Gauchistes cherchent islamistes pour alliances. Plus si affinités.


Au moment où la société française s’interroge sur l’existence d’un islamo-gauchisme, Dhimmi Watch publie deux articles sur les liens entre extrême gauche, décoloniaux et islamistes. Cet article-ci explore les convergences entre des théories décoloniales, très présentes à l’extrême gauche et l’islamisme. Selon l’idéologie décoloniale,[i] le camp du mal est représenté par les mâles blancs, la « blanchité ».[ii] Or les décoloniaux accordent d’étonnantes exonérations de blanchité aux islamistes. Et incroyable : les décoloniaux ferment les yeux sur la traite orientale, qui a fait des millions de victimes africaines, dans des conditions atroces. Conscientes ou pas, délibérées ou pas, les multiples concessions faites par l’extrême gauche décoloniale aux populistes islamistes les mènent vers la stérilisation de ce qui fait leur combat. Ils ne font que frayer le chemin à l’islamisme.

L’appel des Indigènes de la République en 2005 avait mis sur la place publique des thèmes inspirés des études décoloniales, revu par des islamistes : la France a été un état colonial, la France reste un état colonial. La France traite les populations issues de ses anciennes colonies de manière coloniale : le CFCM, le voile, les entraves à l’immigration, l’islamophobie. La France fait preuve d’un racisme systémique envers les non-blancs. Cet appel a été signé par des personnalités de gauche et par des islamistes.

10 ans plus tard, le Parti des Indigènes de la République (PIR) se félicitait d’avoir fait adopter la plupart de ses thèmes par l’extrême-gauche : islamophobie, Palestine, racisme d’État, crimes policiers, etc. « Sans surprise, c’est la gauche radicale qui vient à nous. »[iii]  

Et effectivement, l’extrême gauche a été pénétrée à la fois par les thèmes décoloniaux, et par des arguments islamistes. La convergence entre islamistes et gauchistes est apparue au grand jour, en novembre 2019, lorsque l’extrême gauche a manifesté aux côtés de l’islam radical contre l’islamophobie en France. Parallèlement, le débat d’idées autour des thèmes décoloniaux s’est amplifié dans les milieux académiques,[iv] avec des excès notoires : des militants islamistes ou décoloniaux sont invités dans des Universités, alors que des opposants sont ostracisés, voire interdits de parole …

Le grand public s’est ému du « racisme anti-blancs » en août 2016, lors de l’organisation d’un séminaire interdit aux blancs, « réservé uniquement aux personnes subissant à titre personnel le racisme d’État en contexte français ». Les décoloniaux se présentent comme un mouvement antiraciste, qui dénoncerait le racisme des « blancs » envers leurs victimes, les « gens de couleur ». Les « racistes » sont les anciens colonisateurs blancs et leurs descendants.  La « blanchité » serait leur système raciste de domination. Leurs victimes sont les « racisés », les « dominés ».

Des intellectuels de la mouvance décoloniale ont cherché à ôter des mots « blancs » et « blanchité » toute connotation de racisme biologique. Ce serait un concept « socio-historique ». Ainsi pour Rokhaya Diallo, les mots « blancs » et « blanchité » expriment une relation de pouvoir : « Sur le plan biologique, il n’existe qu’une seule race mais notre histoire a construit des catégories raciales toujours opérantes aujourd’hui. » Comprenne qui pourra.

Mais les slogans comme « mort aux blancs », entendus dans des manifestations, les propos de féministes contre les « mâles blancs hétérosexuels, responsables de tous les maux » indiquent que ces subtilités n’intéressent pas les militants, qui s’en tiennent à la couleur de la peau et essentialisent les « blancs ».

Les idéologues décoloniaux se réfèrent à 1492 : la découverte de l’Amérique, l’exploitation du continent, le massacre des Indiens, la traite des Africains, l’esclavage. Puis la colonisation. L’exploitation se poursuit aujourd’hui par le pillage de l’Afrique et dans les pays occidentaux par un racisme « systémique » envers les gens de couleur. Ainsi, Ibrahima Thioub dénonce la France qui se fournit en uranium au Niger, laissant les populations locales « avec l’énergie du Néolithique, comme le bois ou la bouse de vache ». Le même Thioub ne trouve rien à redire au colonialisme chinois.[v]

Comme le dit l’intellectuelle iranienne dont les parents avaient dû s’exiler, Abnousse Shalmani:

« ce qui résonne dans ce discours, c’est la prison de la victimisation et l’essentialisation. Sous-entendre que tout Blanc est mauvais … et que tout Noir est victime, c’est réduire tous les hommes. Cette confusion ne rend pas compte de la réalité : tous les habitants de banlieue ne sont pas des voyous, tous les Noirs ne sont pas dealers, tous les Blancs ne sont pas riches et racistes. Combattre le racisme en usant d’un vocabulaire raciste n’est pas de l’antiracisme, mais le renouveau de la ségrégation »

La convergence entre décoloniaux et islamistes se manifeste par ce que nous appelons des « exonérations de blanchité » : ainsi, les Arabo-musulmans sont totalement dispensés de blanchité a priori. Le fait d’avoir été colonisés par les Européens leur confère le statut de « victimes », de « racisés », de « non-blancs « alors que c’est sous la bannière du djihad que s’est opérée l’une des plus vastes conquêtes colonialistes et impérialistes de tous les temps. Par le djihad, des peuples ont été massacrés, des populations indigènes réduites à l’état d’esclaves et de dhimmis, les cultures et les religions locales écrasées, leur richesses naturelles razziées. Daesh a récemment montré en Irak ce que peut être la barbarie du colonialisme islamiste. Quelques pays, comme l’Inde, Israël, l’Espagne, la Grèce se sont affranchis de ce colonialisme, mais cette histoire-là n’intéresse pas les décoloniaux islamo-gauchistes.

La traite orientale, conduite par des Arabo-musulmans, a déraciné entre 8 et 17 millions de Noirs Africains, le plus souvent castrés dans des conditions épouvantables. L’esclavage se poursuit aujourd’hui en Libye, en Somalie, en Mauritanie, des pays soumis à la sharia : le racisme y est non seulement systémique, mais il est inhérent à l’organisation sociale islamique elle-même. Ce colonialisme-là, ce racisme-là, cette traite-là, ces victimes-là ne bénéficient même pas de l’attention des idéologues décoloniaux et de la gauche. Certains idéologues décoloniaux vont jusqu’à justifier leur désintérêt pour la traite orientale : les Arabo-musulmans n’auraient pas été racistes (Houria Bouteldja) ; ou encore cette traite n’a pas présenté « la même technicité » que la traite atlantique, l’argent n’a pas servi à initier le capitalisme (Françoise Vergès).

Les féministes décoloniales manifestent la même sélectivité d’indignation : elles dénoncent les « mâles blancs hétérosexuels », mais signent des pétitions pour la libération de Tariq Ramadan, un violeur présumé, « pour raisons de santé ». Rokhaya Diallo et Françoise Vergès protestent contre la loi sur le voile, mais, comme le dit très justement Fatiha Boudjalat, elles « traquent le patriarcat blanc partout et absolvent son pendant arabo-musulman. »

Les universitaires décoloniaux, en France, aux USA, en Afrique, dénoncent et rejettent les Lumières. La raison est que de nombreux philosophes des Lumières avaient profité de la traite, voire y avaient investi. Mais pourquoi récuser l’universalisme des Lumières ? C’est encore un élément dans le sens des islamistes, qui remplacent la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme par la Déclaration Islamique des Droits de l’Homme. Et précisément, l’extrême-gauche voit aujourd’hui les droits de l’homme à travers le prisme islamique. Spectaculairement, en France, la Ligue des Droits de l’Homme, a été l’une des premières organisations contaminées. Déjà en 2004, Caroline Fourest écrivait : « Elle qui était jadis un recours pour les humanistes, on la trouve désormais du côté des obscurantistes contre les partisans de la laïcité ».[vi]

L’extrême-gauche a fait une double conversion en quelques années, intégrant l’idéologie coloniale d’une part, et les narratifs islamiste d’autre part. Un élément caractéristique de l’imprégnation islamique est  »l’islamophobie », épouvantail qui sert a délégitimer l’analyse critique de l’islam et de ses pratiques totalitaires,  racistes, esclavagistes et antiféministes, et à empêcher par exemple les caricatures du monde libre cataloguées de  »blasphème ». Et pour bétonner l’alliance entre les gauchistes et les islamistes, la haine de l’Europe et des USA où le racisme serait « systémique », ainsi que la haine d’Israël.

Sans surprise, de nombreux universitaires abondent dans le sens de l’islamo-gauchisme. Nombre de syndicats d’enseignants et de présidents d’universités avaient évité de stigmatiser l’idéologie islamiste qui a inspiré l’assassinat du Professeur Samuel Paty.[vii] Les mêmes demandent aujourd’hui la démission de la Ministrede l’Enseignement supérieur qui s’inquiète de la progression de l’islamo-gauchisme.

Depuis la fin du XXème siècle, dans divers pays, la gauche est devenue le compagnon de route des islamistes.  Mais par le passé, les milieux universitaires ne se sont-ils pas régulièrement trompés dans leurs analyses de société ? La gauche intellectuelle pro-communiste française ne fit-elle pas dans les années 50 un procès à Kravchenko qui venait d’échapper au KGB soviétique et au Goulag ? Quand les islamistes algériens déclenchèrent une guerre civile dans les années 90, qui fit 200 000 morts en près de 7 années, cette même gauche européenne et américaine ne préféra-t-elle pas s’en prendre à l’armée algérienne ? 

En France, les islamistes ont montré qu’ils disposent d’une armée de loups solitaires, qu’ils peuvent actionner sur commande pour aller assassiner n’importe quel Samuel Paty, n’importe où. Aussi nous ne pouvons que nous réjouir de la résistance des universitaires de France, et de la volonté du gouvernement afin que l’Université française cesse d’être un moulin idéologique et puisse retrouver sa vocation de lieu de formation à penser.


[i] On parle d’idéologie décoloniale comme d’un ensemble de principes et d’approches communs dans la mouvance des décoloniaux : réinterprétation et reformulation de l’histoire nationale, la date clef étant 1492, la découverte de l’Amérique et de ses richesses ; la critique radicale, voire la haine de la République et de la France, soumises à un procès permanent du racisme systémique d’État et de l’exploitation permanente des richesses des anciennes colonies ; la perception globale des Français blancs comme des racistes n’ayant pas rompu avec le colonialisme par essence ni avec la perception des gens de couleur ; le rejet des Lumières et des courants humanitaires occidentaux. Voir https://www.marianne.net/agora/humeurs/appel-il-faut-sanctionner-la-promotion-de-l-ideologie-decoloniale Selon PA Taguieff, analysant les travaux de N. Bancel, il s’agit « d’une idéologie sommaire, transmise par une poignée de mots-clefs et de thèmes sloganisés » (L’imposture décoloniale op. ci. p. 118)

[ii] Ceci a été exprimé en janvier 2021 par l’actrice Camelia Jordana : « Si j’étais un homme, je demanderais pardon, je questionnerais les peurs, et je prendrais le temps de m’interroger. Car les hommes blancs sont, dans l’inconscient collectif, responsables de tous les maux de la terre. » https://www.huffingtonpost.fr/entry/camelia-jordana-accuse-telle-vraiment-les-hommes-blancs-detre-responsables-de-tous-les-maux-de-la-terre_fr_600196a4c5b697df1a0516b0

[iii] C Izambert, P Guillibert, S Wahnich : Revendiquer un monde décolonial, Entretien avec Houria Bouteldja,  Vacarme 2015/2, 71, p. 44, https://www.cairn.info/revue-vacarme-2015-2-page-44.htm

[iv] Nicolas Poincaré, 18 février 2021 : La ministre Frédérique Vidal recadrée après avoir demandé une enquête dans les universités : mais qu’est-ce que l’islamo-gauchisme ? BFMtv https://rmc.bfmtv.com/emission/pourquoi-une-enquete-sur-l-islamo-gauchisme-a-l-universite-provoque-un-taule-2035316.html

[v] Ibrahima Thioub, 10 mai 2012, interview par L Ribadeau-Dumas, https://www.francetvinfo.fr/monde/europe/l-esclavage-colonial-un-phenomene-a-etudier-au-dela-de-la-culpabilite_3072545.html. Le même Thioub, recteur de l’Université de Dakar, célébrait l’ouverture d’un Institut Confucius, financé par la Chine. http://french.beijingreview.com.cn/Dossiers/2018/Visites_de_Xi_Jinping_en_Asie_et_en_Afrique_et_participation_au_sommet_des_BRICS/Senegal/201807/t20180719_800135788_1.html  

[vi] C. Fourest, « Tariq Ramadan et la Ligue des Droits de l’Homme », Prochoix http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/2005/01/27/283-tariq-ramadan-et-la-ligue-des-droits-de-lhomme

[vii] https://www.lopinion.fr/edition/politique/apres-l-assassinat-samuel-paty-langue-bois-dans-l-enseignement-tribune-227673

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