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L’antisionisme est-il un antisémitisme ? (André Larané, Hérodote)

Mar 19, 2026

L’antisionisme est-il un antisémitisme ? (André Larané, Hérodote)

Depuis le 8 octobre 2023, les manifestations et les imprécations contre Israël se multiplient dans le monde. Nous donnons ici la parole à André Larané qui, sur le site Hérodote qu’il anime, s’interrogeait en novembre 2023 sur la stigmatisation des Juifs dans le monde et sur la porosité entre antisionisme (refus de l’existence d’un État juif, pourtant agréé par l’ONU) et antisémitisme (haine des Juifs).[1] Ci-dessous un extrait de son article…

Le sionisme est un mouvement politique apparu dans les années 1880 au sein des communautés juives d’Europe centrale. Son nom, inventé en 1886, fait référence à Sion, une colline de la Jérusalem biblique. Il prône le retour des Juifs en Terre promise, en réaction à la montée de l’antisémitisme moderne qui prétend chasser les Juifs de la sphère publique, voire les exterminer. Cet antisémitisme ne se satisfait pas de leur conversion ou de leur soumission, à la différence de l’antijudaïsme médiéval, qu’il fut chrétien ou musulman.

Il y a aussi des Juifs antisionistes

Sitôt qu’il est né, le sionisme a suscité l’antisionisme… Ces premiers antisionistes étaient des Juifs hostiles à l’idée d’un retour à Jérusalem et qui préféraient dans toute la mesure du possible s’insérer dignement dans leur patrie de naissance.

Il y avait parmi eux des Juifs bien intégrés dans les sociétés d’Europe occidentale. Il y avait également des Juifs de Lituanie, de Pologne et de Russie qui militaient au sein du Bund (Union générale des travailleurs juifs) pour l’édification du socialisme. Les uns et les autres allaient attester de leur patriotisme pendant la Grande Guerre.

Mais les pogroms (dico) et surtout l’exacerbation de l’antisémitisme après la Grande Guerre dans toute l’Europe centrale (Pologne, Allemagne, pays baltes, etc.) allaient affaiblir cet antisionisme primitif tandis que progressait la colonisation juive en Palestine.

Naissance de l’antisionisme moderne

“Palestine” est le nom donné par les Romains à leur province de Judée après qu’ils eussent écrasé dans le sang la dernière révolte juive et chassé les récalcitrants en 135. Dès lors, le territoire situé entre le Jourdain et la Méditerranée se fondit dans les empires successifs (byzantin, arabe, ottoman) et ne fit qu’un avec la Syrie et la Transjordanie voisines (sauf pendant la brève période des croisades).

Les premiers sionistes achetèrent des terres sur le littoral marécageux et dans le désert du Néguev. Ils évitèrent les montagnes de Samarie et de Judée (Cisjordanie), habitées de longue date par des Arabes de confession musulmane ou chrétienne ainsi que par des Juifs (environ 25 000). Dans les villes qui naquirent sur les bords de la Méditerranée, ils firent appel à une main-d’œuvre musulmane venue de Syrie.

À mesure que l’immigration sioniste prit de l’ampleur, l’hostilité monta dans les milieux musulmans, attisée dès les années 1920 par le Grand Mufti de Jérusalem Amin Hussein al-Husseini. Le chef religieux réactiva l’antijudaïsme musulman en suscitant des attentats et des pogroms. Quand Hitler prit le pouvoir, le Grand Mufti ne craignit pas d’afficher son identité de vue avec le Führer et se plut à le rencontrer.

Après la chute du nazisme et la révélation de toutes les horreurs de la shoah, la nouvelle Organisation des Nations Unies (ONU) profite d’un rare moment d’unanimité en pleine guerre froide pour voter le 29 novembre 1947 le partage de la Palestine entre deux États,[2] l’un juif, l’autre arabe. Ainsi, pour la première fois depuis deux mille ans, les Juifs et les Arabes de Palestine se voient les uns et les autres accorder un État souverain au sein d’une zone douanière commune. Il est prévu que le secteur de Jérusalem et Bethléem doit obtenir un statut international.

La part concédée aux colons sionistes ne paie pas de mine. Elle est réduite pour l’essentiel à la région littorale et au désert du Néguev. Tout juste libérés de la tutelle coloniale britannique, les États arabes avoisinants – Syrie, Transjordanie, Irak, Liban et Égypte – n’en rejettent pas moins le plan et annoncent leur intention de rejeter les Juifs à la mer. Sitôt que David Ben Gourion proclame le 14 mai 1948 la naissance de l’État d’Israël, les armées arabes se ruent donc à l’assaut de celui-ci avec l’intention clairement affirmée de détruire l’État hébreu et de rejeter ses habitants juifs à la mer.

C’est la naissance de l’antisionisme moderne. C’est aussi le début d’un conflit condamné à ne jamais finir. Il est nourri par la décision par l’ONU, en 1949, d’accueillir ad vitam aeternam dans des camps de réfugiés tous les Arabes qui auront fui l’État d’Israël ainsi que leurs descendants. Une organisation, l’UNRWA, est créée à cet effet.

La décision est unique dans les annales du droit international. En effet, dans les autres conflits, quels qu’ils soient, les réfugiés de guerre se voient accorder la possibilité de refaire leur vie rapidement dans un pays à leur convenance. Ainsi en est-il encore aujourd’hui avec le Donbass (Ukraine) ou le Haut-Karabagh, dont la population arménienne, établie là depuis plusieurs millénaires, a pu être chassée sans que quiconque s’en émeuve.

Le refus tant par les États occidentaux que par les États arabes d’accueillir les réfugiés palestiniens, à l’origine de l’imbroglio palestinien, témoigne du traitement spécial réservé à l’État d’Israël, en dépit de sa légitimité onusienne.

Les Juifs sont-ils des humains comme les autres ?

À côté de l’antisionisme brutal apparu en Palestine, l’Occident a développé dans les années 1970, après l’attentat terroriste des Jeux Olympiques de Munich, un antisionisme plus doux (du moins en apparence). Il prône la création d’un État palestinien unique au sein duquel les Musulmans (très majoritaires) concèderaient la citoyenneté aux chrétiens et aux Juifs… tout en interdisant à tout autre Juif de s’établir en Terre promise (ce serait l’abolition de la « loi du retour »).[3]

Quoi qu’il en soit, la fin du XXe siècle a été marquée par une lente acclimatation de l’État d’Israël dans l’environnement moyen-oriental. C’est au point même que les représentants de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) ont pu signer, le 13 septembre 1993, les accords d’Oslo avec le Premier ministre israélien, reconnaissant de ce fait même l’existence de l’État juif.

C’était il y a trente ans et l’on pouvait espérer aboutir à l’établissement de deux États conformément au plan initial de l’ONU. Las, cet espoir s’est éteint sous la poussée des extrémistes religieux dans les deux camps.

Le Premier ministre Itzhak Rabin, signataire des accords d’Oslo, a été ainsi assassiné par un fanatique juif le 4 novembre 1995, cependant que la pression des micro-partis religieux en faveur d’une colonisation de la Cisjordanie tendit les rapports entre l’Autorité palestinienne et l’État hébreu.

Le rejet persistant d’un État juif

Dans le monde islamique, tous les mouvements islamistes persistèrent à vouloir détruire l’État d’Israël et rejeter les Juifs à la mer. À la suite d’élections en 2006, le Hamas évinça l’Autorité palestinienne de la bande de Gaza. Armé et soutenu par la République islamique d’Iran, il plaça la population du petit territoire sous sa férule.

C’est ainsi qu’on en est venu au pogrom du 7 octobre 2023. Les tueurs du Hamas ont ce jour-là pris soin de filmer leurs crimes dans toute leur inhumanité. C’est un fait inédit et lourd de signification : jusque-là, du moins en Occident, les criminels et terroristes avaient toujours eu un soupçon de mauvaise conscience, y compris les nazis qui ont toujours pris soin de cacher leurs forfaits !

Confronté à un défi existentiel, Israël a réagi en attaquant les bases du Hamas, installées au cœur même de la ville de Gaza. Par un fait lui aussi inédit dans les annales militaires, Tsahal (l’armée israélienne) a prévenu les civils gazaouis d’évacuer autant que faire se peut la ville et de gagner la zone sud de la bande. Il semble que la population en ait été empêchée par les hommes du Hamas qui l’ont réduite au statut de « bouclier humain » de sorte que les bombardements israéliens ont conduit à de lourdes pertes civiles.

Scandaleux comme tout acte de guerre et discutables d’un point de vue stratégique et militaire, ces bombardements ont suscité des manifestations de protestation dans le monde entier, y compris même en Israël ! Mais parmi les protestataires, y compris en Occident, il s’en est trouvé pour dénier à Israël le droit de se défendre, reconnu à tous les autres États. Où étaient ces protestataires quand les États-Unis ont mis à feu et à sang l’Afghanistan et le Moyen-Orient à la suite des attentats du 11-Septembre qui, si odieux qu’ils fussent, ne menaçaient en rien leur existence ? Se souvient-on qu’il y ait eu des protestations lorsque les Anglo-Saxons ont bombardé les villes allemandes ou japonaises pendant la Seconde Guerre mondiale, sans motif stratégique, « seulement » pour tuer un maximum de civils et terroriser la population ?…

Face au drame qui se joue à Gaza et menace d’entraîner la région et le monde dans un nouveau cataclysme, chacun est encore à la recherche d’une solution politique qui préserverait le droit à l’existence d’Israël et de ses habitants tout en offrant aux Arabes de Palestine un meilleur sort que la relégation et le bagne.

Craignons tout autant le retour de l’antisémitisme en Occident, un mal que l’on croyait en voie d’éradication depuis la libération des camps en 1945. Il est troublant en effet que le soutien aux Arabes de Palestine se double dans les manifestations de cris de haine à l’égard des Juifs, y compris de la part d’Européens bon teint, y compris même en Allemagne !

Illustration : photo de l’entretien entre Mohamed Amin al-Husseini, ex-grand mufti de Jérusalem et Adolf Hitler, le 28/11/1941 ; Der Führer empfing in Gegenwart des Reichsministers des Auswärtigen von Ribbentrop den Grossmufti von Palästina, Sayid Amin al Husseini, zu einer herzlichen und für die Zukunft der arabischen Länder bedeutungsvollen Unterredung. 9.12.41 Presse Hoffmann. https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Bundesarchiv_Bild_146-1987-004-09A,_Amin_al_Husseini_und_Adolf_Hitler.jpg


[1] Article d’origine : https://www.herodote.net/L_antisionisme_est_il_un_antisemitisme_-article-2922.php

[2] https://www.herodote.net/histoire/evenement.php?jour=19480514&ID_dossier=217

[3] Pour un exemple récent : le projet de ‘constitution’ palestinienne, publié en mars 2026, nie totalement les Juifs. Voir Bassam Tawil : https://dhimmi.watch/wp-admin/post.php?post=15115&action=edit

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