L’antisionisme islamiste est de l’antisémitisme (A. Feigenbaum)
Les Juifs ont toujours vécu en Palestine, ce sont des autochtones d’Israël, comme les Français de la France ou les Indiens de l’Amérique. Les Arabes ont envahi et colonisé la Palestine au 7ème siècle. Comment les islamistes radicaux peuvent-ils affirmer que la Palestine a, de tous temps, été une terre exclusivement arabe et musulmane ? D’où sort-il que les Juifs seraient des colons ? Dans ce premier article, nous examinons la naissance de l’idéologie de l’islam radical au 20ème siècle sur la base du racisme systémique de la dhimmitude et de rapprochements avec les nazis.
La dhimmitude
Vous souvenez-vous de Asia Bibi ? Cette chrétienne pakistanaise, qui a passé dix ans en prison pour avoir bu de l’eau dans un verre réservé aux Musulmans ? Elle est la victime d’un racisme systémique, la dhimmitude, qui discrimine et opprime les dhimmis (essentiellement des Chrétiens et des Juifs) dans les pays appliquant la sharia.[1] Selon la sharia, les dhimmis sont des êtres inférieurs, méprisés et discriminés parce qu’ils n’ont pas la bonne religion. Ils sont soumis à des taxes spéciales, souvent exorbitantes. S’ils ne peuvent pas payer, s’ils se rebellent, ou selon le contexte politique, ils sont réprimés et punis. Les génocides subis par des Chrétiens au 20ème siècle (Arméniens, assyriens, Grecs Pontiques) en sont un exemple terrible.[2]
La dhimmitude est l’ensemble de ces lois et contraintes. C’est une forme majeure de racisme dans le monde aujourd’hui : des centaines de millions de non-musulmans sont exposés à des persécutions extrêmes par les islamistes, notamment en Afrique : viols, enlèvements, massacres, destruction d’habitations, de lieux de culte, d’outil de travail, de villages.[3]
Pourtant, on peut lire que le statut des dhimmis a été aboli au 19ème siècle par un sultan ottoman, qu’il n’aurait plus cours aujourd’hui.[4] En réalité les islamistes radicaux (‘islamistes’) n’ont jamais accepté cette abolition, qualifiée de concession à la culture occidentale. Les islamistes prônent une application stricte de la sharia, une condition inférieure pour les dhimmis, exclus de la fonction publique et de l’armée, exposés à des restrictions de liberté de culte. Les exactions contre les dhimmis sont rarement punies.
Les islamistes considèrent que l’islam est la meilleure religion et qu’elle doit remplacer toutes les autres, s’il le faut par la persuasion et le djihad, c’est-à-dire la violence, le terrorisme ou la guerre. La Ligue Islamique Mondiale a publié les principes qu’elle souhaite faire prendre en compte dans l’enseignement dans les pays occidentaux. L’article 15 de la charte du Hamas reflète ces principes : « Il faut introduire des changements essentiels dans les programmes d’enseignement, les épurer de toute trace de l’invasion intellectuelle qui les ont livrés aux mains des orientalistes et des missionnaires chrétiens ».
La dhimmitude est indissociable du djihad, de la façon de considérer le non-musulman, d’anticiper l’expansion de l’islam. En France, cette conception est contraire aux principes
de laïcité qui stipulent l’égalité de tous devant la loi, quelle que soient leurs croyances. La dhimmitude est un état d’esprit qui se transmet par la culture et par l’éducation islamiques :[5] Les jeunes Musulmans qui considèrent la sharia au-dessus des lois de la République ont intégré cet état d’esprit. Par l’assassinat de Samuel Paty, le terrorisme islamiste a clairement manifesté que l’école est à sa disposition et qu’il entend lui dicter sa loi.[6]
L’islamo-nazisme : “Hitler n’est plus, mais Al Husseini continue la lutte”.
Dès la fin des années 1920, en Égypte, des islamistes radicaux, traumatisés par l’abolition du sultanat et par la colonisation par des puissances européennes, se sont rapproché des nazis. Ils partageaient leur antisémitisme et leur opposition à ces puissances européennes. En dépit des réticences de Hitler lui-même, qui considérait les Arabes comme des êtres inférieurs, l’appareil nazi allemand a collaboré efficacement avec les Frères musulmans, notamment par l’entremise du nazi arabe Mohamed Amin al Husseini, ex grand mufti de Jérusalem. Le mufti avait même le projet de construire près de Naplouse un camp d’extermination similaire à celui d’Auschwitz pour exterminer les Juifs du Moyen-Orient.[7]
Lorsque les nazis sont arrivés au pouvoir en Allemagne, en 1933, les Frères musulmans comptaient à peine 2 000 membres. Très vite, grâce à l’aide financière des nazis, ils ont disposé de moyens importants pour imprimer et diffuser leur propagande. Avec des résultats spectaculaires : en 1934, ils étaient 40 000, puis 200 000 en 1938 !
Sayyid Qutb (1906-1966), théoricien des Frères musulmans en Égypte et Navvâb Safavi (1824-1956), fondateur des Fedayins de l’islam en Iran, ont théorisé cet islamo-nazisme (avec la contribution de Johann von Leers (1902-1965), nazi allemand réfugié en Égypte).[8] La charte du Hamas, publiée en 1988, s’inspire largement de cet islamo-nazisme :
- Les Juifs sont considérés comme de dangereux ennemis de l’islam et de chaque musulman, bien plus que comme des ridicules et méprisables dhimmis. La propagande frériste annonce une lutte à mort entre les Musulmans et les Juifs. (article 27 de la charte du Hamas). « L’Heure [du jugement] ne viendra pas avant que les musulmans n’aient combattu les Juifs, c’est à dire que les musulmans ne les aient tués. » (Article 7).
- Les Juifs sont accusés de conspirer contre l’islam. La charte du Hamas se réfère même explicitement aux ‘Protocoles des Sages de Sion’, célèbre ouvrage complotiste : « Avec leur argent, ils ont mis la main sur les médias du monde entier : presse, maisons d’édition, stations de radio etc… Avec leur argent, ils ont soulevé des révolutions dans plusieurs parties du monde afin de servir leurs intérêts et réaliser leur objectif. Ils sont derrière la Révolution Française, la Révolution Communiste et toutes les révolutions dont nous avons entendu parler. Avec leur argent, ils ont mis sur pied des sociétés secrètes comme les francs-maçons… ‘Croyants. Ne formez de liaisons intimes qu’entre vous’ » (article 22)
- La Palestine est considérée comme une terre sacrée, un Waqf islamique « consacré aux générations de musulmans jusqu’au Jugement Dernier. Pas une seule parcelle ne peut en être dilapidée ou abandonnée » (article 11)
- Il faut tuer tous les Juifs, pas seulement ceux de Palestine (article 7). Les musulmans seraient victimes des Juifs. Qutb présente les Juifs de Médine comme agresseurs, parce qu’ils ont refusé de se convertir. En réalité, ils n’avaient aucune chance contre Mahomet et ses partisans, qui, en 627, ont décapité 700 Juifs sur la place du marché de Médine et emmené les femmes et les enfants en esclavage.
- Le djihad pour reconquérir la Palestine ? « Face à l’usurpation de la Palestine par les Juifs, il faut brandir l’étendard du djihad » (article 15). Mais la frontière entre nationalisme palestinien et djihadisme est ténue. Ainsi, Zaheir Muhsein, membre du comité exécutif de l’OLP, déclarait en 1977 à un journal néerlandais : « Le peuple palestinien n’existe pas. La création d’un État palestinien n’est qu’un moyen de poursuivre notre lutte contre l’État d’Israël pour notre unité arabe. En réalité, aujourd’hui, il n’y a pas de différence entre les Jordaniens, les Palestiniens, les Syriens et les Libanais. Ce n’est que pour des raisons politiques et tactiques que nous parlons aujourd’hui de l’existence d’un peuple palestinien »[9]
Les grandes étapes de l’islamo-nazisme
Entre 1939 et 1945, les islamistes ont diffusé leur propagande par une station de radio ultramoderne, installée pour les Jeux Olympiques de 1936 près de Berlin. Ils ont ainsi répandu l’idéologie islamo-nazie dans le monde. Les émissions, en arabe et en persan, alternaient des appels au meurtre des Juifs, de la propagande et des programmes plaisants. Ainsi, en 1942, la radio annonçait :
« Arabes de Syrie, d’Irak et de Palestine, qu’attendez-vous ? Les Juifs prévoient de violer vos femmes, de tuer vos enfants et de vous détruire. Selon la religion musulmane, la défense de votre vie est un devoir qui ne peut être rempli qu’en anéantissant les Juifs ».
En même temps, la radio raillait les personnes favorables à une coexistence avec les Juifs : l’émir Abdallah de Transjordanie était le “rabbin Abdallah” ; le responsable palestinien Fakhri Nashashibi “recevait de jeunes juives chez lui la nuit”…
Le retentissement de la radio était énorme. On l’écoutait dans les cafés, sur les places publiques. Pendant 6 ans, elle a installé, voire enraciné la haine des Juifs dans les monde musulman. Le jeune mollah Rouhollah Khomeini (1902-1989), installé à Qom, en Iran, possédait un poste de radio, qui lui permit d’écouter les émissions de Radio Berlin en farsi, en compagnie d’autres mollahs.[10] Cette propagande a contribué à façonner son antisémitisme. 25 ans plus tard, en 1963, il accusa le shah d’Iran de “soumission à Israël et aux sionistes”.[11] Dans un livret destiné au grand public,[12] il expliquait que le problème du monde musulman, ce sont les Juifs !
Quand le mufti est revenu en Égypte en 1946, les Frères musulmans scandaient :
« Hitler n’est plus, mais al Husseini reprend la lutte ».[13]
En 1948, les Frères musulmans ont incité plusieurs pays arabes à envahir et détruire Israël, qui venait de déclarer son indépendance. Contre toute attente, en dépit de pertes juives considérables, les Arabes ont perdu cette guerre. En 1953, Sayyid Qutb, théoricien (sunnite) des Frères musulmans, a invité à une conférence islamique à Jérusalem Navvâb Safavi, fondateur (chiite) des Fédayins de l’Islam.[14] Al Husseini participait aussi à cette conférence. Safavi a alors expliqué que la question d’Israël ne concernait pas seulement la Jordanie et l’Égypte, pays voisins d’Israël ; qu’elle concernait l’ensemble de la oumma, la communauté musulmane ; que la Palestine était un waqf, un bien sacré de l’islam et que la présence juive sur cette terre était absolument impossible. L’entente était telle entre Qutb et Safavi que les deux hommes ont fusionné leurs organisations. Qutb a fortement influencé les mollahs iraniens : Khamenei a traduit en perse des ouvrages de Qutb et en 1984, Khomeiny a fait imprimer un timbre iranien à l’effigie de Qutb (voir l’illustration).
L’idéologie islamo-nazie s’est propagée dans le monde musulman : dans les années 1970, le roi Fayçal d’Arabie offrait des exemplaires des Protocoles des Sages de Sion à ses visiteurs. En 2009, le prédicateur vedette d’Al Jazeera, Al Qaradawi, expliquait que Hitler exécutait un ordre divin en exterminant les Juifs, il souhaitait que les Musulmans reprennent le flambeau d’Hitler.[15] Les exemples sont innombrables.
Sous la pression de cette idéologie, au 20ème siècle, un million de réfugiés juifs ont dû quitter les pays arabes, où ils vivaient depuis des siècles, parfois avant-même les Arabes :
« On croyait que, en chassant les Juifs, le monde arabe enfin libre et indépendant serait heureux dans sa pureté raciale et religieuse retrouvée, l’antisémitisme n’ayant plus de raison d’être. Morte la bête, mort le venin. Que non pas, l’objet de la haine a disparu mais la haine est restée et s’est infectée. Ce n’est pas la présence du Juif qui gêne, c’est son existence. »[16]
Matthias Küntzel, spécialiste du nazisme, souligne que cet antisémitisme existait avant l’indépendance d’Israël, avant les accusations d’occupation, de colonisation, avant-même les guerres israélo-arabes. Il est lié au projet nazi des Frères musulmans, formulé dans leur propagande dès 1933. Leur antisionisme est un racisme et exterminateur.[17] Küntzel raconte comment la collaboration des Frères musulmans avec les nazis a été révélée : en 1939, au moment du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, les nazis du Caire avaient dû quitter précipitamment leurs locaux, abandonnant derrière eux des documents, qui ont aussitôt été récupérés par les services secrets britanniques. Les compte-rendus presque quotidiens de l’Ambassadeur des États-Unis au Caire ont aussi livré de très nombreuses informations.
Il ne faut pas se leurrer sur les intentions du slogan « la Palestine, du fleuve à la mer ». Entre le fleuve et la mer, il y a Israël. Le slogan signifie l’éradication d’Israël, et, pour beaucoup de ceux qui le scandent, le massacre des Juifs, dans les conditions dont on a vu un échantillon le 7 octobre 2023. De nombreuses personnes de bonne volonté sont abusées par les narratifs formulés par les Frères, notamment sur la ‘colonisation’ de la Palestine par les Juifs.
Conclusion : quelques dates de l’islamisme radical pour mater la révolte des dhimmis ?
Nous avons vu dans l’article les dates clé dans le développement de l’islamisme radical (ou islam politique) contemporain :
1928 : création du mouvement des Frères musulmans ;
1933 : alliance avec le parti nazi allemand et début de la grande expansion des Frères;
1939-1945 : pilonnage du monde musulman par une propagande antisémites grâce à Radio Berlin;
1948 : Défaite de l’attaque arabe contre Israël, et exode des réfugies arabes palestiniens sur incitation des Frères.
1979 : révolution iranienne, inspirée par le frérisme
Illustration : composée par Chat GPT à partir d’images disponibles sur wikimedia commons de Sayyed Qutb (au moment de son procès) et de Navvab Safavi
Reproduction autorisée à condition de citer la source (titre, Dhimmi Watch et lien).
[1] Bat Ye’or : ‘Parler du djihad et de la dhimmitude’ ; 7 octobre, une fracture française, les Unpertinents, 2025, page 75
[2] Valérie Toranian, ‘La Saga des chrétiens et des juifs en terre d’islam’, entretien avec Bat Ye’or, Revue des Deux Mondes, 1/12/2021, http://www.revuedesdeuxmondes.fr/la-saga-des-chretiens-et-des-juifs-en-terre-dislam/
[3] Portes ouvertes : 388 millions de Chrétiens exposés à de fortes persécutions et discriminations https://www.portesouvertes.fr/persecution-des-chretiens
[4] Dhimmi : Wikipedia https://fr.wikipedia.org/wiki/Dhimmi
[5] http://incarnation.blogspirit.com/files/Strat%C3%A9gieExtVFLR1.pdf et voir aussi : Malcolm Lowe, “les multiples formes de la dhimmitude”; Dhimmi Watch https://dhimmi.watch/2023/01/30/les-multiples-formes-de-la-dhimmitude-m-lowe/ et Florence Bergeaud Blackler ; https://dhimmi.watch/2023/02/02/la-strategie-de-lisesco-pourquoi-les-islamistes-sen-prennent-a-lecole-de-la-republique-f-bergaud-blackler/
[6] Catherine Kintzler : “Le terrorisme islamiste considère que l’école est à sa disposition et entend lui dicter sa loi”, Philosophie Magazine, 23 octobre 2020
[7] Shiryn Ghermezian ‘Jerusalem’s Grand Mufti Planned Construction of ‘Auschwitz-Like’ Crematorium in Israel”, The Algemeiner, 27/10/2025, https://www.algemeiner.com/2015/10/27/report-jerusalems-grand-mufti-planned-construction-of-crematorium-in-israel/
[8] “Homme-orchestre du nazisme renaissant, Johannes von Leers occupa de très nombreux postes officiels dans les administrations de la République Arabe Unie. Responsable national du “Service de propagande antisioniste.” Voir : ‘les amis de Rassinier’ https://phdn.org/negation/rassinier/leers.html
[9] Pierre-André Taguieff, “7 octobre, une fracture française”, Les unpertinents, 2025, page 85
[10] Emmanuel Razavi : Khomeiny pronazi, https://www.youtube.com/watch?v=5gfF4igllec
[11] Matthias Kuntzel, 2023: ‘Nazis, Islamic Antisemitism and the Middle East: The 1948 Arab War against Israel and the Aftershocks of World War II’; chapitre “What Was the Impact of the Radio Propaganda?”
[12] Ayatollah Khomeyni : Principes politiques philosophiques, sociaux et religieux (1970, Nadjaf) https://www.fnb.to/FNB/Article/Khomeyni/Khomeyni.htm
[13] Alexandre Feigenbaum : Il n’y a plus Hitler, mais Huseini reprend la lutte. Hérodote, 4/11/2023: https://www.herodote.net/club/_Il_n_y_a_plus_ni_l_Allemagne_ni_Hitler_mais_Husseini_reprend_la_lutte_-45.php
[14] Emmanuel Razavi : De Sayyid Qutb à Khomeini : comment les Frères musulmans ont inspiré l’islam politique chiite des Mollahs iraniens, Global Watch Analysis, 8/2/2024, https://global-watch-analysis.com/de-sayyid-qutb-a-khomeini-comment-les-freres-musulmans-ont-inspire-lislam-politique-chiite-des-mollahs-iraniens/
[15] Youssef Al Qaradawi, Wikipedia https://fr.wikipedia.org/wiki/Youssef_al-Qaradâwî
[16] Boualem Sansal : L’ antisémitisme arabo-musulman et la faillite du monde, Revue des Deux Mondes, octobre 2020, page 78
[17] André Larané, L’antisionisme est-il un antisémitisme ? Dhimmi Watch, 19/3/2026

