis plusieurs semaines, les signaux sont clairs. L’enfer djihadiste n’est pas un souvenir du passé. Il recommence à s’ouvrir.Des combattants de Daech, libérés de prisons ou remis en circulation par des réseaux régionaux, reprennent les armes.

À Raqqa, ville pourtant érigée en symbole de la défaite territoriale de l’organisation en 2017, le drapeau noir a de nouveau flotté, brièvement mais lourd de sens. En janvier dernier 200,000 Kurdes ont fui les territoires repris par les forces d’Al-Sharaa, avec l’appui des Turcs.

A Kobané, ville martyre, la population est aujourd’hui privée d’eau, d’électricité et de ravitaillement.

Ce qui se passe là-bas nous concerne directement : ce sont des digues qui cèdent

Et bien plus que nous ne voulons l’admettre.Lorsque les Kurdes reculent, ce ne sont pas seulement des lignes de front qui bougent.

Les images qui remontent aujourd’hui de Syrie sont celles de femmes enlevées pour être réduites en esclavage sexuel, de combattantes kurdes capturées, leurs tresses coupées, humiliées publiquement, violentées, suppliciées parfois exécutées, des corps exhibés pour terroriser les populations locales.

Ces pratiques sanguinaires sont constitutives de la stratégie djihadiste d’Al-Sharaa qui n’est guère différente de celle de l’Etat Islamique. Elles visent à briser les sociétés, à terroriser durablement, à effacer toute idée de résistance, et toute émancipation féminine.

Nous les avons vus précéder les vagues d’attentats projetés en Europe.

Nous savons comment ces cycles commencent, et comment ils se terminent lorsque personne ne les arrête.

La responsabilité du pouvoir syrien est engagée

Beaucoup de combattants de l’Etat Islamique ont été recyclé dans les forces d’Al-Sharaa qui, en enfilant costume et cravate, a pu, sans peine duper sur ses intentions véritables. Le Président français lui-même s’en inquiète, au point d’avoir contacté les autorités syriennes pour évoquer explicitement la possibilité de frappes de représailles en cas de libérations massives ou de fuites de combattants djihadistes.

Cela en dit long sur le niveau d’alerte réel.

Pourtant la réaction diplomatique française semble très mesurée.

C’est le moins que l’on puisse dire alors même que le massacre des Alaouites puis des Druzes de l’an passé aurait du nous alerter. Le Quai d’Orsay temporise, appelle à la stabilité, à l’unité syrienne, publie des communiqués prudents, soigneusement calibrés.Cette posture diplomatique devient problématique lorsqu’elle n’est accompagnée d’aucun levier politique ou sécuritaire crédible.

Quant à l’ONU, elle donne le sentiment une nouvelle fois, après son indifférence sur les massacres en Iran,  de fonctionner à géométrie variable : mobilisée à outrance sur certains conflits, comme celui de Gaza, totalement silencieuse sur d’autres, alors même que les risques de crimes de masse et de résurgence terroriste sont clairement identifiés.

On en revient donc aux Kurdes.

Inévitablement.

Les Kurdes ont été le principal rempart contre l’État islamique. Ils se battent pour installer chez eux une véritable démocratie où l’égalité des hommes et des femmes, la laïcité, le respect des minorités n’est pas un vain mot. Un modèle à l’exact opposé au califat dont rêve Al-Chaara.

Ils ont combattu au sol quand les Occidentaux ne le voulaient plus.

Ils ont tenu des territoires, administré des zones détruites, géré des milliers de prisonniers djihadistes que personne ne voulait rapatrier.

Ils ont payé le prix humain.

Et aujourd’hui, ils sont isolés.Nous leur avions promis un territoire autonome s’ils combattaient l’Etat Islamique et maintenant nous renions notre parole et laissons les barbares qu’ils ont combattus pour nous, les égorger.

Les abandonner maintenant, ce n’est pas seulement une trahison morale.

C’est une faute stratégique majeure.

Car affaiblir ceux qui ont contenu le terrorisme, c’est accepter que ce terrorisme retrouve de l’espace, du temps et des ressources.

C’est recréer, consciemment ou non, les conditions des crises futures.

Ce que révèle cette situation

Elle révèle quelque chose de plus profond que le seul sort des Kurdes : notre difficulté croissante à assumer une responsabilité politique quand la réalité devient inconfortable. Notre propension à condamner la violence une fois qu’elle nous frappe, plutôt qu’au moment où elle se met en place.

La morale n’est pas un supplément d’âme en politique étrangère. Elle est un outil de lucidité.

Abandonner les Kurdes n’apportera ni la paix ni la stabilité. Cela repoussera simplement les conséquences.

Et comme toujours, elles finiront par franchir les frontières.

Comme le dit si justement Caroline Fourest :
« Si la France intervient pour protéger les Kurdes et que l’Amérique apporte enfin aux Iraniens l’aide promise, le monde sera plus apaisé. Ce n’est pas impossible. Il faut donc l’espérer.« 

Array

En savoir plus sur Dhimmi Watch

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture