L’esclavage : l’abolition, et après ? (partie 1) (Klod Frydman)
L’esclavage est non seulement criminel. Mais c’est aussi un enjeu idéologique. L’esclavage par des pays islamiques semble tellement tabou qu’une loi mémorielle française évite d’en parler ! Klod Frydman fait un panorama complet, en plusieurs articles.
Depuis le décret du 31 mars 2006, publié au Journal Officiel de la République Française le 1er avril 2006, le 10 mai est la date fixant la commémoration annuelle de l’abolition de l’esclavage. Le 10 mai est la journée de cohésion nationale au cours de laquelle les valeurs universelles de la République sont à réaffirmer.
La loi Taubira rappelle que l’esclavage et la servitude sont des atteintes à la dignité humaine qui nient le libre-arbitre des femmes et des hommes et remettent en cause les principes républicains. Mais cette loi et la commémoration effacent les deux tiers de ce crime, à savoir : la traite intra-africaine et la traite orientale, arabo-musulmane. Dans quel but ?
L’antiquité
Depuis la plus haute antiquité, partout dans le monde on a pratiqué l’esclavage. L’esclavagea été défini très tôt sur le plan juridique. Le code d’Hammourabi[1] gravé en cunéiforme sur une stèle vers 1750 avant notre ère, à Babylone, en précise les règles.
Les conditions de vie des esclaves selon les époques et les pays, ont été souvent très dures, parfois plus clémentes, jamais humaines. Il existe plusieurs façons de tomber en esclavage. Il y a la guerre : les vainqueurs réduisent à l’esclavage les populations vaincues considérées comme butin ; il y a la piraterie et les razzias, les hommes et femmes sont enlevés pour être vendus ; il y a les abandons d’enfants dont une grande partie devient esclave et il y a l’esclavage pour dette quand le débiteur se vend pendant un temps limité pour rembourser sa dette.
L’Europe
On sait peu qu’en Europe occidentale[2], l’esclavage a survécu au passage de l’Antiquité au Moyen Âge. La plupart des historiens, jusqu’aux années 1960, considéraient qu’il avait disparu avec l’empire romain. Ils reviennent maintenant sur cette erreur[3]. L’esclavage a sévi en Europe occidentale jusqu’au 18ème siècle.
Un peu partout le servage a progressivement remplacé l’esclavage. L’homme appartient à la terre qu’il travaille, la terre appartient au seigneur. Cela ne change pas grand-chose, mais le serf jouit d’une personnalité juridique et peut se marier. Le maître a tout à y gagner. Au lieu d’avoir à nourrir tout au long de l’année une main-d’œuvre dont l’utilité est saisonnière, il peut abandonner à ses serfs le soin de se nourrir et, de plus, comme ils se reproduisent, la charge financière de devoir remplacer les malades et les morts n’existe plus. Le servage a, lui, subsisté en Europe jusqu’à la moitié du 19ème siècle.
L’Afrique
L’esclavage était depuis l’antiquité une pratique courante et banale dans les civilisations africaines. Les différents empires[4] l’ont pratiqué à des degrés divers. Parmi les esclaves, il y avait des noirs provenant des populations soumises, et aussi des blancs achetés à des trafiquants arabes.
L’esclavage, constitue le plus grand déplacement forcé de population que l’humanité ait vécu. Les esclaves étaient capturés par des Africains et vendus aux négriers européens et arabes. La traite n’aurait jamais pu avoir lieu sans l’aide des Africains eux-mêmes. « L’Islam a ouvert le marché, l’Europe l’a suivi, l’Afrique a été victime et complice ».[5] Le système triangulaire[6] exportait les esclaves d’Afrique vers l’Amérique en passant par l’Europe et importait le sucre, l’or et le tabac. Les esclaves étaient transportés dans les bateaux négriers, entassés dans la cale, dans des conditions proches des wagons plombés des nazis. Le voyage durait deux à trois mois. Beaucoup mourraient de faim, de soif, de maladies ou des nombreux suicides. Arrivés à destination les attendaient le travail forcé avec le racisme, les humiliations, les violences physiques et morales, les chaînes, les tortures, les mutilations. L’espérance de vie des esclaves était de quinze ans.
Les Antilles
Dès la colonisation des Antilles à la fin du 17ème siècle, il y eut deux populations qui émigrèrent dans les iles, les colons et les engagés. Tous étaient des blancs, les engagés étaient des roturiers miséreux venus des provinces de France avec un engagement de trois ans dans l’espoir de s’installer sur place et d’y faire fortune.
Les esclaves importés par la suite de l’Afrique noire étaient traités comme des objets de commerce. Sans durée d’engagement limitée et sans droits, ils étaient plus « avantageux » que les petits blancs.
L’esclavage a été aboli en France en 1793 sous la Révolution, par une loi déposée par l’abbé Grégoire. Il a été rétabli par Napoléon Bonaparte en 1802. Le Général Richepance fut envoyé en Guadeloupe pour rendre leur condition aux esclaves. Le colonel Louis Delgrès, mulâtre qui s’était illustré dans les combats de la République, a soulevé les esclaves contre les nouvelles lois. Après d’intenses combats, inférieurs en nombre et en équipement, assiégés sans issue au fort du Matouba à Basse-Terre, Delgrès et 300 insurgés se firent sauter avec le fort plutôt que retomber en esclavage. Cet épisode est appelé le Massada de Guadeloupe. Le tombeau de Jaurès au Panthéon porte cette inscription : « A la mémoire de Louis Delgrès/ Héros de la lutte contre le rétablissement de l’esclavage à la Guadeloupe / Mort sans capituler avec trois cents combattants au Matouba en 1802 / Pour que vive la liberté ».
Aux Etats-Unis
Les Etats Unis ont interdit la traite en 1808, mais l’esclavage fut aboli progressivement ; le Vermont en 1777, la Pennsylvanie en 1780, etc. Il fut aboli définitivement par le Traité d’Emancipation en 1863, pendant la guerre de Sécession. Les raisons de cette guerre étaient à l’origine économiques entre un Nord industriel et un Sud agricole. Partisan modéré de l’abolitionnisme, Abraham Lincoln proclama l’émancipation pour déstabiliser les Etats confédérés. Cent quatre-vingt mille noirs dont une moitié d’esclaves libérés ont combattu pendant la guerre de Sécession dans l’Armée de l’Union Nordiste, qui combattait l’Armée du Sud, l’Armée des États confédérés.
A suivre : les besoins en esclaves, le monde arabo-musulman, le Proche-Orient, l’abolition, combien de victimes.
[1] Conservée au musée du Louvre
[2] Christian Delacampagne – Histoire de l’esclavage – 2007 – Le livre de poche
[3] Grâce aux travaux de Marc Bloch et de Charles Verlinden
[4] Ghana, Mali et les empires Songhaï et Zoulou
[5] Engelbert Mveng (prêtre, philosophe et historien) – Histoire du Cameroun – 1963 – ed. Présence Africaine.
[6] Système triangulaire : Afrique, Europe, Amérique. Plusieurs musées en France consacrent des expositions à l’esclavage, en particulier dans les villes qui faisaient ce trafic comme Nantes et Bordeaux.
Illustration : Emblème de la British ant-slavery Society (1795) https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Slavery#/media/File:Official_medallion_of_the_British_Anti-Slavery_Society_(1795).jpg
Reproduction autorisée, à condition de mentionner la source comme suit : « L’esclavage : l’abolition, et après ? (partie 1)” (Klod Frydman), Dhimmi Watch, 10 Janvier 2026, https://dhimmi.watch/2026/01/10/lesclavage-labolition-et-apres-partie-1-klod-frydman/

