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Mélenchon, ses ennemis jurés et ses utopies “révolutionnaires” (Pierre-André Taguieff)

Mai 5, 2026

Mélenchon, ses ennemis jurés et ses utopies “révolutionnaires” (Pierre-André Taguieff)

Cet article de Pierre-André Taguieff dénonce les complaisances de Mélenchon, notamment envers l’islamisme radical. Paru ce jour dans le Figaro. Publié ici avec l’autorisation de l’auteur. Les sous-titres sont de Dhimmi Watch.

La vision du monde élaborée par Jean-Luc Mélenchon, structurée par un dualisme manichéen est devenue l’orthodoxie de son parti-mouvement La France insoumise (LFI). Elle peut se résumer par cinq « anti-ismes », qui permettent d’identifier à la fois ses ennemis diabolisés et ses utopies mobilisatrices.   

Les cinq piliers anti-istes de la vision du monde de Mélenchon

1° un anticapitalisme gnostique plus ou moins complotiste consistant à voir partout, dans les malheurs du genre humain, la main invisible de « l’oligarchie » ou des « oligarchies financières » ;  

2° un antiracisme réduit pour l’essentiel à une posture anti-islamophobe et pro-immigration, supposant que l’immigration d’origine extra-européenne est une « chance » et une « richesse », l’immigrationnisme et l’islamisation sociétale-culturelle étant érigés en méthode de salut  ;  

3° un antisionisme radical ayant épousé les thèses de l’islamo-palestinisme de propagande diffusées par les activistes islamistes ou islamo-gauchistes célébrant des groupes jihadistes comme le Hamas ou le Jihad islamique comme des “mouvements de résistance”;  

4° un antifascisme réchauffé, attrape-tout et grossièrement instrumentalisé pour criminaliser tous les adversaires politiques en les réduisant à des variantes d’une même « menace fasciste », strictement imaginaire ;  

5° un anti-conservatisme d’esprit révolutionnaire et plus précisément jacobin-léniniste, impliquant une sacralisation de la « rupture » et un culte du « nouveau », voire un mythe de régénération, dont l’utopie futuriste de la « nouvelle France » est le rejeton. 

Sûr de lui-même et dominateur

Ce chef de parti qu’est Mélenchon, fier de lui-même et dominateur, se veut également un maître à penser. Mais son bricolage idéologique consiste simplement à prendre le contre-pied de diverses thèses ou positions attribuées à la droite ou à l’extrême droite, dans lesquelles il s’arroge le droit de voir autant d’orientations, de tentations ou de dérives « fascistes ». Point de pensée donc chez ce bateleur doublé d’un hâbleur, mais des moulinets de rhétorique. Être contre est sa seule manière de paraître pour. Il s’invente des ennemis pour exister en tant que « résistant » imaginaire.  Cette vision idéologique composée d’« anti-ismes » est présupposée et mise en  scène par les prises de parole démagogiques de l’habile tribun ayant appris à flatter et à séduire certaines portions de l’électorat français.   

Le gourou de la Nouvelle France Intervenant le 18 mars 2026 devant ses fans sur la “nouvelle France”, composée selon lui de “bigarrés” et de “mélangés”, le grand gourou Mélenchon déclare :  « À Saint-Denis, la nouvelle France est affirmée. »  Puis, stigmatisant les “réacs”, il leur fait la leçon :  « Il a bien fallu un jour qu’un ou une se mette debout sur ses pattes, à l’autre bout du continent africain, pour qu’à la fin, ici, vous soyez en train de faire les malins, tout blancs, tout moches que vous êtes ! »  Et la salle de rire, bien qu’elle soit composée d’une majorité de « Blancs ». Ce rire consensuel est un rire idéologique, ou plus exactement idéologisé, un ricanement exprimant, chez les militants endoctrinés, la profonde satisfaction de réentendre cet étrange refrain « antiraciste ».   

En 2012, à La Réunion, le démagogue d’extrême gauche avait martelé son thème de propagande :
« Nous sommes mélangés et heureux de l’être, nous sommes la nouvelle France. »
Quatorze ans plus tard, on a des raisons de craindre que la « nouvelle France » promise prenne la figure d’une nouvelle « France antijuive ». La mise en équivalence sarcastique des « Blancs » et des « moches » traduit la vision politico-ethnique du monde que prêche Mélenchon, centrée négativement sur le rejet des « Blancs » (disons sa « leucophobie ») et positivement sur l’accélération de la « créolisation » – notion floue empruntée à l’écrivain antillais Édouard Glissant –, qu’il faut comprendre avant tout comme une africanisation ethnoculturelle des populations européennes. L’impératif est en effet de déseuropéaniser les peuples européens par les effets de vagues d’immigration de masse provenant principalement d’Afrique et du Moyen-Orient.   

Adepte du grand remplacement ?

Dans cette perspective, le salut est dans le mélange généralisé, alimenté par des flux migratoires permanents et supposés « enrichissants », en vue d’un « grand remplacement » des populations de souche européenne. La hantise de Renaud Camus s’est transformée en grand espoir chez Mélenchon, qui s’est approprié l’expression « grand remplacement » en lui attribuant un sens positif. En janvier 2025, il déclarait ainsi à l’Institut La Boétie :  

« Le grand remplacement c’est une très bonne idée. »  Et d’ajouter :  « Nous sommes la nouvelle France, et nous en sommes contents. Nous avons un grand-parent sur quatre qui est un étranger, et nous en sommes fiers. »  

Après ses pointes antijuives réitérées accompagnées de propos islamolâtres et islamo-palestinistes, le démagogue en vient à sombrer dans une « xénolâtrie » impliquant un grossier racisme anti-Blancs. Ses slogans de style immigrationniste doivent se comprendre en étant référés à ce cadre idéologique ‘remplaciste’.  Radicalité, conflictulisation et révolution permanente Il faut voir dans ce moment révélateur l’expression de son goût de la provocation, lequel est au service d’une stratégie du choc et de la transgression, elle-même inséparable de son culte révolutionnaire de la « rupture ».

La radicalité et la conflictualisation est au programme, la rhétorique anticapitaliste passant au second plan derrière la rhétorique antifasciste. Elle alimente la polémique, la « révolution permanente » de l’ex-trotskyste s’étant transformée en polémique permanente, et permet de jouer sur la posture victimaire : le « tous pourris » peut être lancé à la classe politique et à la classe médiatique, en prenant le nouveau sens de “tous fascistes”.   

Le 22 février 2026, à Paris, Sophia Chikirou, candidate LFI aux élections municipales, a lancé avec son habituelle véhémence :  

« Virez les fascistes des médias parce qu’on n’en peut plus des laquais, des fascistes sur les plateaux télé ! ».  Le « nouveau peuple » à créer doit être intégralement défascisé, c’est-à-dire idéologiquement purifié. Mélenchon veut en finir avec les journalistes qui osent le critiquer et qu’il qualifie de “rats crevés” ou de “chiens enragés”. C’est la logique de la purge. 

Démolâtrie et xénolâtrie

Face à la population “blanche-moche”, la politique de la “table rase” s’impose. Lorsque le démagogue annonce l’entrée dans “l’ère du peuple”, il faut décrypter ce qu’il entend par « peuple ». Pour le héraut de la tabula rasa rédemptrice, le salut ne peut venir que d’ailleurs, de l’autre, de l’étranger.  Démolâtrie et xénolâtrie L’adorateur du nouveau démos ne peut qu’idolâtrer le xénos dont il censé dériver. Chez Mélenchon, la démolâtrie est inséparable de sa xénolâtrie. Le bon et vrai “peuple” doit être fabriqué par la « créolisation », fantasmée comme une africanisation et une islamisation salutaires des modes de vie. La « nouvelle France » mélenchonienne est une France en cours de « créolisation », dans laquelle les « Blancs-moches » deviennent de plus en plus minoritaires et donc de moins en moins visibles. Telle est la bonne nouvelle que le démagogue colporte de réunions en rassemblements

C’est pourquoi Saint-Denis, commune dont une partie importante de la population est « issue de l’immigration », avec son maire LFI élu dès le premier tour le 15 mars 2026, Bally Bagayoko, offre aux yeux du démagogue islamo- gauchiste une réalisation exemplaire de ses idéaux proclamés. Interviewé aussitôt après l’annonce de sa victoire électorale, le nouveau maire, issu d’une famille originaire du Mali, a déclaré que les immigrés sont venus “bâtir une société humaniste, une société antiraciste, une société anti-impérialiste”. Que peut-on espérer de mieux ? Et l’heureux élu d’inscrire sa victoire prometteuse dans le projet mélenchonien de “faire renaître cette gauche de rupture” en vue de l’élection présidentielle de 2027.

Il s’agit donc de jeter dans les « poubelles de l’Histoire » la « vieille » France qui aurait fait son temps, pour qu’enfin la « nouvelle France » puisse s’affirmer, s’installer et s’épanouir.

Il faut noter cependant que le nouveau maire de Saint-Denis, faisant preuve de non-conformisme, a déclaré rejeter le mot “racisé”, suremployé par les activistes néo-antiracistes (qu’ils soient ou non des militants de LFI), et préférer recourir à l’expression « héritier de l’immigration », descriptive et non polémique

 Dans l’imaginaire néo-gauchiste dont le moteur est une indignation morale sélective à base d’antiracisme et d’antifascisme couplée avec une dénonciation diabolisante des « dominants » – les « Blancs-moches » –, la bonne « nouvelle France » porteuse d’espoir, appelée à l’insoumission, à la révolte et au soulèvement, est cette « sous-France » fantasmée censée souffrir jusqu’au moment où elle ne peut qu’exploser pour se libérer de ses chaînes.

L’homme nouveau : précaires, jeunes, femmes, racisés

Les « quartiers populaires », cibles principales de la démagogie clientéliste du parti islamo- gauchiste qu’est LFI, sont les quartiers islamisés qui se sont multipliés en France depuis les années 1980. Leurs habitants sont principalement issus d’immigrations de religion et/ou de culture musulmane, prises en main par des réseaux associatifs islamistes. Ces populations musulmanes sont à la fois flattées (les musulmans étant censés être les meilleurs des humains) et présentées comme des victimes innocentes d’une discrimination « institutionnelle » fondée sur l’identité culturelle-religieuse, le « racisme antimusulman » (ou « islamophobie »).

Elles représentent les victimes privilégiées de l’antiracisme compassionnel contemporain. D’où l’efficacité rhétorique des synthèses contextualisées de populisme (« vous êtes les meilleurs ») et de misérabilisme (« vous êtes les plus malheureux »), destinées à mobiliser les nouveaux damnés de la terre, présentés comme des victimes de « l’islamophobie structurelle » des sociétés démocratiques occidentales et appelés à « résister » avant de se soulever, sur le modèle de l’Intifada islamo-palestinienne dont, comme on le sait, l’objectif final est la destruction libératrice de « l’entité sioniste ». La transposition de l’Intifada dans l’hexagone implique de miser sur le soulèvement des « insoumis » et des « racisés » contre les « dominants » ou les élites illégitimes, formant une « oligarchie » parasitaire

En 2025, Clémence Guetté, co-présidente de l’Institut La Boétie, désignait les quatre catégories-cibles formant le « nouveau peuple » chanté par LFI : « Précaires, jeunes, femmes, racisés ». C’est ce « nouveau peuple », en cours de « créolisation », qui doit chasser et remplacer l’ancien dans la « VIe République » qu’il s’agit de bâtir sur les ruines de la Ve République, trop « blanche », trop masculine, trop âgée, bref, trop « franco-française ». Tel est le dernier avatar de l’utopie révolutionnaire. Un avatar post-français, puisque rompant avec l’héritage identitaire de l’« ancienne » France. Le rêve de créer l’“Homme nouveau” implique toujours l’anéantissement du « vieux monde » aux multiples visages.

Reproduction non autorisée

Présentation de l’auteur : Pierre-André Taguieff est philosophe, politiste et historien des idées, directeur de recherche au CNRS et membre du comité d’Honneur de Dhimmi Watch. Il est l’auteur de plus d’une cinquantaine d’ouvrages. Il vient de publier sous sa direction LFI. Anatomie d’une perversion (Paris, David Reinharc Éditions, 2026). 

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