La couverture du conflit Israël-Hamas par Le Monde (ADARR) – Analyse
« La neutralité est un terme que nous ne revendiquons pas, car elle est tout simplement impossible… Nous racontons le plus précisément possible les événements dramatiques qui se déroulent à Gaza et avons condamné à de nombreuses reprises la politique du gouvernement israélien, tout comme nous avons condamné l’attaque terroriste du 7 octobre 2023. »[1] C’est ce qu’expliquait récemment le responsable des relations avec les lecteurs duMonde. Ainsi donc, ce journal qui a une image d’indépendance, de neutralité et ‘objectivité, affiche une étrange conception de la neutralité : elle est remplacée par la symétrie ! Mais qui définit les termes de la symétrie ? Un article pour les terroristes du Bataclan ET un article pour les victimes ? Un article pour le Ministère de la santé du Hamas ET un article pour un état démocratique, Israël, qui défend ses citoyens ? Dhimmi Watch vous donne ici les conclusions d’une étude sur la façon dont ‘Le Monde’ a traité la guerre de Gaza depuis le 7 octobre 2023. Cette étude a été réalisée dans le cadre du groupe de recherche ADARR de l’Université de Tel-Aviv, et dont le Times of Israel s’est fait l’écho.[2] Cet article arrive quelques jours après les révélations du rapport Prescott, sur la façon dont la BBC[3] et BBC Arabic[4] se sont arrangés avec les faits et ont arrangé les faits à leur idéologie.
La recherche de l’Université de Tel Aviv, couvrant la période d’octobre 2023 à avril 2025, porte sur près de 200 articles, une centaine de publications sur X du journal, ainsi que l’ensemble des textes signés par Benjamin Barthe, selon l’Association française de l’Université de Tel Aviv. L’étude veut ainsi répondre à un constat que ses auteurs présentent comme ressenti, au sein de la communauté juive française : un sentiment de parti-pris récurrents dans la couverture du conflit par le quotidien.
Les auteurs montrent que Le Monde a construit un ethos d’objectivité, avec une neutralité affichée, une séparation entre faits et opinions, un réseau de correspondants étendu, mais que cet idéal semblait contredit dans la réalité.
La doctorante Laetitia Gern souligne notamment que, dès les jours suivant les massacres du 7-Octobre, certains choix éditoriaux participent d’un cadrage problématique, avec, selon elle : des articles se focalisant sur les motivations du Hamas plutôt que sur la nature des attaques ; une lexicalisation euphémisante (“militants” pour désigner les auteurs du 7-Octobre) ; une mise en avant récurrente de la souffrance gazaouie sans contextualisation claire ; et un usage fréquent de sources du Hamas, comme le ministère de la Santé de Gaza, dont les chiffres sont relayés sans distinction entre combattants et civils – des chiffres repris par la quasi-intégralité de la presse, parfois avec ou sans phrase de mise en garde sur l’origine non-indépendante de ces données.
L’étude relève également une tendance à présenter les terroristes palestiniens du Hamas comme une “faction” palestinienne, comme le font l’Agence France-Presse ou la BBC, à interdire ou minimiser le qualificatif « terroriste » et à opérer des parallèles ou symétries qui peuvent atténuer la spécificité des objectifs et méthodes du Hamas.
Les chercheurs déplorent que ce cadrage contribue à une forme de délégitimation morale d’Israël, notamment lorsque les actions israéliennes sont rapportées en termes de “vengeance”, comme s’il n’y avait pas de cadre démocratique aux actions menées par Israël.
Pour Raphaël Haddad, Le Monde adopterait ainsi une « posture stratège » : une réflexion affichée sur ses propres pratiques journalistiques qui lui permet de maintenir sa position tout en répondant aux critiques de partialité.
Le Monde a aussi publié de nombreux articles donnant le côté israélien, notamment sur les victimes israéliennes du 7-Octobre, qui peuvent présenter les souffrances et les fractures au sein de la société israélienne[5] dans le contexte de cette guerre…. Ces derniers jours, dans la même ligne, le journal a aussi rejeté une tribune du sociologue franco-palestinien Sari Hanafi car « les termes utilisés ne conviennent pas à notre publication. Parler par exemple de ‘résistance armée’ en référence aux actions du Hamas ne correspond pas à notre manière d’aborder les choses. Cela laisse penser que nos perspectives respectives sont trop éloignées pour être réconciliées. »
La une du 13 octobre, « Israël : les otages, dernière arme du Hamas », est une formule viralisable, l’idée de la « dernière arme ».[6] Dans un tweet du 9 octobre 2023, les auteurs de l’attaque sont présentés comme des “militants.” Le 10 octobre, un article intitulé « Dans la bande de Gaza assiégée et bombardée, seuls résonnent le feu, l’acier et la mort », met l’accent sur la souffrance des Gazaouis, occultant totalement celle des Israéliens depuis le 7 octobre.
Cette présentation a été réalisée dans le cadre du groupe de recherche ADARR (Argumentation, Rhétorique et Analyse du Discours) de l’Université de Tel Aviv, par le Dr. Raphaël Haddad, directeur de l’agence de communication Mots-Clés, et la doctorante Laetitia Gern dans une visioconférence réunissant des chercheurs de l’Université de Tel-Aviv, de France, d’Italie, de Suisse et de Côte d’Ivoire.
Note DW : En octobre 2023, pendant une semaine, le Monde avait maintenu une ambigüité sur la responsabilité du Djihad islamique qui avait envoyé par erreur un missile sur l’Hôpital al Hila de Gaza. Le Monde s’était excusé quelques jours plus tard auprès de ses lecteurs pour avoir ainsi crédibilisé la responsabilité d’Israël.[7] Un an plus tard, Le Monde a expliqué que le Ministère de la Santé du Hamas était ‘crédible’, même s’il publie un nombre de victimes 5 minutes à peine après l’explosion.[8] Dans le même article, Le Monde laisse à nouveau une ambigüité une responsabilité israélienne.
Nous remercions NtahZ pour sa créativité et son soutien. L’illustration et les ajouts notés DW sont du ressort de Dhimmi Watch.
Reproduction autorisée à condition de citer le titre et le lien de cet article.
[1] Gilles van Kote, 3/6/2025 : « ‘Le Monde’ a répondu à vos questions : La neutralité est un terme que nous ne revendiquons pas, car elle est tout simplement impossible », https://www.lemonde.fr/le-monde-et-vous/live/2025/06/03/le-monde-repond-a-vos-questions-sur-sa-ligne-editoriale-sa-gouvernance-et-la-vie-de-sa-redaction_6610324_6065879.html
[2] Staff: Le conflit Israël/Hamas rapporté par le journal Le Monde : conférence à l’Université de Tel-Aviv, 15/11/2023, Times of Israel https://fr.timesofisrael.com/la-couverture-du-conflit-israel-hamas-par-le-monde-au-coeur-dune-etude-de-luniversite-de-tel-aviv/
[3] Dhimmi Watch, 13/11/2025 : Pseudo-génocide (2) : comment la BBC a adapté l’information du Hamas (Michael Prescott), https://dhimmi.watch/2025/11/13/pseudo-genocide-2-comment-la-bbc-a-adapte-linformation-du-hamas-michael-prescott/
[4] Dhimmi Watch, 15/11/2025 : Pseudo-génocide (3) : comment BBC Arabic a adopté l’information du Hamas (Michael Prescott) https://dhimmi.watch/2025/11/15/pseudo-genocide-3-comment-bbc-arabic-a-adopte-linformation-du-hamas-michael-prescott/
[5] Note DW : les fractures au sein de la société israélienne sont souvent présentées comme un signe de faiblesse, plus que comme le reflet d’une démocratie pluraliste et vivante.
[6] https://x.com/lemondefr/status/1712399350142292428?utm_source=chatgpt.com
[7] Alexandre Feigenbaum, 8/11/2025 : Pseudo-génocide : le tournant du 17 octobre 2023 ; Dhimmi Watch https://dhimmi.watch/2025/11/08/pseudo-genocide-le-tournant-du-17-octobre-2023-alexandre-feigenbaum/
[8] Assma Maad, « Morts à Gaza : pourquoi les chiffres du ministère de la santé du Hamas sont considérés comme fiables par l’ONU et certaines ONG » Le Monde https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2024/10/09/morts-a-gaza-pourquoi-les-chiffres-du-ministere-de-la-sante-sont-consideres-comme-fiables_6347424_4355770.html? L’article louait le Hamas pour la publication d’une « liste sur 649 pages des 34 344 morts identifiés à la date du 31 août, avec leur nom, genre, date de naissance et âge. Sans faire de distinctions entre les combattants et les civils, il établit que les plus de 60 ans, les femmes, ainsi que les moins de 18 ans représentent plus de 60 % des défunts ». Ce profil des victimes suggérait que Tsahal commettait un génocide en ciblant les femmes et les enfants. A notre connaissance, Le Monde n’a jamais fait état de l’étude de la Henry Jackson Society qui dénonçait cette liste où l’âge et le sexe des victimes étaient truqués.

