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Les Forces Démocratiques Syriennes refusent de se désarmer face au régime islamiste en Syrie (Lazghine Ya’qoube)

Août 26, 2025

Les Forces Démocratiques Syriennes refusent de se désarmer face au régime islamiste en Syrie (Lazghine Ya’qoube)

En mai dernier, Emmanuel Macron recevait à l’Elysée Al Joulani, le nouveau chef de la Syrie. Pourtant de nombreuses alertes auraient pu inquiéter le Président français. Peu après, on apprenait des massacres d’Alaouites et de Druzes. Cette semaine, le ministre de la « Culture » de Syrie a entrepris d’islamiser l’église Saint-Ananie [1]. Nous diffusons maintenant un article sur les inquiétudes des Kurdes. Les Kurdes se méfient. Article publié par MEMRI dans son Bulletin quotidien MEMRI n° 839, traduction libre par Dhimmi Watch Titre original : SDF Cannot Surrender Its Arms – It would Mean Putting The Kurds To The Sword [2].

Alors que la grande majorité des Syriens pouvaient se réjouir du renversement de Bachar Al-Assad, la prise de pouvoir par le groupe islamiste Hayat Tahrir Al-Sham (HTS) a suscité peur et anxiété. Beaucoup espéraient que la fin du régime baasiste signifiait la page des plus sombres moments de la guerre civile syrienne qui a duré une décennie, que les blessures seraient guéries et qu’une ère nouvelle ère s’ouvrait. Pourtant les choses ont pris une tournure différente. L’installation à Damas d’un chef djihadiste était en soi le signe du début de nouveaux combats.

Le massacre des Druzes à Sweida a enterré la lueur d’espoir de maintenir l’unité de la Syrie déjà déchirée.

Alors que la guerre civile a laissé le pays en ruines, les violences contre les minorités alaouite et druze ont une fois de plus plongé la Syrie dans un état de confusion, mettant à l’épreuve la capacité (ou plutôt la responsabilité) du président syrien autoproclamé Ahmed Al-Sharaa (nom de guerre Abu Mohammad Al-Joulani).

La situation actuelle d’indiscipline, d’anarchie ambiante, de cas d’enlèvement, de détentions arbitraires, d’exécutions sommaires et le récent massacre druze à Sweida ont enterré la lueur d’espoir de maintenir l’unité d’une Syrie déjà déchirée.

Commentant le massacre de Sweida, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a déclaré que « si les autorités de Damas veulent préserver une chance de parvenir à une Syrie unifiée, inclusive et pacifique, elles doivent contribuer à mettre fin à cette calamité. » Auparavant, l’ambassadeur des États-Unis en Turquie, Tom Barrack, qui est également envoyé spécial en Syrie, avait exhorté les Forces Démocratiques Syriennes (FDS) dirigées par les Kurdes et soutenues par les États-Unis à accélérer le processus de fusion avec la jeune armée de l’État syrien.

L’entente avec un régime islamiste est-elle possible ?

Comment l’enclave égalitaire kurde du Rojava pourrait-elle s’entendre avec un gouvernement islamiste ?

En mars 2025, le commandant en chef des FDS, Mazlum Abdi, a apposé sa signature sur un accord provisoire en huit points, qui témoigne de la bonne volonté des Kurdes de poser la première pierre d’une future intégration complète. Cependant, après le récent carnage dans la province à majorité druze de Sweida, qui a consterné le monde entier, les Kurdes demandent désormais le fédéralisme comme option de vie ou de mort.

En effet, s’adressant à la “nation” après le carnage de Sweida, Al-Sharaa n’a exprimé aucun regret pour ces massacres. Il a même remercié les tribus bédouines qui ont attaqué les habitants druzes de Sweida pour ce qu’il a qualifié d’“actes héroïques”. Il a ensuite imputé la responsabilité des attaques aux Druzes de Sweida, qu’il a qualifiés de “groupes hors-la-loi”.

Les FDS sont la seule formation militaire fiable en Syrie. Damas veut désormais que les FDS prêtent allégeance à l’autorité centrale, soit par la diplomatie (en grande partie coercitive), soit, à défaut, par l’usage de la force.

Dans son gouvernement, Al-Sharaa a nommé plusieurs chefs de guerre accusés de crimes de guerre à des postes de sécurité et militaires de haut niveau, aggravant ainsi les graves inquiétudes des Kurdes. [6] La promotion au grade de général de brigade d’Ahmed Al-Hayes, communément connu sous le nom de Hatem Abu Shaqra, l’assassin de la femme politique kurde Havrin Khalaf, et sa nomination comme commandant militaire de Deir Al-Zour, Raqqa et Hasaka, constitue une grave erreur judiciaire. [7]

Il convient de rappeler que Khalaf, alors secrétaire générale du Parti de la Syrie du futur, a été extraite d’une voiture, torturée et battue à coups d’objets contondants. Ses jambes ont été brisées. Elle a été traînée par les cheveux jusqu’à ce qu’ils lui soient arrachés du cuir chevelu. Finalement, elle a été abattue.

« Son corps, à la satisfaction de ses assassins, a été criblé de balles. Mutilé, le corps d’Hevrin a été profané aux yeux du monde entier. Cependant, personne n’a pu la reconnaître ; même sa famille n’a pu confirmer qu’il s’agissait bien de celui d’Hevrin. J’ai retiré un tissu qui recouvrait sa poitrine et son visage et je n’ai rien trouvé de son corps, à part un petit morceau de sa mâchoire », a déclaré sa mère. [8]

En outre, le carnage et les exécutions de Sweida ont fait prendre conscience à la grande majorité des Syriens qu’ils se trouvent sous une nouvelle dictature dirigée par des extrémistes islamistes.

Ainsi, les FDS sont apparues militairement comme la seule formation militaire locale (syrienne) fiable sur laquelle on pouvait compter. Sur le plan politique, l’Administration autonome du nord et de l’est de la Syrie (AANES) s’est également imposée comme un exemple pour l’avenir de la Syrie.

Après les horreurs commises contre les Druzes, les autorités militaires et civiles kurdes ont tracé une ligne rouge audacieuse contre le désarmement.

Les plans de Damas et d’Ankara contre les Kurdes

Dernièrement, les médias d’État turcs ont rapporté que Damas avait officiellement demandé l’aide d’Ankara pour fournir une formation, des services de conseil, un soutien technique et, surtout, pour lutter contre les “groupes terroristes”.

Cela a été finalisé le 13 août, lorsque Damas a signé avec Ankara un protocole d’accord de formation et de conseil conjoint « pour renforcer la capacité de défense de la Syrie et favoriser une coopération militaire concrète. » [9] Alors qu’en surface, les canaux d’assistance présumés servent à combattre l’EI, les Kurdes sont -selon les lexiques de Damas et d’Ankara- également désignés comme un groupe terroriste.

La Turquie, qui est maintenant le principal bénéficiaire de la situation en Syrie, a appelé à maintes reprises les Kurdes à accélérer le processus d’intégration et à déposer les armes, soulignant en même temps qu’elle ne tolérerait ni ne resterait les mains croisées face à tout plan visant à fédéraliser la Syrie.

Pourtant, le slogan selon lequel Al-Sharaa représente tous les Syriens a échoué sur le terrain. Pour le Rojava, à moins qu’une autonomie régionale ne soit garantie au sein d’un État syrien fédéré, le désarmement exposerait les Kurdes au supplice. Le fédéralisme est donc désormais la seule option pour protéger tous les groupes ethniques en Syrie.

*Lazghine Ya’qoube est un auteur kurde, se concentrant principalement sur l’histoire moderne de la Mésopotamie.

[1] https://x.com/LinaMurrNehme/status/1959939024333734143

[1] https://www.memri.org/reports/sdf-cannot-surrender-its-arms-%E2%80%93-it-would-mean-putting-kurds-sword

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