Boualem Sansal : le combat continue.
Le Figaro, avec Alexandre Devecchio publie des extraits du livre de Boualem Sansal, à paraître : la Légende. Nous reprenons ici de courts extraits de cet article et de la présentation en ligne du livre. Boualem Sansal est membre du Comité d’Honneur de Dhimmi Watch.
On peut réduire un écrivain au silence par la censure. On peut aussi tenter de le réduire par l’ostracisme, par le soupçon, par l’intimidation symbolique. Aujourd’hui encore, il n’y a pas que les États pour brimer une parole. Il existe des tribunaux d’opinion. Des coalitions morales. Des orthodoxies impatientes. La liberté d’expression ne se heurte pas seulement aux prisons. Elle se heurte aux meutes. J’ai eu mes deux parts, je me suis heurté aux murs de la prison et aux cris des meutes…
… Je l’avais bien compris : ce qui se jouait dépassait ma personne. C’était une libération politique tripartite observée par la communauté internationale. Une sortie négociée, obtenue à la demande personnelle du président allemand, sous condition du retrait volontaire, silencieux et honteux de la France, en la forme la plus acceptable pour le roi Tebboune, maître incontesté du jeu : non pas une reddition, non pas une réponse favorable à Macron ou à Tartempion, mais un geste d’humanité bienveillant. Chez lui, le geste d’humanité est un privilège césarien qui du pouce épargne ou achève ses esclaves.
[Boualem évoque ainsi son comité de soutien] : une entité combattante multiforme, autonome, mobile, animée par une phalange solaire : Noëlle Lenoir, Arnaud Benedetti, Jean-Michel Blanquer, Kamel Bencheikh, Xavier Driencourt… Ah, comme j’aurais voulu combattre à leurs côtés, faire des discours enflammés à la tribune, rompre des lances contre les tyrans et l’armée des idiots utiles !
Mon livre n’est pas un inventaire. Encore moins un règlement de comptes. C’est un déplacement de paradigme. On parle de justice et de vérité, pas de diplomatie et de commerce… Deux lignes, deux combats. L’une mène à la diplomatie, à la négociation, et fait de moi un otage dont on marchande la peau, l’autre à l’affrontement qui fait de moi ce que je suis et ce que je veux rester, un homme libre qui se bat pour sa liberté quelles qu’en soient les conséquences. La première l’a emporté et j’ai été gracié, donc diminué, mais moi, au nom de mes principes et de mes engagements, j’ai opté pour la deuxième. Le combat continue.
(paru dans Figaro Vox du 28 mai 2026 https://www.lefigaro.fr/vox/culture/ce-livre-est-un-combat-pour-la-liberte-d-expression-lisez-en-exclusivite-les-extraits-de-la-legende-dernier-ouvrage-de-boualem-sansal-20260528)
Extrait de la présentation en ligne :
« Un jour, on découvre que l’on vit dans un monde inversé – où la vérité dérange, où la justice inquiète, où la liberté fait peur.
C’est dans ce «pays des miracles » que mon histoire commence. Ou peut-être qu’elle finit.
J’ai compris que cette histoire ne m’appartenait pas. Elle circulait sans moi. Elle est née dans la tête du grand magistrat, elle est passée par un tribunal d’exception, par la prison, par les médias des cinq continents, elle s’est chargée des colères et des espoirs des uns et des autres. A aucun moment elle n’est passée par moi.
Mon récit me permet de me réapproprier la légende,

