La communauté juive du Royaume-Uni dans la tourmente : le jeu de l’Iran ? (Esther Offenberg, K)
Au Royaume-Uni, la communauté juive est victime d’une vague d’attaques antisémites croissante depuis le 7 octobre. Leur enchaînement ces derniers mois alimente un profond sentiment d’insécurité, mais aussi de colère contre un gouvernement qui pêche par son inaction, et contre une société civile qui ne semble pas prendre la mesure du problème. Nous recommandons l’article complet de Esther Offenberg[1] dans la Revue K, qui suggère une influence des djihadistes iraniens. L’auteure ne le mentionne pas, mais il s’agit bien de dhimmitude. Celle-ci, comme dit Bat Ye’or, « ne se limite pas à un recueil de lois, elle intègre aussi des mœurs et des comportements. Il importe d’en reconnaître les signes et de les placer dans un cadre idéologique et civilisationnel. Autrement dit, ils ne surviennent pas par hasard, mais leurs répétitions quasiment quotidiennes sur différents théâtres révèlent une stratégie : celle du jihad. la dhimmitude. » L’article complet est en référence.
L’antisémitisme à l’âge de la violence sous-traitée
La majorité de ces attaques ont été revendiquées par un groupe se dénommant Harakat Ashab al-Yamin al-Islamia, déclarant agir au nom de la « Résistance islamique ». Le groupe a fait son apparition début mars, lorsqu’un engin explosif a été détecté près d’une synagogue à Liège, en Belgique. Depuis lors, il a revendiqué d’autres attaques en Belgique, aux Pays-Bas, en France et au Royaume-Uni. Cependant, la dernière attaque au couteau à Golders Green paraît assez éloignée du mode opératoire des attaques revendiquées ces deux derniers mois par Ashab al-Yamin, principalement des incendies volontaires . Il est donc très probable qu’ils n’en soient pas les auteurs.
Bien que les origines de ce groupe et ses véritables commanditaires restent obscurs, Ashab al-Yamin est traité comme un « proxy fantôme » de l’État iranien ; ce qui accréditerait l’idée qu’une « guerre hybride » est menée, c’est-à-dire d’un recours simultané et interchangeable à des leviers violents et criminels locaux pour semer la peur, le chaos et le doute. Comme le modèle de direction et d’adhésion à ce genre de groupes est flou, voire inexistant, ces attaques semblent avoir été commises selon un modèle de « violence à la demande » : les auteurs auraient été contactés via les réseaux sociaux ou des messageries chiffrées et mandatés pour perpétrer ces actes, probablement contre rémunération. Cela signifie que l’intimidation, le danger et l’agression seraient sous-traités à des criminels inexpérimentés, qui souvent ignorent même qui ils frappent ou pourquoi, et agissent en partie par appât du gain. Cela nous amène à porter notre regard sur l’image d’ensemble que dessine ce modèle décentralisé de la haine : un monde occidental qui doit reconnaître que la guerre ne se caractérise plus uniquement par des bombardements à ciel ouvert et des armées nationales mobilisées, mais aussi par une montée en puissance lente et inquiétante des menaces, des campagnes de désinformation et des attaques soudaines. Pour l’instant, elles visent principalement la communauté juive – instrumentalisant l’atmosphère surchauffée qu’ont engendrée deux ans de débats, de manifestations, d’exclusions et d’hostilité autour de la Palestine et d’Israël, ainsi que l’ignorance et la haine que ce contexte a fait remonter à la surface.
La communauté juive a été contrainte de s’appuyer sur ses propres structures pour assurer sa protection plutôt que sur l’État.
Le Corps des gardiens de la révolution islamique iranienne (CGRI)10 n’a pas encore été inscrite sur la liste des organisations terroristes par le gouvernement britannique – même si l’UE n’a pas non plus fait preuve d’un grand activisme sur ce point, n’ayant placé le CGRI sur sa liste terroriste que cette année, en février. Au Royaume-Uni, la communauté juive, des experts et des parlementaires de tous bords politiques réclament cette désignation depuis des années. À la suite de la série d’attaques incendiaires, le Premier ministre Keir Starmer a promis que cette législation serait enfin présentée dans les prochaines semaines. Mais même avec une telle interdiction, rien ne garantit qu’elle produise un changement substantiel : la nature décentralisée des groupes qui dépendent du CGRI signifie qu’ils pourraient simplement se reformer sous un autre nom ou trouver un autre moyen d’agir. Dans l’intervalle, qu’elles soient ou non efficaces à long terme, ces formalités doivent néanmoins être accomplies, ne serait-ce que pour réaffirmer un message politique fort et renforcer les stratégies de lutte contre l’extrémisme.
Les dérives de la gauche
Depuis des années, les électeurs juifs de gauche peinent à trouver un foyer politique : le Parti travailliste avait perdu une grande partie de la faveur dont il jouissait depuis des décennies au sein de la communauté juive – lors des années Corbyn et du climat résolument antisémite qu’elles avaient révélé au sein du parti14. Bien que le Parti travailliste de Starmer ne soit plus traversé par ces courants souterrains, il n’est pas perçu comme faisant preuve d’un leadership fort dans l’exercice du pouvoir. Pour certains, les Verts ont pu représenter une alternative. Au début du mandat de Polanski, la curiosité et les attentes suscitées par une voix juive progressiste et fière semblaient promettre une bouffée d’air frais. Son parcours récent, ainsi que celui du Parti vert, ont toutefois suscité une profonde déception et détourné de nombreux électeurs juifs.
[1] https://k-larevue.com/?utm_campaign=k.%20270&utm_medium=email&utm_source=Mailjet
Illustration Map of the expulsions of Jews from European territories between 1100 and 1600. Sources: http://fcit.usf.edu/HOLOCAUST/gallery/expuls.htm and https://web.archive.org/web/20091026134849/http://www.geocities.com/Athens/Cyprus/8815/chrono.html Wikimedia commons https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Christianity_and_antisemitism#/media/File:Expulsion_judios-en.svg

