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Après l’abandon de Samuel Paty, le temps est venu de se pencher sur les responsabilités politiques (Didier Lemaire)

Mai 20, 2026

Après l’abandon de Samuel Paty, le temps est venu de se pencher sur les responsabilités politiques (Didier Lemaire)

Alors que le film L’Abandon vient de sortir dans les salles de cinéma, Didier Lemaire pose la responsabilité politique dans le meurtre de Samuel Paty. Les autorités, jusqu’au plus haut niveau, ont peut-être été tétanisées par la crainte d’être accusées « d’islamophobie »… par des islamistes, qui représentent la pire image de l’islam ! L’école n’est plus seulement un ‘territoire perdu’, elle travaille contre la République, à la destruction de ses valeurs. Didier Lemaire est co-auteur du livre « 7 octobre, une fracture française« . Voici un extrait de l’interview qu’il a donnée au Figaro du 19 mai 2026.

D’abord, il y a un professeur d’histoire qui remplit sa mission – celle qui n’est plus, en réalité, la mission des enseignants – de façon exemplaire : instruire. Il cherche à faire naître chez ses jeunes élèves le goût de la réflexion. Il s’efforce de développer leur faculté de juger pour les préparer à devenir des citoyens. Pour ce faire, dans son cours prévu au programme sur la liberté d’expression, il s’appuie sur des documents pédagogiques validés par le ministère.

Des islamistes lui reprochent une provocation. Ses collègues, sa proviseure, la rectrice de l’Académie de Versailles, sous l’autorité du ministère de l’Éducation nationale portent cependant, d’une manière plus ou moins ouverte, le même soupçon contre lui : le soupçon d’islamophobie, soupçon qui empeste la mauvaise conscience et la honte de ce que nous sommes. Or, sans ce soupçon, il est évident que le professeur aurait été protégé et qu’il n’aurait pas été tué.

C’est un manquement, à tous niveaux de la chaîne hiérarchique, qui fut la cause directe de l’abandon du professeur. Il faudrait être vraiment aveugle pour ne pas voir que la cause directe de l’assassinat du professeur Samuel Paty fut l’incapacité de ceux qui commandent à prendre leurs responsabilités : la proviseure, en recevant un imam dans son lycée et en imputant au professeur un «incident grave», la rectrice, en déléguant un référent laïcité qui porta l’accusation contre le professeur, le ministre, en restant spectateur alors qu’il savait que Daech avait déclaré après la tuerie du Bataclan, que sa priorité était de s’attaquer à l’école publique française.

C’est ce manquement, à tous niveaux de la chaîne hiérarchique, qui fut la cause directe de l’abandon du professeur. Un abandon qui se poursuit d’ailleurs puisque notre association, Défense des serviteurs de la République, accompagne des enseignants menacés qui se retrouvent dans des situations similaires à celle qu’a vécue Samuel Paty.

Pour l’heure, Maître Chaix a engagé un procès en responsabilité contre l’État au nom de Mickaëlle Paty. Si nous voulons rétablir le lien de confiance entre les citoyens et leurs représentants, ce procès devrait s’accompagner d’un débat public sur la responsabilité politique de ceux qui ont eu pour charge de commander et qui ont renoncé à assumer leur fonction. Plus généralement, il importe de prendre acte que nous avons abandonné les professeurs, l’École, les services publics, les Juifs, les valeurs et les principes de la République. À ce rythme, nous abandonnerons bientôt la démocratie.

Car, sans instruction publique commune à tous les citoyens, pas de liberté politique. En effet, comme le souligne Condorcet, fondateur de l’école publique, «même sous la constitution la plus libre, un peuple ignorant est esclave. Il faut qu’en aimant les Lois on sache les juger». Mais savons-nous encore juger nos lois alors qu’elles ne paraissent plus adaptées face à des ennemis qui veulent détruire la liberté et l’égalité et instaurer un monde où l’être humain sera de trop ?

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