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Complotisme : les accusations de “génocide” dans la bande de Gaza (Sven-Felix Kellerhoff)

Mai 1, 2026

Complotisme : les accusations de “génocide” dans la bande de Gaza (Sven-Felix Kellerhoff)

Sven-Felix Kellerhof, rédacteur en chef du journal allemand de référence, Die Welt, reprrend dans l’édition du 30 avril 2026.[1], les propos de Luigi Pantisano, candidat à la direction du parti de gauche (Die Linke), qui affirme qu’Israël commettrait un génocide à Gaza. Kellerhof affirme que Partisano se positionne clairement sur l’aile antisémite de son parti. Kellerhof, spécialiste de théories du complot, vérifie ici les faits. Une nouvelle fois, la preuve est faite de l’adhésion de la gauche à la propagande complotiste djihadiste. Traduction libre de l’article par Dhimmi Watch. Traduction du titre original de l’article : Pourquoi les accusations de “génocide” dans la bande de Gaza sont absurdes.

Le discours donne le pouvoir : celui qui en maîtrise les termes dicte le débat public. Cette idée, tirée du roman “1984” de l’écrivain britannique George Orwell, est plus pertinente que jamais. Un exemple récent en a été fourni par un homme politique de gauche : Luigi Pantisano, urbaniste, architecte de formation, candidat à la présidence de son parti Die Linke (la Gauche)– qui, selon ses responsables, est « juridiquement identique » au SED.[2] Partisano a déclaré récemment dans un journal local, la “Schwäbische Zeitung” qu’« un génocide est en cours à Gaza. »[3]

Pantisano affirmait en outre que cela reposait sur « des analyses claires réalisées par les chercheurs les plus renommés sur al shoah – par des personnes elles-mêmes juives et ayant survécu à la Shoah ».

Peut-être pensait-il à une lettre ouverte datée du 9 décembre 2023, signée par 60 chercheurs “spécialistes du génocide”, pour la plupart peu connus, mais se réclamant ouvertement de la gauche.[4] Ces personnes ne peuvent certainement pas être considérées comme des “experts de renom”. Certainement pas en tout cas par des survivants de la folie raciale nazie .

Mais même sans tenir compte de cela, l’affirmation de Partisano montre comment le parti de gauche tente d’influencer la pensée en redéfinissant les termes, de la manière décrit par Orwell. Pour s’en convaincre, il suffit d’examiner le véritable sens du mot génocide et la situation actuelle dans la bande de Gaza.

Le mot “génocide” a été inventé par le juriste polonais Raphaël Lemkin (1900–1959). Dès ses études, au début des années 1920, il s’était consacré aux massacres à motivation politique. Lemkin, issu d’une famille juive instruite de l’actuelle Lituanie, pensait avant tout à la mort atroce de plus d’un million d’Arméniens chrétiens en 1915-1916 , perpétrée délibérément par de hauts responsables politiques de l’Empire ottoman de l’époque. Il soutenait qu’une norme juridique internationale était nécessaire pour qualifier des crimes similaires au massacre des Arménien. Dès 1933, Lemkin tenta d’établir une criminalisation universellement valable du meurtre de masse par le biais de la Société des Nations (l’ancêtre des Nations Unies). Le critère déterminant pour une qualification de “génocide” était de savoir si ceux qui avaient commis les massacres avaient délibérément tenté d’exterminer un peuple entier ou au moins une partie significative de celui-ci.

Il ne s’agissait donc pas uniquement de la violence directe. Laisser mourir des gens de faim délibérément ou les empêcher systématiquement de se reproduire pouvait avoir le même effet.

Mais 1933 était une période mal choisie pour une telle innovation en droit international. D’une part, les exactions antisémites se multipliaient en Allemagne. D’autre part, les nouvelles de la terrible famine en Ukraine commençaient à filtrer : Staline y menait délibérément des millions de personnes à la mort par une privation de nourriture organisée ; les massacres simultanés au Kazakhstan n’étaient pas encore connus. La Société des Nations rejeta l’initiative.

De plus, Lemkin ne disposait pas d’un terme adéquat pour le concept juridique qu’il souhaitait introduire. Après l’invasion allemande de la Pologne en 1939, il s’enfuit via la Lituanie, d’abord en Suède, puis aux États-Unis. Il y enseigna le droit international et, face aux rapports (presque toujours exacts) faisant état d’atrocités commises en Europe, décida de reprendre son ancien objectif.

En polonais, il avait nommé le crime proposé “ludobójstwo”, un néologisme combinant les mots “lud” (“peuple”) et “zabójstwo” (“meurtre”). Pour la traduction anglaise, Lemkin, homme très instruit, s’est inspiré des deux langues anciennes : du grec “genos” (peuple) et du latin “caedere” (“tuer”), pour former le mot “génocide”. Ainsi, son néologisme pouvait être traduit directement dans les principales langues européennes : “Génocide“ en français, “Genocidio” en espagnol et en italien, “Genocídio” en portugais et “Genozid” en allemand.

Profondément marqué par les crimes de masse nazis perpétrés contre les Juifs d’Europe, Lemkin n’eut aucune difficulté à convaincre les Nations Unies de son idée d’une convention officielle après la Seconde Guerre mondiale. Celle-ci fut adoptée le 9 décembre 1948 sous le nom de Résolution 260, intitulée « Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide ».

Depuis, tout acte commis « dans l’intention » de « détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux en tant que tel » est passible de sanctions pénales internationales. Cela inclut non seulement les attaques directes, qui ne font pas de distinction entre cibles civiles et militaires, mais aussi la création délibérée de conditions de vie conduisant à la « destruction physique totale ou partielle du groupe ». Sont également incluses toute forme de restriction de la reproduction ou d’adoption forcée d’enfants du groupe ciblé par des membres d’un autre groupe.

Une comparaison des actions d’Israël contre le Hamas à Gaza entre 2023 et 2025 montre qu’il ne s’agit en aucun cas d’un génocide au sens de Lemkin. Israël ne vise pas la “destruction” des Palestiniens : au contraire, Israël a toujours averti d’attaques militaires étaient imminentes, a établi des zones de sécurité pour les civils et, parfois même, de tirs d’avertissements ont précédé les frappes de précision.

Mais le Hamas, lui, a délibérément placé nombre de ses cibles militaires sous des hôpitaux et d’autres infrastructures civiles. Ceci constitue une violation de l’article 51 de la Convention de Genève du 12 août 1949, qui stipule (paragraphe 7) :
« La présence ou le déplacement de la population civile ou de civils ne doivent pas être utilisés pour détourner les hostilités de certains points ou zones, notamment pour tenter de protéger des cibles militaires ou pour couvrir, faciliter ou entraver les hostilités. »

Israël est donc en droit, en vertu du droit international de la guerre, d’attaquer de telles cibles.

En outre, la population de Gaza n’a pas été privée d’approvisionnement alimentaire pendant des semaines, ni des mois. Au contraire, les convois atteignaient la zone de combat aussi souvent que possible. Le Hamas a souvent empêché ces convois, prenant ainsi sa propre population en otage. Il va sans dire qu’il n’y a eu ni restriction de la procréation ni adoption forcée d’enfants palestiniens.

Bien qu’aucun des critères de la définition du génocide de Lemkin ne s’applique aux combats à Gaza de 2023 à 2025, Israël n’a pas seulement été accusé de commettre un “génocide à Gaza” depuis la riposte à l’attaque terroriste du 7 octobre. En effet, l’utilisation de ce terme, telle qu’employée aujourd’hui par Luigi Pantisano, est apparue dès le début des années 2000.

Le 18 août 2005, le chroniqueur Leon de Winter écrivait dans die WELT :

« Les récits sur le traitement des Palestiniens par les Israéliens regorgent d’affirmations et de statistiques grotesques. Le mot “génocide”, par exemple, est souvent employé, alors même que les chiffres montrent que les Palestiniens constituent la population dont la croissance est la plus rapide au monde. » Consterné, de Winter, fils de Juifs néerlandais ayant survécu à la shoah en se cachant, ajoutait : « Ceci ne correspond vraiment pas à la notion de génocide. »

Effectivement, le taux de natalité dans la bande de Gaza, durant l’occupation israélienne de 1967 à 2007, avait doublé par rapport à la moyenne mondiale : le recensement de 1967 recensait 356 261 habitants ; le premier recensement effectué par le gouvernement du Hamas en 2007 en a dénombré 1 416 543, soit une augmentation de près de quatre fois. Dans le même temps, la population mondiale, elle est passée de 3,47 milliards à 6,67 milliards d’habitants, soit une croissance nettement inférieure à un doublement.

L’espérance de vie moyenne des habitants de la bande de Gaza a également augmenté de manière significative : passant d’un peu moins de 51 ans en 1967 à plus de 72 ans en 2007. Cette tendance s’est poursuivie jusqu’en 2022 ; cependant, les chiffres du Bureau central palestinien des statistiques doivent être interprétés avec prudence, car cette institution propage constamment le mythe d’un « génocide » à Gaza.

Pour saisir l’absurdité de la situation, il suffit de considérer les génocides du XXe siècle. Prenons l’exemple de la shoah : sur les moins de huit millions de Juifs vivant dans la sphère d’influence allemande en 1941, environ six millions furent assassinés. Ou encore l’Holodomor : la population ukrainienne, qui comptait environ 32 millions d’habitants en 1926, chuta à 28 millions en 1939, tandis que celle de la Russie voisine augmentait de près d’un quart ; le nombre total de victimes du génocide stalinien s’élevait donc à au moins quatre millions. Enfin, le Rwanda : en plusieurs semaines de violences en 1994, près des trois quarts de la population tutsie du pays périrent ; en chiffres absolus, selon diverses estimations, entre un demi-million et un million de personnes.

Ce qui ne s’est jamais produit, et ne se produira jamais, lors d’un génocide, c’est une augmentation significative de la population précisément pendant la période où ce crime contre l’humanité est commis. Affirmer qu’un « génocide » est en cours dans la bande de Gaza est absurde.

Sven Felix Kellerhoff est depuis 2003 rédacteur en chef à Die Welt, spécialisé en histoire. Ses principaux domaines d’expertise sont le national-socialisme, la dictature du SED, le terrorisme d’extrême gauche et d’extrême droite, et les théories du complot. Il est l’auteur de plus de 20 ouvrages, notamment sur le nazisme et l’arrivée de Hitler au pouvoir.

Note de DW : en avril 2026, le Hamas a récidivé et repris ses accusations de génocide commis par Israël, alors qu’il venait lui-même d’annoncer que les stocks de nourriture disponibles suffisaient pour six mois.

Voir aussi les articles sur ‘génocide » et les génocidomenteurs sur notre site. Par exemple https://dhimmi.watch/2025/11/08/pseudo-genocide-le-tournant-du-17-octobre-2023-alexandre-feigenbaum/

Reproduction autorisée en citant la source et le lien.


[1] https://www.welt.de/geschichte/article69f0d3b40a6cdcddb4cd0644/propaganda-und-fakten-warum-behauptungen-im-gaza-streifen-gebe-es-einen-voelkermord-abstrus-sind.html?wtrid=socialmedia.socialflow….socialflow_twitter/ Seule la version originale fait foi.

[2] SED Sozialistische Einheitspartei Deutschlands (en français : Parti socialiste unifié d’Allemagne), émanant de l’ancien parti communiste d’Allemagne de l’Est

[3] https://www.schwaebische.de/politik/spd-und-cdu-schauen-von-oben-herab-auf-die-leistung-von-menschen-4514620

[4] https://contendingmodernities.nd.edu/global-currents/statement-of-scholars-7-october/

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