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Antisémitisme et racisme anti-kabyle : le mal algérien, partie 2, 2025-2026 (Charlotte Touati, Chawki Benzehra)

Mar 1, 2026

Antisémitisme et racisme anti-kabyle : le mal algérien, partie 2, 2025-2026 (Charlotte Touati, Chawki Benzehra)

Depuis le 7 octobre 2023, la rhétorique islamiste en Algérie s’habille des atours de la cause palestinienne, mais il ne faut guère s’y tromper, cet antisionisme est de l’antisémitisme. De surcroît, l’extension du terme « sionistes » comme insulte pour attaquer les Kabyles révèle en fait un rapport complètement faussé à l’histoire des territoires algériens, à la judaïté et à la berbèrité. Alger ayant fait de la rente mémorielle contre la colonisation française le seul ciment de la nation, la reconnaissance de la colonisation arabo-musulmane de l’Afrique du Nord est perçue comme une menace existentielle. La discrimination a frappé notamment l’avocat de Boualem Sansal.

Les Juifs ne sont plus les bienvenus : François Zimmeray et Haim Korsia :

Les Juifs d’Algérie ont presque tous quitté l’Algérie après l’indépendance en 1962. Il n’y a pas eu de décret officiel, mais chacun sait que sa sécurité ne peut plus être assurée dans le pays. Des affaires récentes montrent bien que les Juifs ne peuvent simplement plus fouler le sol algérien.

Après l’arrestation de Boualem Sansal à Alger le 16 novembre 2024, l’agence de presse officielle algérienne (APS) a publié une dépêche qui n’est plus accessible sur leur site et qui qualifie la France de « Macronito-sioniste » qui « n’a toujours pas déclaré au monde si elle a la souveraineté nécessaire de pouvoir arrêter Benjamin Netanyahu ». Dans un pays où même le système éducatif ne fait aucune distinction entre les termes « sioniste » et « juif », le soubassement antisémite est limpide dans cette dépêche qui utilise aussi des éléments de langage comme « lobby haineux », « leur ami génocidaire Netanyahu » ou encore « le naturalisé par décret, Eric Zemmour ».

L’écrivain avait choisi l’avocat français François Zimeray pour assurer sa défense, mais ce dernier n’a jamais obtenu de visa. Des pressions ont été exercées pour « encourager » Sansal à prendre un avocat non juif. L’affaire dépasse ainsi la seule situation individuelle pour poser la question de l’accès effectif à la défense dans les affaires sensibles et de la manière dont des considérations identitaires ou politiques peuvent interférer avec des garanties juridiques de base.

Quelques mois auparavant, c’est Haïm Korsia, grand rabbin de France, qui a raté son rendez-vous avec l’Algérie. Ayant des racines à Oran et Tlemcen, Haïm Korsia a exprimé à plusieurs reprises sa volonté de se rendre en Algérie pour visiter des lieux de mémoire juive, notamment les cimetières juifs et les tombes d’ancêtres, ainsi que pour engager un dialogue sur la préservation de ces sites. Le voyage était prévu en 2022. Il devait intégrer la délégation accompagnant Emmanuel Macron, mais sa venue fut annulée. Raison officielle : test positif au covid-19.

Le rabbin cherchait des appuis institutionnels pour préserver le patrimoine historique juif dont il déplorait le délabrement. Le sort réservé à la synagogue de Bab el-Oued indique que de tels soutiens sont chimériques.

Le patrimoine juif détruit, une présence effacée

La synagogue Chaloum Lebhar, érigée en 1894 dans le quartier populaire de Bab El Oued à Alger, a disparu le 11 octobre 2025 sous les pelleteuses des autorités locales, suscitant une émotion internationale. Construite sur un terrain offert à la communauté juive par Chaloum Lebhar, qui lui a donné son nom, cette maison de culte pouvait accueillir jusqu’à 500 fidèles et représentait l’un des derniers lieux de mémoire visibles de la communauté juive d’Alger, l’une des plus nombreuses d’Afrique du Nord. Laissé à l’abandon après 1962, il fut laissé à l’abandon malgré des tentatives de descendants de Juifs algériens pour classer l’édifice comme patrimoine historique. Ces démarches, soutenues diplomatiquement, n’ont pas empêché la destruction de la synagogue. En l’absence de communauté encore présente, elle était l’un des derniers supports concrets d’une mémoire algérienne plurielle.

Le bouclage des éditions Frantz Fanon

La mémoire et son écriture sont à présent même criminalisées. Les éditions Frantz Fanon, maison indépendante installée à Alger et connue pour publier des essais critiques, des travaux historiques et des textes engagés, ont publié en 2023 l’ouvrage de Hédia Bensahli intitulé fort pertinemment L’Algérie juive, l’autre que je connais si peu, présenté comme un travail de mémoire et de restitution historique sur la vie juive avant 1962. Le livre a suscité des réactions hostiles, accusant l’auteure et son éditeur de remettre en cause le récit dominant centré sur la guerre d’indépendance et l’identité arabo-musulmane.

La maison d’édition a ensuite fait face à des pressions administratives et politiques : difficultés de diffusion, obstacles bureaucratiques, surveillance accrue, et climat défavorable rendant l’activité éditoriale difficile, jusqu’à sa fermeture. Son directeur, Amar Ingrachen, est actuellement sous contrôle judiciaire.

Au-delà du cas précis, cette histoire est surtout le symptôme d’une difficulté plus large : publier sur certaines strates de l’histoire algérienne, notamment juive, berbère ou liées aux pluralités religieuses (les chrétiens de Kabylie), est impossible actuellement en Algérie car ces thèmes touchent aux fondements symboliques du récit national.

Haine en ligne

Les réseaux sociaux ont aujourd’hui largement débordé les espaces de réflexion traditionnels (édition, presse). Il devient donc urgent de suivre ce qui s’y diffuse, malgré le barrage linguistique, de nombreux messages antisémites étant exprimés en dialecte algérien.

« Ouvrez les frontières. « On niquera les Juifs », il s’agit de la traduction d’un slogan que même certains militants du Hamas à Gaza hésiteraient à reprendre, et qui a été entonné à Paris le 8 avril 2025 à la sortie de la station de métro Barbès-Rochechouart par une foule composée de clandestins algériens en marge d’une manifestation pro-Palestine dans l’indifférence médiatique la plus totale et en face de policiers n’ayant pas réagi vu que c’était dans un dialecte qu’ils ne maîtrisent pas.

Il s’agit pourtant d’une dérive assez grave, car on assiste à l’importation d’un antisémitisme décomplexé depuis l’Algérie, où le « Juif » dit aussi « sioniste » est désigné comme à l’origine de tous les maux et de tous les complots et où la haine du Juif commence à l’école. Une vidéo devenue virale pendant la Coupe d’Afrique 2025 au Maroc montre cette face cachée du système éducatif algérien : on voit une enseignante qui a elle-même filmé la scène et l’a postée sur sa page Facebook poser une question à des élèves sur la raison qui les pousse à ne pas supporter l’équipe marocaine avant qu’un élève lui réponde « Ce sont des juifs, ils méritent la défaite » sans aucune réaction de l’enseignante qui esquisse un sourire.

Il est important de comprendre qu’en Algérie la source du complotisme est institutionnelle, et il suffit encore une fois de lire les dépêches de l’agence de presse officielle algérienne pour le constater. Ainsi celle du 25 novembre 2025 où l’on peut lire : « Le Maroc avait accepté de comploter avec l’entité sioniste contre les pays arabes ». Une haine peut en cacher une autre dans les institutions algériennes, et l’une de ces formes de haine qui se cache derrière l’antisémitisme institutionnel et la haine des Marocains, notamment depuis le rétablissement des relations diplomatiques entre Israël et le Maroc.

Pour revenir au slogan repris à Paris « Ouvrez les frontières. On niquera les Juifs » qui a muté dernièrement vers « on niquera les Marocains et les Juifs », et qui a été repris à Lyonen janvier 2026, il trouve son origine dans les stades algériens d’abord repris par des ultras des clubs algérois, notamment l’USM Alger après l’attaque terroriste du 7 octobre 2023 perpétrée par le Hamas et qui a été très largement saluée au sein de la société algérienne, mais aussi des Algériens de France ; le rêve des jeunes Algériens qui trouvent dans les stades le seul moyen de s’exprimer est de venir en Europe et principalement en France, car, même s’agissant du soutien à la Palestine, le régime n’autorise pas les marches de solidarité par peur d’un dévoiement des slogans pro-Palestine vers des slogans visant le régime algérien. Il n’est pas étonnant que les slogans antisémites repris par les supporters algériens après le massacre du 7 octobre se retrouvent aujourd’hui en France.

Les Kabyles sont les nouveaux Juifs.

Derrière l’antisémitisme institutionnel en Algérie, il y a aussi la Kabylie qui est visée par des discours anti-kabyles ou parfois, par association complotiste, avec Israël ou le Makhzen (monarchie marocaine) ; l’irrédentisme de cette région, qui n’a cessé de lutter contre la dictature, mais aussi son vivre-ensemble ancestral, ont toujours fait qu’elle a été visée par des discours haineux, mais aussi par une répression meurtrière, comme ce fut le cas lors du Printemps noir en 2001, où 128 jeunes kabyles ont perdu la vie.

Le déclenchement du Hirak le 22 février 2019, mouvement de contestation qui a provoqué la chute d’Abdelaziz Bouteflika, a vu les soutiens du pouvoir viser la Kabylie avec des discours racistes autour d’un projet dénommé « zéro Kabyle » et avec l’aval des autorités. Le porte-voix était une députée à l’Assemblée nationale algérienne du nom de Naima Salhi ; on l’entend, dans l’une de ses nombreuses vidéos, dire : « Tout le monde doit faire attention à ce danger… à cette colonisation zouave », en montrant une vidéo d’une marche en Kabylie, avant d’ajouter : « Regardez, le drapeau zouave est prédominant ».

Le terme « Zouave », utilisé pour désigner les Kabyles comme des traîtres à la nation, a pris une telle ampleur qu’il est passé plusieurs fois sur la télévision publique algérienne, avant que l’idée de la députée Naima Salhi ne soit reprise par le chef d’état-major de l’armée, Ahmed Gaïd Salah, qui a annoncé, le mercredi 19 juin 2019, que seul le drapeau algérien serait toléré dans les manifestations du Hirak. Les forces de sécurité ont alors commencé à interpeller toute personne qui brandissait le drapeau berbère lors des marches du vendredi, notamment à Alger, ce qui était difficilement applicable en Kabylie. « Zouave », utilisé pour viser le Kabyle, est devenu l’équivalent de « sioniste » pour viser le « Juif ».

Et il y a une association ancienne. « Zouave » est la francisation de Zwâwa ou Igawawen en kabyle désignant une confédération de tribus du Djurdjura qui fournissait dès le 16ᵉ s. des mercenaires très redoutés. Après la prise d’Alger, le général Clauzel crée officiellement le corps des zouaves le 1ᵉʳ octobre 1830 avec une proportion notable de Zwâwa, mais le 8 septembre 1841, une ordonnance restreint le recrutement aux Européens et surtout aux Juifs (alors qu’ils ne sont pas encore citoyens français). Ces derniers formeront entre 20 et 25 % des effectifs. Le terme est resté dans l’inconscient collectif algérien pour désigner la duplicité.

Après des incendies en Kabylie déclarés comme criminels par le régime algérien, un communiqué du 18 août 2021 de la présidence algérienne parle du « MAK qui reçoit le soutien et l’aide de parties étrangères, en tête desquelles le Maroc et l’entité sioniste » et ordonne l’éradication du mouvement. La stratégie de diabolisation est claire : le régime déclare le Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie comme mouvement terroriste en l’associant au Maroc et à Israël, afin d’isoler cette région qui était alors le dernier bastion de résistance, avec des marches hebdomadaires du Hirak et un mouvement indépendantiste, le MAK, de plus en plus actif.

Depuis l’été 2021, la stratégie du régime algérien pour diaboliser la Kabylie est la même : l’associer, à travers le MAK, à Israël en parlant d’« entité sioniste ». Dans l’imaginaire collectif algérien, cela est souvent perçu comme l’existence d’un « complot juif » contre l’Algérie, utilisant les Kabyles ; l’agence de presse officielle algérienne titre ainsi, dans sa dépêche du 2 décembre 2025, « Défections en série au sein de l’organisation terroriste « MAK » instrumentalisée par des cercles hostiles à l’Algérie », avant de parler de « complots ourdis par des cercles marocains et sionistes afin d’influencer les décisions souveraines de l’Algérie ».

Sur les réseaux sociaux, les Kabyles s’exprimant de manière critique face à la politique algérienne sont systématiquement appelés « sionistes » avec une intention infamante.

Sociologiquement, il est intéressant de constater que depuis le départ des Juifs d’Algérie dans les années 60, le bouc émissaire est devenu le Kabyle qui doit à son tour disparaître, parce qu’il est le grain de sable dans la mécanique d’arabisation et d’islamisation du pays, la mémoire amazighe vivante, le pluralisme, qui contredit le récit national monolithique forgé après 1962.

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